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Malgré les efforts fournis par le gouvernement et les ONGs le taux de scolarisation de la jeune fille reste alarmant.

Depuis 1996, le Cameroun s’est engagée à garantir une éducation primaire gratuite pour tous les enfants. Il soutient ainsi l’accès à l’éducation pour tous les enfants, tout en mettant l’accent sur l’égalité entre sexes masculin et féminin face aux opportunités éducatives, afin d’y assurer l’incorporation massive des jeunes filles. Malheureusement, malgré tous les efforts quant à leur scolarisation, les jeunes filles continuent à être « discriminées » dans le septentrion. Sur 100 enfants qui ne fréquentent pas l’école primaire, 55% sont du sexe féminin.

Chiffres inquiétants

Selon les statistiques, il y a quelques années, le taux d’analphabétisme était de 52% de la population, l’analphabétisme touchait 59% des femmes et 45% des hommes. Le taux d’assistance dans l’enseignement primaire était de 43% pour les filles et 50% pour les garçons. Dans l’enseignement secondaire, 17 % pour les filles et 28 % pour les garçons. La réalité est que les parents sont plus préoccupés pour la scolarisation et la réussite des garçons que des filles. En effet, les jeunes filles font face à deux problèmes majeurs: beaucoup ne sont pas scolarisées par les parents et, parmi celles qui commencent les études, très peu arrivent à décrocher un diplôme universitaire. Grâce à l’intervention de l’Etat, mais aussi des ONG parmi lesquels UNICEF, Plan Cameroon, ALVF, ALDEPA, l’inégalité des sexes face à l’éducation a un peu décru à l’Extrême-Nord et au Nord. Mais il faut noter que le phénomène continue toujours à frapper les filles car toutes les régions septentrionales ne sont pas couvertes par lesdits projets.

Travail domestique

Au lieu de les envoyer à l’école, la majorité des familles se préoccupe de préparer les filles à travailler à la maison et à aider les mamans à faire le ménage. Cette situation se constate à Maroua, Garoua et Ngaoundéré mais elle est plus accentuée dans le milieu rural. Là-bas, elles passent toute la journée au travail domestique ou à la recherche d’eau potable car, généralement, il existe un seul puits ou forage pour tout le village.

« Il est très fréquent de voir les fillettes ou jeunes filles vendre des produits comme la mangue, l’orange, la banane, des œufs ou autres. » témoigne Abassah Théophile, enseignant de philosophie à Garoua.

Il est presque impossible pour ces familles de scolariser les filles en sachant que ces dernières portent sur leurs épaules une partie des revenus de la famille. Madame Doumara Gatangsou, coordonnatrice de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF) de Maroua, a offert le témoignage suivant :

« C’est grâce à mes frères que j’ai été scolarisée car, à l’âge de fréquenter l’école, notre grand-père a voulu y envoyer tous les garçons de la famille et notre maman devait décider de me laisser à ses cotés ou partir à l’école. Bien sûr, elle a choisi la première option car elle voulait que je l’aide au foyer mais, heureusement pour moi, mes frères ont refusé d’aller à l’école sans moi… ».

Nous pouvons souligner que ce n’est pas toutes les filles qui sont chanceuses comme elle.

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Pauvreté et insuffisance d’infrastructures éducatives

Le budget dédié par le gouvernement à l’éducation est insuffisant, non seulement pour la construction d’écoles afin de satisfaire la demande des populations tant rurales qu’urbaines (bien que la situation se soit améliorée depuis l’avènement de la secte boko-haram à l’Extrême-Nord, mais également pour le ravitaillement de toutes les écoles en matériel didactique, l’emploi et la formation continue d’enseignants afin d’assurer l’éducation d’une population croissante comme la nôtre. Nous pouvons noter d’autres facteurs, comme la corruption et déviation de fonds dédiés à l’éducation, résultats de l’ambition et du manque de patriotisme des auteurs. Face à cette réalité, les zones urbaines sont privilégiées par la réalisation d’écoles publiques comme privées, pendant que dans les zones urbaines il y a insuffisance ou carence totale de structures éducatives. Sans pouvoir compter sur une quelconque assistance matérielle ou alimentaire, les enfants issus de ces localités doivent marcher de longues distances pour avoir accès aux centres éducatifs.

« Compte tenu des cas d’agressions, d’enlèvements ou de viols, les parents préfèrent envoyer les garçons que les filles (pour leur propre sécurité) dans ces écoles lointaines. »,

souligne Jobsou Samuel, professeur de Français au lycée de Kakatare à Maroua.

Des familles incapables d’assurer le matériel didactique pour tous leurs enfants

La pauvreté qui règne dans les familles est un facteur déterminant dans la scolarisation des filles, pour la simple raison que les parents luttent d’abord pour maintenir la nourriture quotidienne de leur progéniture. Par conséquent, ne pouvant pas assurer l’achat de livres, cahiers, crayons…pour tous les enfants, les parents assurent en priorité les études des garçons. L’autre réalité est qu’une telle situation financière cruciale limite l’accès des enfants à l’éducation mais également aux soins de santé et autres.

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Discrimination culturelle

Faute d’instruction ou d’alphabétisation, les populations ne se rendent pas compte que, dans ce cas bien précis, les coutumes et traditions matérialisent la discrimination des sexes. Mais, grâce à l’action conjuguée de l’Etat et de la volonté de la société civile, cette réalité peut changer. Cependant, il est important de mentionner que tout le monde ne considère pas nécessaire l’éducation des filles, beaucoup pensant que le destin d’une fille est de devenir une bonne femme pour son époux et une bonne mère pour ses enfants.

L’impact des croyances religieuses

Au Nord et à l’Extrême-Nord Cameroun, l’Islam est la religion de 90% de la population, 9% conservant les croyances traditionnelles et 1% suivant la religion chrétienne. Généralement, la population chrétienne privilégie l’éducation de tous les enfants sans laisser de côté les filles, tenant compte de la quantité de femmes (52% de la population), de leur rôle socio-économique et de leur impact positif sur la vie des foyers. Dans la communauté musulmane, il y a toujours des discussions et controverses. Beaucoup de fanatiques, qui ne voient pas l’utilité de l’éducation des filles, disent :

« Le destin de la petite fille est de se marier à l’homme choisi par son père, l’école des blancs représente une barrière à cet accomplissement… »

L’impact du mariage précoce sur la continuité des études

Les mariages précoces, qui généralement ont pour objectif d’aider la famille de la jeune fille ou d’assurer le futur de cette dernière, représentent une sérieuse difficulté pour la continuité de ses études. Dans la partie septentrionale, la jeune fille passe de l’autorité des parents à celle de son mari. Dans certains cas, cette transition intervient à l’âge de 15 ans et même souvent moins que cela. Par conséquent leurs études sont interrompues à la faveur d’une soi-disant grande responsabilité : prendre soin de l’époux et du foyer. Mounira, une fille de 18 ans s’exprimait :

« L’éducation est un rêve impossible pour nous. Dans mon village, il n’y a jamais eu de femme ou de fille diplômée… » .

Et un père de famille disait :

« Une fille n’a réellement pas besoin de fréquenter l’école car, d’un jour à l’autre, elle est appelée à se marier et malheureusement tout le fruit de son éducation revient à une autre famille. »

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