etablissement élèves
Credit Photo : Boubakary Moussa

C’est un spectacle de désolation à laquelle se livre en ce moment le milieu scolaire camerounais. Des élèves, exclus d’un établissement qui en viennent aux mains avec leurs enseignants et sont embarqués par la police, sont les clichés que renvoient les établissements. Le comportement condamnable des élèves évoque inévitablement celui de l’urgence du phénomène de consommation de la drogue en milieu scolaire.

L’institution pédagogique semble être dépassée par l’ampleur du gouffre et peine à recadrer ses disciples. Aujourd’hui la horde du phénomène « makaïfa » s’est propagée comme un virus et finalement banalisé au point où les jeunes semblent en grande partie atteints du syndrome de Stockholm.

etablissement élèves
Credit Photo : Boubakary Moussa

Le gouvernement en ordre de bataille

Le régime en place, champion dans l’art de la riposte a laissé comme à son habitude la situation s’envenimer avant de réagir. En adoptant une approche caricaturale du problème et pour coller à l’actualité de la veille de la célébration de la 52ème édition de la fête de la jeunesse, une campagne de sensibilisation sur cette question s’est déroulée sur le territoire national.

«  La campagne de sensibilisation consiste à convoquer une séance de concertation avec les jeunes dans le but de mener tout azimut une lutte acharnée contre la consommation de la drogue »,

a martelé Kildadi Boukar, gouverneur de la Région de l’Adamaoua. Devant l’urgence de la situation l’avenir de la jeunesse, ferment des transformations, a primé sur l’hypocrisie générale.

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Les familles disent stop

Les familles sont à la fois, éléments déclencheurs et victimes conjoncturelles. Les effets pervers de cette gangrène au niveau du foyer conjugale est destructrice : instabilité et dysfonctionnement. Mais les conflits familiaux, les divorces sont la matrice du recours à la drogue par les adolescents, cela crée un sentiment d’abandon et n’ayant pas des supports familiaux l’enfant a recours à la drogue. Aujourd’hui les parents sont conscients du gouffre.

« Nous n’avons aucun tabou. La question est trop grave pour que l’on s’embarrasse de complexe »,

précise Oumoul Yasmine femme au foyer.

L’inexistence des structures de prise en charge

En 2017 plus de 100 milles cas de toxicomanie sur le territoire ont été enregistré. Sur les méthodes de prise en charge les avis divergent. A l’hôpital régional de Ngaoundéré où le centre psychiatrique, annoncé bel lurette se fait attendre, la méthode par sevrage est privilégié. Si l’on en croit le Dr Kona Kona en service au Ministère de la santé publique la prise en charge différent selon les cas

«  Il faut distinguer les cas de consommation chronique de celle occasionnelle. La toxicomanie requiert une prise en charge spécialisé avec pris en compte du volet psychiatrique, psychologique et médicamenteuse. Alors que la prise en charge du consommateur occasionnel est plus facile en utilisant des procédés psychothérapeutiques sans oublier le facteur causal. »

Recours au traditionnel praticien

Les habitants de la ville de Ngaoundéré ont encore en mémoire le tristement célèbre, « centre de redressement pour les cas sociaux avérés » du quartier Haoussa, où 70 personnes étaient détenues, enchainées et torturées. Ce qui a été qualifié à l’époque de « foyer d’horreur », avait défrayé la chronique en août 2015 quand la police a mis la main sur son propriétaire, un certain Mouhamadou Moctar. Malgré la mise en lumière de cette hécatombe, la côte de popularité des guérisseurs traditionnels bats des records. Les jeunes toxicomanes sont toujours orientés vers ces centres.

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Circuit de consommation et de distribution bien connu

Le circuit de distribution est bien connu dans les artères de Ngaoundéré. Les foyers de consommations sont un secret de polichinelle. Joli Soir, petit marché, Don Carlos (Bamyanga) où Las Vegas (Bali) sont considérés comme des bases arrières, des foyers incontestables. Ici chicha, nicotine, marijuana, cannabis et autres chanvres indiens se vendent comme des petits pains et se consomment à ciel ouvert. Sur les lieux, nous avons été témoin d’un cas qui surpasse l’entendement. Oumarou alias Zombie a mélangé dans un même verre du whisky avec de nescafé, de tramol et de diazépam avant de claquer une allumette de marijuana. Les vendeurs des médicaments de la rue sont aussi indexé et représente un couloir de transit de ce trafic.

Tolérance administrative et impunité criminelle

L’administration publique est à bien des égards impuissant face à certaines dérives. Les nombreux échecs des décisions sont là pour en témoigner. De la délocalisation des agences de voyage à la l’interdiction de la vente des médicaments de la rue en passant par la vente des emballages plastiques, la liste n’est pas exhaustive. La police est en très large partie responsable de cette catastrophe L’autorité de maintien de l’ordre rejette en bloc cet argument. Pourtant, il est de notoriété publique que certains fonctionnaires de police sans scrupules et avides d’argents cherchent plus à percevoir les pots-de-vin qu’à lutter contre la criminalité. Des agissements de nature à entretenir un sentiment d’impunité.

Extirper des têtes des élèves ce dévastateur reflet du recours à la drogue afin d’y inscrire des saines idées d’optimisme parait donc une entreprise difficile. La jeunesse étant le ferment et le socle des transformations elle doit sortir de ces idées reçues, de cette déviance pour tracer son propre chemin. Rien ne change tant qu’on ne change rien.

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