Jean-Yves Le Drian et Dénis Sassou N’Guesso, relation Congo-France
Jean-Yves Le Drian (à gauche) et Dénis Sassou N’Guesso (à droite). Crédit photo : Wilguette Eznez

« Les relations entre le Congo et la France sont fluides ». Ainsi a déclaré le Ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le 7 juin 2018 à Brazzaville. Il sortait alors de l’audience de près de deux heures que lui a accordée le président congolais, Denis Sassou N’Guesso.

C’est pour la première fois que Jean-Yves Le Drian arrive à Brazzaville, en sa qualité de Ministre français des Affaires étrangères. Malgré tout, cette visite aurait pu garder un caractère ordinaire si Radio France Internationale n’y avait pas mis un peu trop de piment dans ses commentaires. En effet, l’écho de cette visite a été donné par Radio France Internationale avec des affirmations sans détour : les relations entre Paris et Brazzaville sont tendues, selon cette radio proche du Quai d’Orsay qui a, dans ses éditions Afrique de la matinée du 7 juin, qualifiée d’« inattendue » la visite du patron du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian à Brazzaville.

« Jusque-là, les deux pays [la France et le Congo] entretenaient des relations compliquées … et la France a gardé ses distances avec Denis Sassou-Nguesso, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée »,

a martelé RFI. Déjà, le 19 avril 2018, interviewant le ministre congolais de la communication, Thierry Moungalla, RFI avait insinué que la France « tenait » le pouvoir de Brazzaville à « l’écart ».

Pourtant, nombre d’observateurs de la scène africaine, soutiennent que Brazzaville et Paris ont intérêt à construire un tandem fort pour gagner la bataille de la paix et de la sécurité dans la sous région d’Afrique centrale en proie à des crises incessantes et aux actes terroristes.

En effet, le Congo, à travers Denis Sassou N’Guesso, son président, reste un acteur régional très actif sur plusieurs dossiers liés à la paix et à la sécurité en Afrique centrale, notamment. Le chef de l’Etat congolais est aussi président du Comité de haut niveau mis en place par l’Union africaine sur la Libye. Il a été médiateur international dans la crise centrafricaine. Et sa voix porte encore sur ce conflit dont la persistance menace même la stabilité de toute l’Afrique centrale et, partant celle du reste de l’Afrique. La situation en RDC ne laisse pas indifférent Denis Sassou N’Guesso qui est maintes fois consulté par les acteurs politiques de ce pays voisin, pour qu’il contribue tant soit peu au retour de la paix définitive en RDC.

Ce n’est pas à tort si Jean-Yves Le Drian affirme qu’il est venu « rencontrer le président Denis Sassou N’Guesso parce qu’il le connaît bien depuis longtemps et parce qu’effectivement il joue un rôle dans la région où il y a une situation tendue, difficile… »

C’est dire combien les questions de paix et de sécurité concernent et intéressent la France. On peut comprendre pourquoi il n’y pas « de tension entre les présidents Macron et Sassou N’Guesso », comme l’a clairement dit Jean-Yves Le Drian et, cela ne devrait pas en être autrement, parce que, autant le président Macron souhaite que son homologue américain, Donald Trump apprennent ce qu’est la continuité de l’Etat, autant lui-même ne peut pas personnaliser les relations inter-états. Et la France qui veut jouer un rôle en Afrique centrale précisément ne devrait pas envisager accomplir les missions y afférentes en ignorant un pays, le Congo qui, lui aussi, « joue un rôle dans la sous région ».

Il va de soi qu’en dépit des insinuations des médias et de l’activisme des lobbies, les sujets des relations internationales ne limitent pas les relations entre le Congo et la France. En tête d’une délégation des parlementaires français à Brazzaville courant octobre 2017, l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, rappelait devant la presse, le rôle historique du Congo dans ses relations avec la France :

« Le Congo a toujours joué un rôle particulier à la fois dans l’histoire, les relations et en même temps dans la mémoire : Brazzaville est la pierre fondatrice des liens historiques entre nos deux pays. Donc, il s’agit en permanence de vivifier et de moderniser cette relation »,

avait-t-il souligné. Pour lui, « l’avenir et la stabilité du Congo sont un enjeu important dans cette sous-région ».  

Au regard des déclarations du ministre Jean-Yves Le Drian, sa visite à Brazzaville n’a pas été pour « tenter d’apaiser les relations entre les deux pays », mais pour les renforcer.

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