Jean Paul Pougala
Jean Paul Pougala. Crédit photo : IEG
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Aux pages 181-182 de mon livre autobiographique en langue italienne « In fuga dalle tenebre » publié en 2007 par Einaudi (Mondadori), voici ce que je déclarais au sujet des élections présidentielles du 10 Octobre 1992.

« En juillet 1992, je retournais définitivement dans mon pays, le Cameroun, à la fin de mes études en Europe. J’habitais dans une maison située au Boulevard de la République à Douala, après 2 ou 3 maisons de la station de service dite à l’époque de « Mobile Bonakouamouang ».

Comme la maison n’avait pas de climatiseur, à cause de la très grande chaleur, tous les soirs, je préférais m’installer, un livre à la main, sur le trottoir du grand boulevard qui avait l’avantage de canaliser un grand courant d’air parcourant plusieurs kilomètres. Un des soirs, comme d’habitude, j’étais assis devant mon domicile, jusqu’au moment des badauds sont passés en vitesse, fuyant la police qui était à leurs trousses. Je n’avais aucune raison de fuir moi-aussi, puisque je n’avais rien fait de mal et de toutes les façons, je ne savais pas pourquoi la police les pourchassait. Je venais de commettre là, une autre erreur de jugement fatale depuis mon arrivée au Cameroun. Car, en général, quand tout le monde fuit, fuis aussi. N’ayant pas appliqué cette règle banale, deux policiers vont tomber sur moi et tenter de me mettre les menottes, malgré ma résistance. Ils vont me traîner dans une camionnette de la police avec d’autres malchanceux comme moi, jusqu’au commissariat de police voisin.
(…)
Et pour la deuxième fois, je passais par la case « Prison » dans mon pays, après celle due au préfet de Douala qui avait fait voler mes cartes postales et pour taire le scandale, avait préféré m’éliminer physiquement à travers la prison.
(…)
Mais cette fois-ci, durant la nuit passée couchée sur le sol nu d’un commissariat de Douala, j’avais pris la plus difficile des décisions : Dire au revoir à jamais à mon pays. Je venais de perdre toutes mes machines vendues aux enchères à la douane de Douala. J’avais supporté en me promettant de repartir de zéro. Et cet acte, était l’humiliation de trop.

Ce n’est qu’au commissariat, durant ma détention que j’ai compris pourquoi, j’avais été arrêté. Selon l’accusation, j’avais protesté et violemment contre la victoire du président Paul Biya. Ce qui n’était pas vrai.

Le pire est que depuis mon retour dans mon pays, je n’avais jamais dit un seul mot au sujet de la Politique. Mon expérience italienne m’avait enseigné, que ce soit en Italie ou au Cameroun, qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que d’une pièce de théâtre écrite à Paris et chaque acteur (parti au pouvoir ou opposition) devait se limiter à jouer le rôle que le système lui avait attribué. Et tous ces gens que je voyais s’agiter autour de moi à Douala, soit disant parce que leur champion serait devenu président du Cameroun, me faisaient plutôt sourire, car pour que leur rêve soit réalisé, il fallait le concours de 2 circonstances que je ne voyais par quel miracle elles seraient réunies : la première aurait été que leur leader gagne les élections et la deuxième qu’il prenne ensuite le pouvoir.

J’étais même regardé avec méfiance par mes voisins du quartier Akwa, qui ne comprenaient pas que je ne puisse partager leur joie de répéter le slogan de leur champion, leader de l’opposition Ni John Fru Ndi du Social Democratic Front (SDF), rebaptisé par : « Suffer Don’t Finish » ou la souffrance est finie en pidjin.

C’est à Douala que s’était tenu le dernier grand meeting au stade Omnisport le samedi 9 octobre 1992 devant environ 100.000 fans sur-agités. Tous étaient convaincus que le Cameroun avait un nouveau Président.

Après les élections du dimanche 10 octobre 1991, dans l’attente des résultats, une rumeur avait été propagée par le parti SDF, selon laquelle les résultats avaient été affichés à l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé donnant gagnant Ni John Fru Ndi. Sans attendre la promulgation des résultats officiels par la Cour suprême, c’était la joie partout, des cortèges de défilés improvisés un peu partout dans la ville de Douala avec en tête un cercueil avec écrit dessus : « Paul Biya est mort » ou « Paul Biya c’est fini ».

Et lorsqu’arrive finalement sur les ondes de la radio et de la télévision publique CRTV que Paul Biya avait gagné avec 40% des voix suivi par Ni John Fru Ndi avec 36%, Bello Bouba Maigari, 19%, Adamou Dam Noya, 3,6% Jean-Jacques Ekindi, 0,8%, Emah Otu 0,4% c’est la douche froide dans tout Douala. Et les cortèges de célébration d’une supposée victoire annoncée se transformant très vite en cortèges de casseurs. Et c’est comme cela que je me retrouve au milieu d’une bataille dans laquelle je ne voyais aucun enjeu véritable. Pour moi, il n’y avait pas de véritable élection, mais un semblant d’élection, exactement comme en Italie et en France. Même certains semblaient venir d’une autre planète. »
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Extrait de « In fuga dalle tenebre » de Jean-Paul Pougala Einaudi (2007) Pages 181-182

Voici ce que les politiciens ne vous disent pas de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun

(Une lecture de cette élection avec Alexis de Tocqueville dans son livre en 2 tomes : « De la Démocratie en Amérique » publié en 1835 pour le tome1 et 1840 pour le tome-2)

“Les hommes ne sauraient jouir de la liberté politique sans l’acheter par quelques sacrifices, et ils ne s’en emparent jamais qu’avec beaucoup d’efforts.” Alexis de Tocqueville dans « De la Démocratie en Amérique » tome-1

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui en 2018 par rapport à 1992 ? Rien du tout, ou pas grand-chose. Les candidats ne sont pas tous les mêmes, mais la musique n’a pas changé, avec son cortège des gens qui jurent qu’ils vont gagner alors qu’ils n’auront pas plus de 6%.

Je n’ai jamais voulu m’impliquer dans la politique directe de mon pays le Cameroun, parce qu’il ne s’agit au final, comme en 1992, que d’un cirque dans lequel, chaque acteur joue le rôle que le même metteur en scène français d’alors ou américain a préparé pour lui.

La liberté a un prix. Et mes compatriotes ne sont pas prêts pour le payer. Tocqueville nous enseigne qu’on ne peut obtenir la liberté sans beaucoup d’efforts. Les camerounais se déchirent sur des élections présidentielles sans à aucun moment se demander qui paye et pourquoi ?

Oui, d’accord, ce sont les camerounais qui payent puisque c’est inscrit dans la loi du budget. A moins qu’il ne s’agisse là que d’un pur enfumage. En effet oui. Comme dans d’autres pays africains, le budget qui établit la programmation des dépenses régaliennes et des recettes pour l’année suivante est très stricte pour les dépenses, mais exagérément optimiste pour les recettes. Ce qui signifie que ce n’est pas parce que c’est inscrit au budget les coûts des élections que cela signifie que les citoyens les payent. C’est donc ainsi qu’à chaque fois, c’est la fameuse « Communauté Internationale » que nous détestons tant, qui paye pour nos élections. Et comme nous sommes des mendiants professionnels, à personne ne vient le doute de se demander ce que nous perdons en termes de liberté avec une telle main tendue pour mettre un bulletin dans l’urne chez nous. Comme une bêtise ne vient jamais seule, nous avons même ajouté que nos citoyens de la diaspora peuvent voter sans payer les impôts chez nous. C’est-à-dire, en empruntant encore plus, pour que des gens qui crachent sur notre pays à longueur de journée puissent voter.

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Mais certains pays en Afrique, ne veulent plus cette main tendue. Pour les élections présidentielles de 2022 au Burundi, le Chef de l’Etat a refusé l’argent de la France et de l’Union Européenne. En revanche, une cagnotte a été créée pour inciter les burundais à cotiser pour financer leurs élections. On leur a expliqué que la liberté a un prix.

Et qui donc payent les élections présidentielles au Cameroun ? La France bien entendu !

Question : Pourquoi la France est-elle si généreuse qu’elle finance nos élections ?

Réponse : Dans tous les pays du monde, ce sont les industriels qui financent la politique, afin de favoriser la stabilité du pays où prospèrent leurs affaires. Le problème est qu’au Cameroun, ce sont les entreprises françaises en particulier et européennes en général qui contrôlent plus de 80% du secteur industriel. La France paye donc pour garantir la stabilité des affaires de ses entreprises. Pour une raison simple que nous allons retrouver encore chez Tocqueville qui dans le même livre, nous explique comment les industriels américains financent la politique américaine et s’assurent que les lois qui sont votées ne porteront jamais au pouvoir un « Homme Fort » politiquement parlant, qui réduirait le rapport de force entre industriels et politiciens américains. Regardez comment le président Trump est torturé tous les jours aux USA pour vous en rendre compte.

Tocqueville nous explique aussi pourquoi, l’Amérique ne gagne presque aucune des guerres qu’elle entreprend loin de son sol : parce que, pour éviter les coups d’Etat, les industriels américains se sont assurés qu’il n y ait pas une véritable armée professionnelle et surtout qu’il n’y ait pas de généraux forts aux USA.

Tocqueville nous explique que les industriels n’aiment pas de révolution conduite par les politiciens, parce qu’elle pourrait changer les règles du jeu et nuire aux affaires. Pour eux, si une révolution doit se passer, c’est celle du marché, de l’économie, de la finance et non celle de la politique.

La conséquence est que la « démocratie américaine » est un cirque dans lequel chaque acteur politicien joue le rôle qui lui est assigné par les industriels américains. Pire, c’est un système de pseudo alternance au pouvoir. L’électeur croit choisir une personne plutôt qu’une autre pour représenter ses intérêts. Ce qu’il ne sait pas est qu’au fond, tous ces 2 partis qui s’opposent, ces 2 candidats qui s’insultent en public, sont choisis par un industriel qui les finance tous les deux et ni l’un, ni l’autre, une fois au pouvoir ne peut mener de politique contradictoire l’une de l’autre, mais en ligne avec les intérêts du commissionnaire.

En d’autres mots, dire qu’il y a alternance politique aux USA, parce que deux partis s’alternent, à travers les votes, au pouvoir, est un vrai leurre, un mensonge. Parce que tout est fait pour empêcher que dans un tel système, un outsider vienne gâcher le gombo. Voilà pourquoi dans ce pays, aucun indépendant n’a la moindre chance d’arriver un jour au pouvoir. Et Donald Trump est un peu cet outsider qui a dû passer par un vrai coup-d ’état dans le parti républicain pour devenir président des USA. Et comme le système ne l’attendait pas, chaque jour on lui pourrit la vie, un jour c’est la Russie qui l’aurait mis au pouvoir, un autre jour, c’est une dame de 54 ans qui accuse le juge qu’il veut nommer à vie, à la Cour Suprême, de l’avoir effleurée il y a 40 ans, lorsqu’elle avait 15 ans et lui 17. Demandez-vous juste si vous vous rappelez les visages de vos camarades de l’école primaire il y a 10, 20 ou 30 ans. Un autre jour c’est la CIA qui est contre lui. Il est coupable d’une seule chose : c’est le président que le système n’avait pas prévu.

C’est la même chose en France. Marine Le Pen a eu 30% de votes en 2017 aux élections présidentielles, mais n’a que 8 députés sur plus de 500 députés. Comment est-ce possible ? Parce qu’il n’existe aucune alternance au pouvoir en France. Le cirque permet d’entretenir les populations dans un flou et un vrai enfumage, lui faisant croire qu’il choisit.

Il a beau chasser Sarkozy de droite pour avoir Hollande de gauche et ensuite chasser Hollande de gauche pour avoir Macron qui n’est ni de droite ni de gauche qu’il a toujours le sentiment d’avoir été floué, parce que tous les trois même si de 3 bords politiques en apparence différents, répondent aux mêmes Patrons, aux industriels et les grandes fortunes françaises. Et à aucun moment, ils ne peuvent mener de politique révolutionnaire sur les thèmes majeurs qui font l’ossature économique de la France.

En Allemagne c’est la même sauce

Les électeurs croient par erreur qu’il existe une alternance au pouvoir en Allemagne. Ce qu’ils ne savent pas est que la différence idéologique entre le SPD de gauche et la CDU du centre droit, n’est que de la poudre aux yeux. C’est exactement la même chose. Tous deux répondent aux injonctions des industriels allemands. C’est ce qui explique lorsqu’un troisième larron non prévu débarque, les 2 sont obligés de former un gouvernement dit d’union national.

En Italie,

Le Mouvement 5 étoiles est un peu le fruit de ce coup d’état qui ne devait pas être. Lorsqu’ils ont décidé de créer le « reddito di cittadinanza », un revenu de base pour des millions de pauvres italiens, beaucoup ont été surpris que le principal détracteur de cette initiative soit le Parti Démocratique, parti de gauche qui a toujours construit sa fortune électorale sur le soutien aux pauvres. Les plus naïfs ont finalement pu comprendre que ces pauvres n’étaient rien d’autre que le fonds de commerce électorale du PD, mais qui ne changeait rien dans le fond entre la politique du centre droit avec Berlusconi et celle de la gauche du PD.

Revenons aux élections présidentielles au Cameroun !

En 1992, le candidat de la coalition des partis d’opposition Ni John Fru Ndi, n’avait pas compris à quel jeu on jouait et surtout que jamais les USA ne se seraient opposés à la gestion du Cameroun par la France, puisqu’en 1945 en lui offrant un poste (non mérité d’un pays occupé durant la guerre) comme membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, les USA voulaient s’assurer de la soumission totale de la France. Et il serait donc naïf de croire que les mêmes USA qui ont confié à la France la gestion du Cameroun viennent y choisir un candidat, même si anglophone pour contrer le choix de la France. C’est la même voie sans issue empruntée aujourd’hui par les soi-disant sécessionnistes anglophones, qui se croient naïvement, soutenus par les USA contre la France au Cameroun.

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26 ans sont passés. Et ce que les nouveaux candidats aux élections présidentielles de demain 7 octobre 2018 au Cameroun n’ont pas compris est qu’ils n’ont aucune chance de changer la moindre donne différente de ce que la France a prévu pour le pays où elle a investi son argent pour organiser une certaine élection. Et comme en France, comme en Italie ou en Allemagne, aucune alternance au pouvoir n’est prévue, pour ne pas perturber les affaires.

Les secrets de la démocratie sans alternance

J’ai dit que la France finance nos élections. Cette phrase est incomplète. Parce que même si c’est pour protéger la stabilité du climat des affaires pour ses industriels, la France ne fait qu’anticiper nos dépenses. Parce que l’argent qu’elle nous donne est un prêt. Donc, pour fanfaronner et dire que nous aussi sommes un pays démocratique, nous sommes en train d’endetter nos enfants et nos petits-enfants à qui nous enlevons le levier avec lequel ils auraient pu se soustraire demain à la domination de la France. Nous les enchaînons encore plus, sans que rien ne change.

Mais qu’est-ce qu’on ne vous dit pas des élections ?

En 1992, Paul Biya a commis une erreur dans la confrontation avec son principal opposant Fru Ndi. Il va lui aussi faire campagne dans les villes, délaissant les villages. Fru Ndi a choisi Douala comme son fief et il a complété avec les grandes villes de l’Ouest et du Nord Ouest du pays. Paul Biya a choisi Yaoundé et a complété son score avec les grandes villes du Sud et de l’extrême nord. Résultat des courses, sur 15.000.000 d’habitants, il n’y a eu que 3 millions de votants. Biya 40% et Fru Ndi 36%. La catastrophe a été évitée de justesse. Et plus jamais Paul Biya ne commettra plus jamais une telle erreur. Alors comment procède-t-il ?

La stratégie cachée du RDPC

Le RDPC suit les enseignements de nos patrons occidentaux. Un jour, on annonce la date des élections et donne 2 semaines pour la campagne. Et voilà l’opposition dans une naïveté déconcertante tomber dans le piège et en 2 semaines on voit tout et son contraire. Ce qu’ils ne savent pas est que les élections sont déjà gagnées par Paul Biya. Et dire qu’on va boycotter est encore plus stupide que d’y participer sans d’abord étudier le RDPC

Qu’est-ce que les partis d’opposition ne savent pas du RDPC ?

Pendant les 7 ans qui séparent une élection de l’autre, Paul Biya va déployer sur l’ensemble du territoire national un maillage complet des cellules de son parti politique qui font tous une campagne très énergique 3 fois par an. Et c’est lors des différents défilés du 11 février pour la fête de la jeunesse, le 1er mai pour la fête du travail et le 20 mai pour la fête de l’unité. Pour ce parti, il ne s’agit pas d’un simple défilé de militants, mais une occasion pour se compter. Et les sacs de riz qu’on voit durant la campagne officielle de 2 semaines n’est au fond que de la poudre aux yeux. La vraie dépense qui réveille et fidélise les sympathisants et électeurs sur le terrain est un bout de tissus pagne avec la photo de Paul Biya dessus ou des T-shirts que les gens sont contents de recevoir pour aller marcher à ces fameux défilés. Dans un pays où les gens sont pauvres, un polo publicitaire d’un parti politique est une aubaine pour qui le porte. Mais une publicité mobile presque gratuite pour qui l’a créée

La conséquence immédiate de ce que je viens de dire est un élément qui échappe à beaucoup de partis politiques d’opposition en Afrique. Selon les Nations Unies, en Afrique, 70% des populations habitent dans les villages. Et seuls 30% dans les villes. Or même si tout Douala peut être suffisamment bruyant pour chanter le nom d’un candidat, pour qui toute la ville peut avoir voté comme en 1992 pour Ni John Fru Ndi, il reste une autre vérité et c’est que la majorité des votants qui se sont inscrits sur les listes électorales et sont en possession de leurs cartes d’électeurs, sont dans les villages ; contrairement à beaucoup de sympathisants de l’opposition de dernière minutes, concentrés dans les villes, qui veulent aller voter non pas par adhésion aux propositions d’un candidat, mais par rejet de celui qui est au pouvoir.

La conséquence est dramatique pour une démocratie qui se cherche : On perd de l’argent emprunté pour une élection qui est au finish une farce. Comment ?

Lors des dernières élections présidentielles d’octobre 2011 au Cameroun, selon les données de ELECTIONS CAMEROONS (Elecam), un seul parti politique, le RDPC de Paul Biya était présent dans tous les bureaux de vote, suivi par le SDF qui n’avait ses agents présents que dans 15% des bureaux de vote dans le pays. Il est même inutile de parler des autres partis mineurs.

Si le SDF, premier parti d’opposition, n’avait pas de représentants dans 85% de bureaux de vote, qui étaient plus souvent ceux situés dans les zones rurales, cela signifie qu’il n’avait même pas un seul candidat qui s’était porté volontaire pour contrôler le vote. Voilà expliqué pourquoi l’autre, le RDPC, dans ces conditions, n’a même pas besoin de tricher puisque l’opposition n’a pas compris qu’un vote c’est d’abord une question de géographie avant d’être politique. Et qu’en Afrique, contrairement de ce qui se passe en Europe, une campagne se fait tous les jours et pendant les 7 ans et non en 2 semaines.

La farce de la diaspora

Il y a des jours où je me griffe, pour être certain que je ne suis pas en train de ronfler et que ce que je vois n’est pas qu’un mauvais rêve. Je me suis demandé plusieurs fois durant cette campagne électorale si c’est moi qui étais en train de devenir fou, ou si ce sont certains candidats qui n’étaient pas à la hauteur, lorsque j’ai vu l’importance démesurée qu’ils accordaient au vote de la diaspora.

Par exemple, j’ai vu des candidats se succéder aux USA pour battre campagne alors que le nombre total des votants était connu depuis : 79 personnes pour l’ensemble des USA. Aux candidats qui sont allés là bas faire campagne n’est venu à aucun moment le doute que de ces 79, la moitié étaient des membres du service diplomatique, et les autres des agents du renseignement de l’Etat camerounais qui peuvent tout contester, sauf une chose, le résultat symbolique de leur adhésion au chef en service.

Et puis, je me suis dit que peut-être c’était pour récolter les fonds. Là aussi, la mathématique ne convainc pas. Et c’est là où je me suis demandé si des gens qui font preuve d’un tel amateurisme méritent de dire à haute voix qu’ils ont été retenus pour être candidats à l’élection présidentielle au Cameroun.

On a plutôt l’impression qu’ils se sont réveillés un matin et ils ont découvert qu’il existe tous les 7 ans, en début du mois d’octobre, une élection présidentielle au Cameroun.

Avaient-ils besoin de dépenser autant en billets d’avion et hôtel pour leurs délégations pour aller encaisser une somme que leurs sympathisants résidents là bas, auraient pu se charger de récolter ?

Quelles leçons retenir pour les jeunes industriels ?

J’ai pris la peine de lire les programmes des différents candidats. Et qu’ils soient d’opposition que du parti au pouvoir, on a envie de leur demander sur quelle planète ils vivent. Ils ne sont pas en mesure de financer notre élection la plus importante en 7 ans, mais ont le courage de nous présenter un catalogue de promesses des belles choses à réaliser. Et tout cela sans jamais dire comment ce sera financé ou qui va payer. S’ils ne nous ont pas dit qui paye les élections, ce n’est pas pour leur catalogue de promesses qu’ils vont s’embarrasser de s’hasarder là-dessus. J’ai même vu certains candidats se plaindre que les 15 millions de Francs CFA qui leur sont alloués pour financer une partie de leur campagne étaient insuffisants et demandaient plus. Qu’ils aillent donc directement se plaindre à la France et demander plus.

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Certains programmes m’ont fait rire, comme le volet sur l’agriculture. J’ai lu que de nouvelles plantations vont être créés dès demain. Sans même parler du coût de création d’une nouvelle plantation, on n’a pas expliqué à certains candidats qu’en zone e forêt, pour créer la moindre plantation, nous sommes obligés de couper les arbres et attendre 2 à 3 ans pour que les racines pourrissent avant d’y retourner avec les tracteurs. J’ai aussi lu que les usines vont sortir de terre partout pour transformer nos productions agricoles. Sauf que le candidat qui dit qu’on va mettre l’usine pour transformer le cacao en tablette de chocolat est loin de s’imaginer que dans la tablette de chocolat achetée au supermarché en Europe, il n’y a souvent aucun cacao. Quelqu’un a oublié de leur expliquer que les prix du cacao baissent, parce que les Européens ont depuis longtemps remplacé le cacao dans les compositions de certains produits par des substituts plus moins chers qui fait l’objet de la guerre combattue par les diplômés de la Pougala Academy qui ont la bonne information que beaucoup de ces candidats n’ont pas, y compris ceux qui sont au pouvoir.

Au final, pour tous ces candidats, nous allons donc développer quelle agriculture ? Sera-t-elle orientée contre les intérêts français qui poussent notre agriculture dans une zone de pure marginalité ? Si tel est le cas, c’est donc que nos politiciens sont encore plus naïfs que je ne l’imaginais. Donc, la France doit financer nos élections pour que tous ensemble allions voter pour la chasser industriellement du Cameroun ?

Presque tous les candidats ont promis qu’ils vont financer les entreprises, car aujourd’hui, selon eux, le problème de notre économie est un manque de crédit. Oui, je suis d’accord, mais vous allez financer tout cela avec l’argent de qui ? Et comment feront nos enfants demain pour rembourser tout ça ?

Un seul programme valable existe : ENVOYER TOUTE LA POPULATION A LA PLANTATION

“Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui.” TOCQUEVILLE

Lorsque le président chinois Mao a décidé d’envoyer tout le monde à la plantation, c’était pour partir de zéro dans l’acte de la création de richesses et surtout, enseigner aux chinois qu’on ne gagne jamais sa liberté sans mettre les mains dans la boue.

Nous avons une population qui subit encore les séquelles de 5 siècles de soumission et pour qui la plantation représente encore un fort traumatisme. Et il est irresponsable de caresser cette population dans le sens du poil en lui faisant croire que la plantation n’est qu’une option, parce qu’il y aurait de l’argent quelque part que le manque de volonté politique empêche d’utiliser.

Les politiciens qui aiment vraiment notre pays, plutôt que de se lancer dans les campagnes de fausses promesses qu’ils savent qu’ils ne pourront jamais maintenir, devraient au préalable contribuer à éduquer nos populations à apprendre à se passer de l’Etat. Ne trompez pas les populations en leur faisant croire qu’il y a un Etat qui pourra résoudre leurs problèmes. C’est faux. Le rôle de l’Etat est avant tout d’administrer la Nation et de garantir les principes de notre vivre ensemble. Mais l’Etat ne pourra rien contre le vrai fléau de notre pays qui est celui des gens qui vivent presque tous au-dessus de leurs moyens. Vivre en ville est plus coûteux qu’au village. Et si quelqu’un vit en ville sans un travail qui lui permet de rentrer dans ses frais, ce n’est pas le changement d’un quelconque gouvernement qui changera cette situation. Car ceux qui étaient pauvres sous Ahidjo, sont restés pauvres sous Biya et resteront pauvres sous n’importe qui dans l’avenir s’ils n’apprennent pas à se passer de l’Etat, à réduire leurs consommations pour dégager suffisamment d’épargne devant leur permettre d’investir dans l’actif, dans beaucoup d’actifs qui sont, à mon avis, la seule garantie de fuir de façon durable la pauvreté.

Conclusion

J’ai tenu à écrire cette leçon pour que vous évitiez de vous retrouver malgré vous dans la situation que j’ai connue en 1992 et que j’ai racontée dans l’introduction. Votre destin ne peut pas être lié à celui d’un être humain qui un matin a décidé de se lancer dans la politique. Lundi, certains candidats vous diront qu’ils ont gagné et qu’on a volé leur vote. Faites attention de ne pas vous laisser trainer dans des violences desquelles vous ne tirerez rien.

L’industriel par définition a besoin de l’ordre, non pas parce que celui qui a fait une certaine promesse électorale vous donnera le moindre cadeau dans cet ordre. Mais parce que nous avons besoin de l’ordre pour planifier et mener à bien nos différents projets qui sont les seuls capables de nous permettre demain d’avoir suffisamment d’argent pour organiser nos élections sans plus demander l’aide de la France ou des USA.

Ce que nous cherchons n’est pas une quelconque faveur des politiciens. Voilà pourquoi un industriel ne prend pas position pour un politicien. Parce qu’il n’attend rien de lui en dehors du climat de sérénité, d’ordre publique et de paix pour mener à bien ses rêves de créateurs de richesses.

Il me plaît de conclure avec cette autre citation de Tocqueville :

“Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir.”

Qui cherche dans les élections des raisons d’espoir pour changer sa propre vie est destiné à mourir de désespoir, transférant à un marchand de rêves dit politicien, la procuration pour s’occuper à sa place de son propre destin. Ce qui n’est pas le propre des industriels que nous sommes.

Et si nous passons autant de temps à parler des Politiciens, c’est bien parce qu’il y a un déficit criant d’Industriels. Comment ne pas donner raison pour la dernière fois à Tocqueville lors qu’il déclare :

“Les grands hommes se passionnent pour les petites choses, quand les grandes viennent à leur manquer.”

Au lieu de nous diviser inutilement aujourd’hui entre ceux qui votent pour un politicien, et qui pour un autre, nous devons commencer à parler des grandes choses et décider de comment mettre les politiciens à notre service, afin que nous créeions le maximum d’emplois pour nos citoyens, pour ensuite avoir les moyens de financer nous-mêmes nos futures élections. Ce jour là, nous pourrons parler haut et fort, parce que nous aurons été capables de sauver l’essentiel : notre dignité d’humain, celle qui vient garantit notre liberté.

Jean-Paul Pougala
Rome, le samedi 6 octobre 2018

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