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Lorsqu’on annonce une conférence sur Mongo Beti à la librairie des Peuples noirs jeudi 6 octobre dernier dans le cadre de la célébration du dixième anniversaire de la disparition de l’auteur de «Main basse sur le Cameroun», l’on suppute sur un éventuel débat que devraient animer les deux panélistes : Fabien Eboussi Boulaga et Eric Mathias Owona Nguini.

Deux intellectuels ayant pignon sur rue au Cameroun. «Nous ne sommes pas ici pour nous lamenter. Mais nous sommes là pour continuer le mode de vie de Mongo Beti, qui était lui-même l’illustration de la lutte pour la transformation. Comme lui, nous nous tournons davantage vers l’avenir», comme pour ouvrir la messe. Le philosophe se met quasiment dans la peau de Mongio Beti lorsqu’il avance que «Comment se fait-il qu’un régime si nul puisse avoir une telle longévité ?».

La contradiction viendra-t-elle du politologue Eric Mathias Owona Nguini ? «Cet écrivain était un homme dont la grandeur littéraire ne peut souffrir d’aucune critique», avoue l’intellectuel. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il mentionne que «l’écrivain ne saurait se limiter à l’art pour l’art. C’est pour cela qu’il ne s’entendait pas avec des écrivains comme Camara Laye», confie-t-il.
Il relève également que cet homme se battait pour l’égalité comme principale valeur de l’humanité et enfin qu’il fut un homme exemplaire sur le plan de la formation des mentalités. Il présente également «Eza Boto» comme un promoteur «de la métaphysique de la réalisation, de l’esthétique de l’illumination, de l’éthique de l’indignation…», avant de conclure qu’en fait, «le parcours de Mongo Beti retrace en réalité l’expression du parcours de toute une civilisation».

Charles Ateba Eyéné, écrivain très prolixe depuis quelques années trouve que Mongo Beti «a réfléchi sur le devenir de l’Africain. Sa démarche a été citoyenne». Interrogé sur les possible limites de l’oeuvre ou de l’homme en général, Charles Ateba Eyéné en profite pour réactualiser ses connaissances littéraires en comparant l’écrivain camerounais au Français Voltaire. «Tout être a des limites. Voltaire [L’auteur des Lettres philosophiques, Ndlr] a dû s’exiler en Angleterre parce qu’il n’était pas compris des siens. Il gênait le pouvoir en place. Mais, il a été réhabilité plus tard», indique-t-il. Comme une prophétie ? Toujours est-il que ce militant du parti au pouvoir au Cameroun sait que Mongo Beti qu’il qualifie de génie, d’écrivain au sens plein, très courageux, a eu maille à partir avec le pouvoir en place.

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Il a aussi eu maille à partir avec certain de ses confrères, du point de vue éditorial. «On peut critiquer ses excès. Il avait une vision trop unilatéraliste de la colonisation. Il était extrémiste», constate Hubert Mono Ndjana, philosophe et écrivain pour qui Mongo Beti était «d’un extrémisme virulent. Pour lui, tout était noir. Or, tout ne peut pas être noir !» Martèle-t-il, avant de se souvenir que le natif d’Akometam avait publié au début de la décennie 1990l’une de ses productions ( nL’Ethnofascisme dans la littérature africaine) dans la revue Peuple noir peuple africain sans son accord. Mais, plus tard, «tout s’est arrangé», souligne-t-il Hubert Mono Ndjana, ancien président du conseil d’administration (Pca) de la société civile de la littérature et des arts dramatiques (Sociladra).

L’actuelle Pca, écrivain par ailleurs, Elise Mballa Meka refuse de croire que Mongo Beti n’a pas été compris. «Lorsque les écrivains prennent des positions politiques pour s’opposer aux motions de soutien aujourd’hui, on oublie parfois qu’il y a eu des gens qui l’ont fait bien avant. Et Mongo Beti savait prendre des positions politiques. Il savait ou pouvait faire infléchir le pouvoir», dit-elle à l’actif de l’auteur du «Pauvre christ de Bomba». Mais, Elise Mballa Meka reconnaît qu’il y aura eu «un petit ratage». Contrairement à elle, Calixthe Beyala semble beaucoup plus pessimiste lorsqu’elle déclare, parlant du Cameroun pour lequel Mongo Beti menait son combat : «Çà n’a rien changé que je sache. Tant qu’un peuple n’est pas conscient, rien ne change. Pourquoi 22 candidats ?»

Pourquoi établir une relation entre les 23 candidats à l’élection présidentielle au Cameroun en 2011 et l’?uvre de Mongo Beti ? «Rien à voir. Je faisais référence aux ego surdimensionnés qui empêchent les hommes de se mettre ensemble pour défendre les mêmes idées et tant que c’est ainsi, rien ne fonctionnera, c’est tout. J’ignore si les écrits de Beti ont un effet sur la vendeuse au marché de New-Bell, si c’est le cas, tant mieux !» Et comment ne pas recourir à Elise Mballa Meka qui se demande : «Qui ne se souvient pas de ville cruelle ? du Pauvre Christ de Bomba ? Malheureusement, on ne sait pas toujours mesurer l’importance des oeuvres au quotidien puisqu’on est préoccupé par la précarité», se lamente la Pca de la Sociladra.

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Les adeptes de l’écrivain l’expliqueront bien. A l’instar d’Oscar Pfouma pour qui Mongo Beti était un «proscrit admirable». Ce critique écrit : «Mongo Beti restera Pour avoir mis son talent immense au service de la cause africaine et des masses déshéritées. Mongo Beti restera pour avoir, sans rémission, sacrifié sa vie à exorciser l’anathème intolérable et la haine morbide des notables repus de la “Ville Cruelle”. Mongo Beti restera pour avoir inventé le goût de la liberté chez le Nègre devenu amnésique à force d’avoir mariné dans le larbinisme et la culture missionnaire. Mongo Beti restera. Et rien ne sera plus comme avant Aboli, le Nègre servile, qui a mis pavillon bas, adepte de l’émotion nègre”, “jouet du Carnaval de l’Autre” (Césaire).»

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