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Paris est pour un Africain francophone une ville chargée d’histoire. En débarquant ici dimanche dernier, c’est à peine si je ne m’en voulais pas de n’avoir jamais mis les pieds à Paris. Ville qu’on dit magique et dont la notoriété a inondé mon esprit, et c’est peu de le dire, depuis que je sais lire et écrire le français.

Je suis donc venu et même s’il est tôt de faire un bilan vu que j’ai encore des weekends à passer ici, j’ai un peu regardé autour de moi et voudrais partager quelques observations qui pourraient renforcer bien de clichés.
La première chose c’est le métro, ce train souterrain, moyen de transport par excellence pour les moins nantis et les pauvres. Je le prends tous les matins depuis Montrouge, où j’habite, pour aller à Paris intramuros où j’ai mes activités. A l’intérieur, difficile d’entendre des éclats de voix ; l’on y devise bien sûr, mais à voix basse, un peu comme mes parents du temps du maquis dans leurs plantations du Moungo au Cameroun. De qui a-t-on donc si peur ? Du terrorisme ? Il se pourrait que ce n’est pas pour importuner le voisin et les autres. Ma conclusion est donc que, et contrairement à Sartre, l’enfer c’est soi et pas l’autre. Sinon, pourquoi se priver de parole à voix haute au pays de la liberté, de l’égalité, et surtout de la fraternité.
Parlant de fraternité justement, je vois des regards interrogateurs qui semblent se méfier de moi ; un peu comme si j’avais arraché le bifteck de quelqu’un, ou alors comme si j’étais en tête de liste d’une équipée de Wanted recherchée par la police. Mais peut-être qu’il s’agit simplement de curiosité, de découverte, voire d’autre chose. Quoi qu’il en soit, je vaque à mes occupations le plus naturellement du monde, flanqué de mes quatre acolytes de formation qui logent avec moi dans un hôtel de Montrouge. Et chaque fois que je passe à la station Odéon, je pense au grand-frère Wakeu Fogaing, l’un de nos grands comédiens de l’heure, qui connaît le théâtre de l’Odéon. Je me surprends même à rêver d’une improbable rencontre, lui sur les planches et moi dans le public de ce théâtre chic pour une représentation d’un classique camerounais. Il est en France, mais nous ne nous verrons guère.
Pour en revenir au train, je suis un peu surpris de ne pas voir les Parisiens courir vers les quais. A Berlin, où j’ai séjourné plus d’une fois, les gens courent sans cesse. Qu’en déduire ? Je verrai d’ici à la fin. Dans la rue également, les gens marchent beaucoup plus qu’ils ne courent.
Cette semaine, j’ai découvert un théâtre pas loin de la station de Montreuil où l’on joue sans discontinuer tous les soirs, et depuis 1957, les deux premières pièces de Ionesco : La cantatrice chauve et La leçon. Je me suis promis d’y faire un tour avant de rentrer à Yaoundé.
Pas loin de là se trouve la Sorbonne, cette fameuse université dont les diplômés aiment à vanter la notoriété une fois rentrés au Cameroun. En y faisant un tour mercredi dernier, je n’ai pu m’empêcher de penser à cette rivalité épistolaire entre Jean-Claude Shanda Tomne et Célestin Bedzigui il y a une dizaine d’années dans les colonnes des quotidiens Le Messager et La nouvelle expression. Echanges qui avaient parfois volé bas et où l’un des protagonistes ne ncomprenait pas que l’autre ait pu faire des études d’un certain niveau sans fréquenter les écoles huppées de France.
Mais la plus grande surprise de cette semaine aura été la Place de la Concorde. Là où le président de la république ici préside le défilé le jour de la fête nationale. En marchant sur cette place, plusieurs idées se sont bousculées dans ma mémoire. Il y a d’abord les œuvres d’art public qui y ont élu domicile depuis des siècles ; contrairement à notre fameuse place du 20 mai à Yaoundé, aussi vide que sans majesté, mis à part cette tribune tiède qui apparaît comme un hachis architectural dans en un lieu où notre mémoire collective aurait pu être célébrée. Lieu qui d’ailleurs n’a pour repère qu’un hôtel luxueux et une banque. Vous avez dit argent ?
A Paris, c’est tout le contraire. L’œuvre qui m’a le plus frappé ici est cet obélisque qui semble vouloir s’accoupler avec le ciel de son bout pointu et doré. De savoir que cette œuvre provient d’Egypte et a été construit par mes lointains ancêtres me remplit d’une joie mesurée. D’abord parce que c’est la preuve pour l’Africain que je suis que, contrairement aux discours colonisateurs et racistes, que la place de l’Afrique dans le concert des nations ne peut être que la première. Oui M. De Gaulle ! cet obélisque-là, en pleine place de la concorde, haut lieu de tourisme mondial, érigé dans toute sa majesté et sa splendeur, renseigne sur ce que pourrait être le continent noir pour peu qu’il prenne toute la conscience du travail antérieur de ses civilisations qui ont abreuvé, nourri et irradié le monde entier, en commençant par la très chère Grèce antique. Le temps est donc venu pour moi de partir à nouveau sur les traces de notre intellectuel le plus percutant du siècle qui se referme à savoir Cheik Anta Diop.
Joie mesurée également parce qu’il faut bien arriver à Paris pour constater pareil reflet du génie africain. A Harare au Zimbabwe en 2011, j’avais certes constaté que nombre de rues portaient les noms de héros de notre histoire, mais cela me semble aujourd’hui insuffisant. Très insuffisant même ! L’Afrique a tant à montrer sur le plan historique et artistique.
L’une des satisfactions de ce voyage restera sans doute le compagnonnage d’avec le grand-frère Jean-François Channon du journal Le Messager. Qui m’a pris sous son aile dans le bons sens du terme, me chaperonnant au besoin et me distillant de conseils bien utiles.
Pour ce qui est des rapports avec mes camarades de formation au CFPJ, j’y reviendrais dans une autre livraison. Bon weekend et à bientôt donc.

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