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Le 30 septembre dernier, sept cases ont étés incendiées à Esse, petite localité située à une soixantaine de kilomètres de Yaoundé, pour une histoire de „kong“ ou de sorcellerie (CT N° 6216). Ce cas n’est malheureusement pas isolé. Récemment, Biyem Assi un quartier de Yaoundé, s’est agité pour une affaire de caïman-sorcier. Une histoire semblable a ébranlé, il n’a pas longtemps, un autre quartier de la capitale, Nkomkana. Douala, Bafoussam, Nkongsamba, Bamenda, Kumba, Kribi, Santchou, Garoua, Maroua, Mbalmayo, etc., ne sont pas épargnées par ce fléau.

Il ne se passe pas d’année sans que la sorcellerie agite au Cameroun un village ou une ville. La presse est pleine d’histoires macabres. On ne s’en émeut presque plus. Il s’agit pourtant d’un phénomène social grave. Ici la sorcellerie porte l’étiquette de „kong“; là, celle de „mami wata“; plus loin de „famla“. Un dénominateur commun à ces différentes formes de sorcellerie: le mal. Le sorcier dont „l’activité“ est de nuire (au contraire de celle du magicien qui protège ou soustrait l’individu de la sorcellerie) est par conséquent cause de maladie ou de mort.
Compte tenu de la gravité de ce problème, il devrait retenir l’attention de toute la communauté nationale. Les écoles, les universités, les églises, les mosquées et les partis politiques sans oublier le gouvernement devraient s’en préoccuper.
Aujourd’hui, à couse de la sorcellerie, certains villages du Cameroun sont vidés de leurs habitants; des élites hésitent à investir à la campagne, effrayés par ce mal; dans certaines régions, pour vivre en paix, c’est-à-dire, pour ne pas être mangé par les sorciers“, il ne faut pas construire des belles maisons, cultiver des grands champs, etc. La „richesse“ constitue un arrêt de mort pour le détenteur. Au moment où le Cameroun cherche une thérapeutique appropriée contre la crise multiforme qui le frappe, il ne faudrait pas occulter ce facteur de blocage du développement dans le pays, la sorcellerie. il faut briser le mur du silence qui entoure celle-ci et arrêter de pratiquer la politique de l’autruche. Toutes les institutions doivent se mobiliser pour barrer la route à ce fléau en progrès constant dans le pays. Les remèdes adoptés jusqu’ici contre la sorcellerie sont d’ordre spirituel. Il faut aller plus loin.
1. A La Radio et à la télévision, deux médias dont l’impact est considérable sur les populations, on pourrait diffuser des slogans sur les méfaits de la sorcellerie. Parallèlement, seraient diffusées des émissions sur les bienfaits de la science et de la technique. Car c’est sur celles-ci que sejoue le destin ou l’avenir du monde. Dans tous les pays qui réussissent économiquement, c’est l’esprit qui prévaut.
2. A l’école, il faudrait renforcer l’enseignement des disciplines scientifiques. Les jeunes étant plus réceptifs au progrès, c’est-à-dire à la science et à la technique, un accent tout particulier devra y être mis sur les programmes scolaires. Pour ne pas aliéner la jeunesse, un équilibre sera recherché entre modernisme et tradition dans les enseignements scientifiques.
3. Dans les universités, la sorcellerie et compagnie devraient constituer un des thèmes de recherche, car malgré ses ravages, les fléaux est encore mal connu, mal cerné. On pourrait créer à cet effet une chaire de parapsychologie.
C’est dans nos universités qu’on tracerait de manière claire la frontière entre sorcellerie, magie, fétichisme, maraboutage dont les occidentaux déforment à dessein le sens pour protéger leur culture et leurs intérêts.
Les recherches sur la sorcellerie sont indispensables en ce moment, car la raison ne suffit plus pour guider l’action des hommes dans une société de plus en plus complexe. Nos universités nous aideraient donc à cerner ce que nous pouvons tirer de la magie, des fétiches au gris-gris pour accélérer notre marche vers le progrès.
Par ailleurs, n’oublions pas que les Africains et les Occidentaux n’ont pas la même vision du monde. Laburthe-Tolra un philosophe français qui à enseigné à l’université de Yaoundé note à juste titre: „L’Africain considère comme des faits dûment établis et vérifiés toutes sortes de manifestations que l’Européen, avec un scepticisme de principe tiendra pour illusoires et impossibles; ainsi, faire la pluie et le beau temps, devenir invisible, jeter des sorts, tout cela est rangé en Afrique au nombre des phénomènes scientifiques.“
4. Dans les églises, mosquées et partis politiques, la sorcellerie devrait être au centre des préoccupations, parce qu’elle supprime la vie. Afin de sensibiliser la population sur ses méfaits, on pourrait leur consacrer des sermons et des thèmes de discussions.
5. A l’Administration territoriale, qui s’occupe également de l’aménagement du territoire, la modernisation des villages pourrait constituer un „antidote“ adéquat contre la sorcellerie. Un nouveau cadre de vie, c’est-à-dire la mise en place des infrastructures de base dans le monde rural (routes, eau, électricité) pourrait y contribuer. C’est le lieu de souligner la nécessité de revoir la structure des villages dont la dispersion des habitations n’est pas propice à la réalisation des infrastructures.
6. A la justice, la législation sur la sorcellerie devrait être renforcée. En dehors de la prison, de fortes amendes pourraient avoir un effet dissuasif sur les sorciers.
Après la reprise économique du Cameroun, développer ou mieux se développer devra signifier par conséquent d’abord lever un obstacle sérieux qui s’y dresse: la sorcellerie.
L’expérience et les sciences humaines s’accordent aujourd’hui pour affirmer que la reconversion des mentalités est une tâche à laquelle il importe de s’attacher préalablement à tout effort de développement dans les pays sous-développés.

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