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L’adaptation de «Guerre» de Lars Norén était sur les planches de l’IFc de Bamako le 19 décembre, sur une mise en scène d’Eva Doumbia et une interprétation des élèves du conservatoire.

La  pièce  s’ouvre  sur  une  tranche  de  vie ordinaire d’une famille. La mère range le désordre  laissé  par  sa  plus  jeune  fille. Une autre  fille, plus  grande, est occupée à  se maquiller. Quand arrive le père après deux ans d’absence sans nouvelle, tout s’écroule. Devenu un étranger, il s’attend pourtant à reprendre la vie de famille là où il l’a laissée en partant pour la  guerre. Mais  les  choses ont bien  changé en son  absence.  
La  guerre  est  finie  mais  ses séquelles, elles, sont bien restées. Les cinq personnages de cette pièce, survivants de la guerre,  portent  tous  des  handicaps  profonds :  le père, vaincu et aveugle,  traîne ses réflexes de survie;  la mère,  qui  peine  à  faire  asseoir  son autorité auprès de ses filles, a refait sa vie avec le frère de  son mari;  lequel beau-frère a été obligé  de  battre  son  fils  jusqu’à  ce  que mort s’en suive ; la grande sœur, encore adolescente, est prostituée et droguée ; la plus jeune sœur a un bras paralysé et, malgré ses 13 ans et sa virginité perdue,  refuse de  grandir et  s’applique avec acharnement à être heureuse, pour ne pas perdre pied.
La  pièce met  en  scène  les  changements  radicaux que  la guerre apporte sur  les hommes et les sentiments : les viols, l’horreur, les crimes, les gentils voisins qui  se  transforment en prédateurs, les trahisons, mais aussi, malgré tout, l’amour qui naît  là où on  l’attendait  le moins. La seule échappatoire semble être la fuite vers d’autres  cieux.  Un  projet  qui  se  heurte  au «Non» farouche de la petite fille. Tous doivent rester  pour  reconstruire  la  vie  en  lambeaux. Mais est-ce seulement possible ? La scénographie  d’Eva Doumbia  a  installé  partout  sur  la scène des  lampes allumées, comme  le  fil  tenu de la vie malgré les atrocités de la guerre.
La  grande  innovation  de  cette  pièce  a  été  de faire  jouer  plusieurs  comédiens  pour  un  seul rôle. Ainsi, trois comédiennes jouent le rôle de la mère, deux comédiens les rôles de la petite sœur, de la grande sœur et du père de famille. Cette  variation  les  oblige  à  faire  des  efforts pour se dépasser mais, d’un autre côté, ressort de  façon  flagrante  les  disparités  dans  leurs jeux,  les  comédiens n’ayant pas  la même présence  sur  scène,  ni  la même façon  d’habiter leur rôle.
Le risque étant de  faire  tomber  l’attention  du  spectateur  devant  un  comédien moins bon,  comme  cela  a  été  le  cas pour les rôles  de  la mère  et  du  père.  Comme souvent chez Eva Doumbia, la musique de la pièce était jouée  directement  par  un  orchestre  composé des élèves du Conservatoire  de Bamako,  présents sur  la scène. Cette musique de scène en live  a  accompagné  la pièce, donné du  rythme aux dialogues et aux silences et porté les émotions des spectateurs.
«Guerre»,  écrite  par  le  dramaturge  suédois Lars Norén,  résonne  à  Bamako  au Mali  avec justesse et authenticité, dans un contexte post conflit  où  l’heure  est  à  la  reconstruction  du pays et la paix relativement fragile. Elle est le résultat de six ateliers de 15 jours que la metteuse en  scène  franco-ivoirienne a mené avec des  élèves  du  Conservatoire  de  Bamako  pendant deux ans, avec le soutien de l’Institut français  du Mali. Aissata Boucary Maiga,  une  des comédiennes  de  la  pièce,  dit  sa  satisfaction  : «J’ai amélioré mes connaissances du théâtre et mon  talent,  je  suis  super contente d’avoir  travaillé sur cette pièce, cela m’a permis de beaucoup progresser». Eva Doumbia lance un appel aux directeurs de festivals pour que cette pièce puisse  circuler.  Mais  avec  9  comédiens  et  5 musiciens, cela sera-t-il évident pour  les  festivals africains aux moyens plus que limités ?

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