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On les estime à 400 milliard de nos francs représentant une part non négligeable du Produit Intérieur Brut national.

Le système d’élevage pratiqué au Cameroun  de tout  temps est de type extensif et singulièrement semi-intensif. C’est un système dont les pratiques en matière de production sont essentiellement basées sur le pâturage naturel dépendant des aléas et fluctuations climatiques. Si  ce mode d’élevage  pastoraliste a jusqu’alors fait ses preuves, aujourd’hui avec le phénomène  du changement climatique dont les effets se font ressentir sur la pluviométrie avec pour conséquence la faible production de la biomasse dans les pâturages naturels, il est obsolète.
Il faut également ajouter à ce phénomène naturel, les mauvaises pratiques pastorales qui consistent au non respect des capacités des charges des pâturages engendrant ainsi la forte dégradation des ceux-ci avec ses corolaires de déficit criard du disponible alimentaire en période de saison sèche affectant sérieusement l’état d’embonpoint des animaux toutes catégories confondues. Le gain de poids obtenu  pendant  la saison de pluie du fait de l’abondance du fourrage vert  en cette période  est rapidement perdu  en saison sèche ce qui caractérise  l’évolution pondérale en dent de scie que connait le cheptel bovin au Cameroun.
Les chercheurs de l’Institut de Recherche Agricole et de Développement (IRAD) ont mené des travaux  en  2008 et 2009 dans la région de l’Adamaoua  ce qui a mis  en évidence l’incidence du déficit alimentaire en période de saison sèche sur la perte du poids vif chez les bovins. Cette étude a pu montrer que chaque animal toute catégorie confondue perd en moyenne 20kg de poids vif durant la saison sèche ce qui permet de comprendre le retard de croissance observé chez les animaux dans les élevages ceci sans compter les mortalités et l’infertilité.
En  terme de chiffre, on peut constater la gravité des pertes si on part du fait que le cheptel bovin du Cameroun  étant  estimé à six (6) millions de têtes (MINEPIA,2014) cela fait enregistrer au pays une perte annuelle de 120 000 tonnes de poids vif et sur la base d’un rendement carcasse moyen de 45%, on va se situer à une perte en viande d’environ 54 000 tonnes de viandes .
D’après les investigations le  prix du kilogramme  de poids vif  du bovin serait   estimé en moyenne  à 825fcfa  ceci qui  engendre une perte annuelle évaluée à  un chiffre d’affaire   d’environ  99 milliard de Fcfa. A cette perte de la filière viande, il faut signaler celle de la filière laitière qui se chiffre aussi à prés de 270 milliard chaque année du fait de l’inexistence d’un circuit de collecte efficient durant la période de  juillet à septembre soit 90 jours de saison de pluie où prés de 1 500 000  vaches  en lactation peuvent produire au moins 1 litre de lait par jour soit 13 500 tonnes de lait.
Il se dégage de cette analyse  un gâchis énorme  qui se chiffre à prés de 400 milliard représentant une part non négligeable de notre Produit Intérieur Brut. Il est temps que les différents acteurs étatiques et non étatique puissent agir pour arrêter cette saignée économique en prenant des décisions et posant des actes chacun en ce qui le concerne.
Face à cet énorme déficit, les éleveurs et les opérateurs économiques de la filière doivent innover dans le domaine de l’alimentation du bétail et du secteur laitier en mettant en place des circuits de collecte de lait et de méthodes de conservations appropriées .Pour ce qui est du secteur viande il faut que les opérateurs s’impliquent davantage pour produire du fourrage et des aliments de complémentation.
Le pouvoir public pour sa part, à travers le MINEPIA et le MINEPAT, devrait intensifier ses interventions en ce qui concerne l’investissement pour la réhabilitation des zones de pâturages, l’aménagement des points d’eau pastoraux et l’élaboration d’une stratégie nationale de collecte de lait. Pour ce faire, le projet du C2D rural qui sera piloté par le PNDP pourrait ainsi amorcer les initiatives devant permettre d’apporter des solutions idoines à cette problématique des pertes économiques de la filière bovine au Cameroun.

Ousmanou  Chéhou
Pdt de l’Association des Techniciens en Aquaculture,
des Pêches, Santé et Productions Animales du Cameroun

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