Découverte Carte Postale Carnets de villes, Cameroun : repérages à Garoua

Carnets de villes, Cameroun : repérages à Garoua

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22 janvier 2014, Hervé DANGLA et moi sommes dans le train en partance pour le Nord du Cameroun pour une série de repérages à réaliser pour le projet « Carnets de villes, Cameroun » dans les villes de Garoua et de Ngaoundéré. Les 10 jours que nous avons passé à Garoua ont été rythmés par des safaris photos dans la ville et un atelier que nous avons donné gratuitement à l’Alliance Française sur les bases de la photographie et la lecture graphique à une douzaine de photographes résidants dans la ville.

Notre boulot durant notre séjour a consisté à repérer les endroits ou lieux représentatifs de la ville, de nous éloigner de tout ce qui renvoie au tourisme afin de montrer la vraie culture de la ville des habitants de Garoua.
La brume sèche qui généralement apparait à partir du mois de février est en avance cette année et à cause de ce paramètre de belles prises de vue ne sont possible qu’entre 7h et 10h du matin. Alors c’était réveil tous les jours à 5h00 du matin afin de profiter de la belle lumière. Nous parcourons la cité durant cette fourchette de «belle lumière » pour faire des photos et rencontrer les habitants.
Le premier arrêt est Le port sec, entouré de vergers, le marché du mouton semblable à tous ses confrères du sahel constitué de comptoirs rudimentaires faits à partir de tronc d’arbre comme armature et de pailles tressées en guise de toit. On y rencontre des marchandes de Bili-bili, bière de mil très appréciée ici par les autochtones mais aussi par la communauté nigériane qui s’est installée dans les grands hangars qui bordent le fleuve et qui témoignent d’un passé glorieux où le port sur la Bénoué (nom du fleuve) était Le lieu par excellence du commerce. Un peu plus loin entre les vergers qui nourrissent la ville et le marché du mouton, on aperçoit des tuyaux de canalisation qui se jette dans le fleuve en provenance d’une tannerie, propriété d’un Italien. VIVE LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT !!!
Le quartier « Plateau » situé dans les hauteurs de la ville était de part l’architecture des maisons qui s’y trouvent le lieu de résidence des colons et aujourd’hui celui des administrateurs de la ville. Il y a néanmoins beaucoup de maisons à l’abandon, squattées par des sans-abris qui sont probablement les résultantes de la mauvaise gestion d’un héritage. Non loin de la (très vide) délégation régionale des arts et de la culture se construit un jardin public dessiné par l’artiste William KAYO sur le thème des canaris : jarres en terre cuite, symbole local. La question que je me pose est de savoir si ce jardin aura juste une fonction esthétique car ayant une certaine expérience de la ville de Garoua, le quartier Plateau malgré qu’il soit résidentiel est un lieu où règne une certaine insécurité !
La vieille ville, Fulbéré, quartier des institutions traditionnelles et ancestrales où se mélangent dans un certain désordre en terme de pensée urbaine architecturale contemporaine le vieux et le nouveau, le béton et le torchis, le passé et le présent en terme de matériaux de construction. On le remarque dans les « Saré », concession constituée de plusieurs maisons appartenant aux membres d’une même famille où des habitations sont des fois en moitié torchis, moitié béton.
Le lamidat, lieu où réside le Lamido, la plus grande autorité traditionnelle et religieuse de la ville est au centre de ce quartier. Il est à l’image des « Saré » qui l’entourent entre béton et torchis.
Nous avons pu rencontrer dans ce quartier le dernier teinturier artisanal de Garoua qui utilise des pigments naturels pour teinter des étoffes de tissus traditionnels. Ahmadou représente la cinquième génération de teinturiers de sa famille et nous avons eu beaucoup de plaisir à échanger avec lui sur son métier, sur la vie de ce quartier chargé d’histoire et la sienne.
Les grandes villes ne dorment pas. Le quartier des noctambules de Garoua s’appelle « Yelwa » et ça aurait été un crime de lès majesté de parler de Garoua sans évoquer ce quartier où la nuit venue toutes les classes sociales et les différentes ethnies s’enivrent en compagnie des « belles de nuit ».
En journée on remarque de toute part des lieux de cultes (églises, mosquées) qui côtoient des débits de boisson et des maisons closes comme pour expier les péchés des consommateurs de la nuit dans les bras de Morphée à cette heure avancée de la matinée.
Après la chute du commerce sur le fleuve Bénoué due à la construction du barrage hydroélectrique de Lagdo, la SODECOTON (Société de Développement du Coton) est devenue depuis quelques décennies l’acteur économique principal de la ville et de sa périphérie. Il est important de montrer les rapports entre cette structure économique (premier employeur de la ville) et ses cotonculteurs. Nous-nous sommes rendus dans le village de Dolla sur la route de Maroua à une vingtaine de minutes de Garoua afin de suivre le parcours du coton jusqu’à l’usine de Djambouto. J’ai été agréablement surpris par la maîtrise des agents de la SODECOTON des rouages de leur métier et des rapports basés sur une confiance réciproque qui existe entre eux et les agriculteurs regroupés en G.I.C (Groupement d’Initiative Commune). La SODECOTON donne à crédit des intrants (plants de coton, engrais, pesticides…) aux GIC qui fonctionnent sous la base de « caution solidaire » lors du remboursement du crédit. Ce dernier est prélevé sur l’argent que touche chaque cotonculteur lors de l’achat de son coton par la société : la confiance règne.
Pendant la saison des semences, la société cotonnière met à disposition ses techniciens qui suivent les agriculteurs tout le long de la saison.
Garoua ce n’est pas juste un long chapelet de quartiers, non loin de là. C’est aussi des jarres d’eau aux bords des routes pour hydrater le passant, c’est la seule ville au Nord qui a mis sur pied une société de transport en commun la RATG (Régis autonome de Transport de Garoua) qui permet au citadin de traverser la ville à moindre coût. Garoua se sont ces marchés, l’ancien et le nouveau, c’est Coton sport FC, c’est son légendaire stade de football où l’on vient voire Samuel Eto’o, c’est son festival hippique international annuel.
Garoua c’est aussi l’Alliance Française, dernier havre de la culture et c’est aussi sa (très vide) délégation régionale des arts et de la culture !

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La rédaction de www.chateaunews.com
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