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Romeo Tignang : « Les ainés de la presse m’ont mis sur le droit chemin »

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Le jeune JRI (Journaliste Reporter d’Image), 1m77, originaire de la région du Centre précisément de la haute Sanaga dans l’arrondissement de Minta et deuxième enfant d’un papa militaire est à 26 ans un homme de médias crédible qui tient la camera de Camnews24 télévision dans l’Est-Cameroun. Il a tracé son chemin dans les sentiers de la communication au prix de gros efforts et en parle à la rédaction de votre site.

Roméo, profitons de cette rencontre entre deux reportages pour revenir sur tes débuts dans le métier.
Mes premiers pas dans le métier se font dans la région de l’Est en 2005 à CODEX Bertoua puis ; j’ai fait la radio à Ngaoundéré, après une sortie dans la localité de Mora, région de l’extrême-Nord. C’est à Ngaoundéré que j’ai vraiment été attiré par le micro et j’ai commencé par la Radio Sawtu Linjila en présentant l’émission « Rapzone », mais pas totalement car je cherchais encore mes repères. J’ai voulu me lancer dans le métier parce qu’il y avait des grands frères qui m’inspiraient et que je voulais imiter en l’occurrence un certain Rodrigue Tapeo qui faisait des choses formidables dans cette chaîne. Durant cette étape, je voulais juste parler derrière le micro et j’ai bénéficié de beaucoup de conseils avec au passage quelques bâtons dans les roues. Après ce passage, il y a mon ami Stephane Mankeuh de Bertoua qui m’informe que Radio AURORE recruite des jeunes animateurs. Je débarque à Bertoua en 2010, Rocky Mebonga de Bibato, paix à son âme, qui animait « Rayon de soleil » me propose d’animer l’émission de Michael Doppas. Il me faillait présenter des chroniques qui allient critique et humour. Après deux semaines, il m’a été confié la revue de presse le matin. Ces expériences m’ont permis de forger mon style et d’apprendre à parler derrière le micro sans paniquer, ce qui m’a propulsé dans la région de l’Est.

Quels ont été les obstacles rencontrés sur ton chemin ?
Faut d’abord dire que plusieurs fois, on a sollicité mes compétences sans proposer de rémunérations. Souvent, la seule chose qu’on me donnait c’était juste les frais de transports qui étaient loin de couvrir mes besoins. A Ngaoundéré, je devais quitter le Camp CIFAN pour le quartier Norvégien afin d’animer à Radio Sawtu. A l’Est, j’habitais la localité de Bonis à 7km de Bertoua et je venais tous les jours à la radio Aurore. Parfois je venais à pieds ou courais de 5h à 6h pour animer les tranches du matin. Ce n’était pas facile mais je me suis battu comme je pouvais. Un matin, Benjamin Essam, le correspondant de radio Equinoxe décide de soutenir mon transport et hébergement en retour, il m’engage à produire des reportages pour Aurore Magazine, une émission dominicale semblable à Cameroun magazine. J’ai fait pratiquement un an et demi sans être véritablement intégré dans aucune radio locale. En 2011, avant l’élection présidentielle, l’ancien directeur de publication de DIKALO m’appelle et il plaide pour que j’intègre la rédaction en tant que chef desk dans la région de l’Est. Je découvrais alors des nouvelles choses dans la rédaction écrite, un milieu que je ne connaissais que peu. Ainsi, j’ai couvert les présidentielles 2011 et le même m’a proposé Rédacteur en chef adjoint du journal « Soleil plus » parce que le rédacteur était basé à Yaoundé comme la direction. J’avais en charge de coordonner la jeune équipe dans la région de l’Est. Pendant les vacances de cette année-là, le grand frère Jean Jacques Zé m’a offert l’opportunité d’aller à Douala pour une expérience à SWEET FM. De là, j’ai rencontré son ami FADIL. Le 05 janvier 2012, la direction de CAMNEWS24 m’a invité avec 6 autres à un test et c’est comme cela que j’intègre l’équipe de la chaine.

Tu en tires quoi comme enseignement de ce parcours du combattant ?
Ça n’a pas été facile de parvenir à ce stade de JRI reconnu. La seule chose qui m’a toujours motivé, ce que j’ai un passé d’enfance difficile. On dit que celui qui veut aller loin ménage sa monture et il faut également oublier les injures et les préjugés. Joindre les études et le travail n’est pas toujours chose aisée. Actuellement, je prends des cours par correspondance au niveau du Sénégal pour poursuivre mon apprentissage, donc je suis toujours à l’école. Quand on apprend à côté des gens qui sont prêts à partager leur connaissance avec les jeunes comme nous ça nous fait grandir. L’essentiel est de ne pas décevoir mais de continuer pour développer les compétences recherchées dans le journalisme et pourquoi pas faire une carrière internationale dans des médias réputés. Déjà, j’ai collaboré avec des médias internationaux lors des moments de braise en Centrafrique.

Qu’est-ce que ça te fait aujourd’hui de savoir que t’es sur les rails ?
Je suis optimiste de voir que le travail sérieux paie malgré que je sache qu’il faut encore travailler plus. C’est bien de commencer par le terrain mais il faut bien parvenir au sommet. Je pense êtres sur la bonne voie parce que les gens apprécient et soutiennent mon travail. La perception des autres et leurs critiques me permettent d’avancer et met en avant mon talent pour tracer mon chemin dans ce métier.

Dans les périodes de difficultés, qu’est-ce qui te donne la force d’avancer ?
Dans les périodes de difficultés, d’où je viens de la haute Sanaga et quand je pense à ce que mes aînés m’ont dit, je ne veux pas les décevoir. J’ai pensé à ces moments difficiles sur le terrain de même aux périodes de souffrances à la maison. A Ngaoundéré comme à Bertoua les conseils et encouragements des proches me font avancer.

Quelle est la perception, l’image que se font les confrères et l’entourage de ton travail ?
Je peux vous raconter une anecdote, Quand je suis arrivé à Bertoua au départ je voulais me faire un nom et je me suis dit que le seul moyen de le faire c’est d’aller à la radio et alors j’ai commencé et quand on a une personne comme BENJAMIN ESSAM qui me propose de faire un reportage pour aurore magazine, vous pensez qu’au niveau de la rédaction il n’y avait pas les gens qui pouvaient faire mieux que moi ? Mais, il est intervenu en tant que directeur de l’information pour me proposer cela. Alors je pense que c’est parce qu’il a vu en moi ce talent et pour le premier travail, il m’a soutenu. Je l’ai fait et il a apprécié la qualité, d’abord la voix, le tempo et même ma manière d’écrire qui était à l’image selon lui de Serge Atangana Bisso. Maintenant ceux qui regardent mes reportages à Camnews24 constatent une nette évolution et vont se dire que j’ai percé. Les confrères de Bertoua quand ils ont des préoccupations ou besoin de collaboration comme Alexandre Sebastian Chi de Mutations ne manque pas de m’associer à leurs actions. De voir que les grands frères que je respecte me sollicitent et reprennent parfois mes articles pour publier me réjouit énormément.

Est-ce que ce n’est pas pour dire que le talent n’as pas de frontière ?
Je prends l’exemple de mon grand-frère Jean Jacque Ze, qui voulait au départ devenir prêtre mais a fait les études de droit à l’université pour finalement devenir l’un des meilleurs journalistes au Cameroun, alors je dirais que le talent n’a pas de frontière. Même si on a le talent, on ne peut pas toujours avancer, il y aura des blocus à combler avec d’autres compétences et facilités. C’est juste pour dire que quand on aime faire quelque chose, il faut se battre pour exceller. Aujourd’hui, j’écoute beaucoup plus les médias, parcours les documents intéressants pour remettre en cause mon travail et déceler les limites de mon talent.

Qu’est-ce qui fait ta force de manière générale ?
C’est ma simplicité, le respect que je voue aux autres petit ou grand, le respect des aînés. Pour le reste, je peux avoir les atouts que j’ignore.

Quelle lecture fais-tu de la presse camerounaise ?
La presse camerounaise a beaucoup de problèmes. Il y a la charte de l’union des journalistes du Cameroun publiée en 1996 qui parle de la profession de journaliste qui reste lettre morte. On vit régulièrement des calomnies entre les confrères qui dégradent la presse. Quand une personne détient les informations et qu’il refuse les partager avec ses collègues et ce dernier passe par derrière torpiller ton travail ou tes relations c’est un réel danger. De l’autre côté, l’entreprise de la presse aujourd’hui n’est pas évident surtout les chefs d’entreprise qui recrutent des personnes et ne respectent pas les engagements du contrat. Les moyens de bord ne sont pas toujours disponibles et il y a les journalistes qui se mettent à faire n’importe quoi pour survivre. Si le gouvernement pouvait voir ces insuffisances, cela améliorerait l’environnement médiatique camerounais. A quoi ça sert d’avoir plus de 500 médias, une dizaine de chaines de télévision, des centaines de radios et presses au Cameroun tant que le véritable problème du traitement du personnel n’est pas résolu. Après avoir haussé les prix du carburant, il faut penser également aux médias surtout le coût de la publicité dans les médias. Le fameux débat entre la presse privée et la presse gouvernementale Cameroun Tribune, Crtv, c’est la même patate. Le gouvernement et les politiciens sont les principales causes de ce qui arrive à ces deux médias, parce que quand ils veulent communiquer, ils s’adressent aux médias publics alors que la presse privée a sa place dans cette affaire. De quoi tuer la concurrence et affaiblir la presse publique. La presse privée reste la plus en vue, donc quand il y a communication il faut saisir tous les médias, pas qu’on vous accorde une interview que lorsqu’il y a un micro de la CRTV.

Pour sortir qu’est-ce que tu peux dire et à qui ?
Des remerciements à des grand-frères du métier Alain Ebel Olinga, Sebastien Chi, Jean Jacques Ze, Rodrigue Tapeo et bien d’autres, mes parents malgré qu’ils m’ont mis dans des difficultés qui m’ont permis d’avancer, vraiment merci à ces aînés qui ne sont pas nombreux mais qui ont beaucoup fait. Si aujourd’hui Tignang est ce qu’il est, ce n’est pas grâce à ses efforts personnels mais aux conseils des aînés qu’il a reçu. C’est le plus grand cadeau des autres qui m’ont mis sur le droit chemin. A toutes ces personnes qui m’ont tenu la main et donné leur secret, je dis infiniment merci.

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La rédaction de www.chateaunews.com
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