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Rêves de jeune fille, infidélité conjugale, insertion professionnelle difficile des jeunes, décès des personnes chères et inceste, sont autant de thématiques qui structurent la première œuvre d’une jeune journaliste camerounaise.

Comme dirait l’adage : « Un malheur ne vient jamais seul ». Eva vient à peine de perdre sa mère (Jane). Cette femme qui a rejailli subitement, il y a quelques jours, comme dans un film Ninja. Cette femme qu’elle n’a pas connue durant son enfance, mais à qui elle commençait à s’enticher. Celle-ci l’ayant abandonnée dès la naissance à sa grand-mère pour aller « jouer » la vie à travers le monde. Un cliché très récurrent dans la société actuelle quand le nourrisson n’est pas balancé à la poubelle. La douleur n’est donc pas totalement dissipée qu’elle reçoit, via une lettre d’André Ngono à elle remise lors des obsèques, le nouveau coup de massue sur la tête : « Je suis ton père Eva. Angel (le père de son fils) et toi êtes frère et sœur. Jane me l’a annoncé le soir où elle a fait son malaise… Je n’étais au courant de rien ». Les dieux viennent de lui tomber sur la tête ! Comment une telle horreur a pu se produire ? Comment va-t-elle expliquer à son fils qu’il est le fruit d’une inceste ? Comment sera-t-il vu dans la société ? Comment pourra-t-elle résorber ce « fait ignoble » dans la société africaine, qui plus est bantou ? Comment gérera-t-elle sa vie de « fille-mère » ? « Eva » essaie de trouver des pistes de sortie.
« Eva ».

Ce roman un plongeon dans les « truculentes turpitudes » de la vie d’une jeune fille des temps modernes. Belle, intelligente et travailleuse. Sans soutien familial, elle fréquente l’une des plus grandes écoles d’art du pays et vit pourtant dans un luxe insolent. Le tout financé par son « sponsor » d’homme marié, Mike. Comme qui dirait : « La manne qui tombe du ciel ». Là surgit le problème d’infidèle des hommes mariés représentés ici par Mike et Walter. Ces mecs qui alignent à la pèle les « seconds bureaux ». A travers les aventures de l’héroïne (Eva), l’auteur n’hésite pas à dénoncer, avec des exemples, l’insécurité routière croissante sur nos axes engendrée par l’ivresse et la mauvaise conduite des chauffeurs. Chacun est donc interpelé pour remédier à la situation. L’absence d’une insertion professionnelle des jeunes au Cameroun est aussi relevée. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, « Kenza (amie et sœur d’Eva) a finalement décidé de retourner à ses aventures à travers le monde. Elle aurait bien aimé rester dans son pays natal, mais les conditions de vie au Cameroun sont désastreuses ». Le phénomène de mariage sous contrat à durée déterminée (comme on en voit seulement dans les sociétés occidentales) pour des fins politiques est aussi traité. C’est aussi ça la mondialisation.

Loin d’être un simple agencement des mots, ce roman interpelle à la fois les dirigeants de la nation et le grand public. Sans toutefois plonger dans le jeu politique. Il est écrit dans un langage passionné par Merveiline Tapi, jeune journaliste camerounaise. Tout aussi imagé par le dessinateur Prince Picadon à Dschang et vivifiant, « Eva » tient le lecteur en haleine de la première à la dernière phrase, et de Limbé à Yaoundé en passant par les terres montagneuses de (Fang) l’Ouest Cameroun où se déroule l’histoire. Roman conseillé à tous, sans distinction d’âge.

 

Frank William BATCHOU

Merveiline Tapi, Eva (Tranche de vie), Edition L’Harmattan, Yaoundé, mai 2014, 124 pages.

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