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Haro sur le harcèlement en milieu universitaire !

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Economie de l’ouvrage d’un enseignant d’universités sur la question.

L’ouvrage de ce spécialiste des questions internationales tranche net avec ses dix premiers travaux publiés : il ne s’agit plus de regarder au loin, dans les jumelles de la critique, ce qui se fait hors du triangle national camerounais, mais de scruter les mœurs locales dans le micro-univers des campus universitaires du Cameroun qu’il fréquente assidument, à la fois comme enseignant, chercheur et administrateur.

Déjà dès l’avant-propos du livre qui tient lieu d’introduction et de préface, le professeur Marcelline Nnomo précise l’originalité et l’opportunité de cette livraison : «Il a fallu près d’un demi-siècle pour voir un universitaire camerounais analyser sans à priori ni concessions un phénomène dont la récurrence troublante au sein des campus – et au-delà – n’avait d’égale que la profondeur du silence équivoque dont ce sont rendus coupables [sic] certains membres de notre communauté : le harcèlement sexuel subi par les étudiantes des universités du Cameroun, d’Afrique et d’ailleurs […] En brisant une forme d’indifférence vielle[sic] de quatre décennies dans nos Temples du savoir… » (p.9)

L’auteur part d’un présupposé philosophique et conceptuel selon lequel la place accordée à la femme à travers les dédales de l’histoire par les analystes et son implication dans le jeu social ont fait l’objet d’un intérêt aussi bien particulier que complexe, mais très limité aux dimensions théoriques du potentiel féminin, sans identification ni prise en compte suffisante des facteurs de strangulation de celui-ci.
Le sociologue émet toutefois la réserve selon laquelle la question du harcèlement sexuel est difficile à caractériser, dans la mesure où elle revêt plusieurs facettes différentes sur les campus universitaires. Ce faisant, il se donne cinq chapitres pour s’attaquer frontalement au phénomène. Ces différents cas soigneusement recueillis, que l’auteur dit ne pas relever de la fiction, lui inspire l’analyse selon laquelle l’enfer de la psychose générée par le harcèlement sexuel est causé par les agissements d’une «minorité» d’universitaires dont les attitudes finissent par ternir l’aura de la très grande majorité d’enseignants d’université.

De plus, Jean Emmanuel Pondi constate que si le harcèlement pouvait aussi être le fait d’enseignants sur les étudiants, ou d’étudiants entre eux ou alors, de personnels d’appui entre eux ou avec des étudiants, l’hypothèse où le harcèlement et l’intimidation étaient les plus flagrants reposait sur la relation enseignant-étudiante. Au fond, l’hypothèse centrale de cette étude qui s’inspire de l’article 3 du Protocole de Maputo est claire : «Il ne peut y avoir ‘égalité de droit, de chance ou de progrès pour tous’ quand une partie importante de la population estudiantine des universités du Cameroun subit des traitements qui portent atteinte à sa dignité humaine et entravent la bonne poursuite de son cursus normal à l’université, ‘obstruant le libre développement de sa personnalité’» (p.26)

Déontologie universitaire

Le chapitre 2 de l’ouvrage consiste en la définition des termes et concepts de «harcèlement sexuel» et de «déontologie universitaire» et surtout, en l’examen minutieux des contours de ce qui les différencie ou les réconcilie. Ce qui attire l’attention ici est le choix pertinent qu’accorde l’auteur à la définition du harcèlement sexuel proposée par l’ACAFEJ (Association camerounaise des femmes juristes) que complète la catégorisation proposée par la spécialiste américaine Louise Fitzgerald.

L’expression «déontologie universitaire» dont l’étymologie est attribuée au philosophe jurisconsulte anglais Jeremy Bentham (1748-1832) dans un ouvrage intitulé Deontology or Science of Morality publié en 1830, se définit comme «la science de la conduite humaine, de la science qui recherche ce qui convient à l’être humain dans tous les domaines de son activité», Pondi la circonscrit comme étant «des règles acceptables de comportement que doit observer l’ensemble des membres de la communauté universitaire (…) et dont la violation produit des résultats contraires aux objectifs attendus de tous, en termes de performances optimales de l’institution.» (p.32)

Les causes du harcèlement sexuel à l’égard des étudiants font l’objet du chapitre 3. L’économie des dysfonctionnements qui expliquent la persistance de la pratique du harcèlement sexuel se fait ici en cinq paramètres que le chercheur prend le soin de développer par la suite : la faiblesse du ratio de l’encadrement académique, c’est-à-dire le barème enseignants-apprenants ; les spécificités de l’évolution démographique observées à l’université ; l’insécurité financière de la masse estudiantine ; La quasi-démission d’un nombre important de parents de leurs responsabilités pédagogiques et morales ; le recours «à la facilité» d’une certaine catégorie d’étudiantes peu enclines à s’adonner à un effort intellectuel de longue durée.

Les conséquences de ces polytraumatismes sont nombreuses et peuvent se résumer dans le propos suivant : «La résultante à long et à moyen termes de ces comportements, dans un milieu fermé comme l’université, est de provoquer une dégradation continue des conditions de travail et de santé physique ou mentale des personnes qui en subissent les retours négatifs, et de remettre globalement en cause le primat moral d’excellence et de surpassement de soi qui est au cœur de l’ambition universitaire, celle d’être un réceptacle de valeurs positives que l’intelligence humaine doit mettre au service du progrès de la société.» (pp.30-31).

Le chapitre 4 de l’ouvrage s’emploie à explorer, les unes après les autres, quatre aspects de ces conséquences : la violation manifeste des droits de l’étudiante; l’imposition de meurtrissures morales extrêmement difficiles à soigner ; l’obligation de poursuivre un parcours académique cauchemardesque, beaucoup plus coûteux pour les étudiantes que celui des garçons et impliquant des ruptures familiales ; et enfin, l’exil ou l’émigration forcée.

Les issues de secours et les voies de recours sont proposées aux potentielles victimes de harcèlement sexuel au chapitre 5. A ce stade, l’ouvrage s’offre comme un guide pratique au lecteur avec des précisions d’adresses et des textes juridiques qui s’appliquent le cas échéant.

Au plan purement formel, il ne faudrait pas s’attendre à une quatrième de couverture de l’ouvrage car il s’agit d’une présentation croisée, avec deux versions de part et d’autre (en français et en anglais), connotant certainement le caractère bilingue des campus camerounais. Une bibliographie sélective nourrit la force démonstrative de cette étude au point où les quelques coquilles bénignes et les négligences dans la relecture de la copie ne gênent en rien la fluidité de la lecture ni la pertinence du propos. Le questionnement conclusif du chercheur interpelle la conscience collective sur un point central : université en Afrique ou université africaine ? On pourrait retrouver ici la pensée du philosophe chinois Lao Tseu : «Maîtriser les autres, c’est la force. Se maîtriser soi-même, c’est force supérieure.».

Jean Emmanuel Pondi, Harcèlement sexuel et déontologie en milieu universitaire, Yaoundé, CLE, 2011
Pr Alain Cyr Pangop, Université de Dschang

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