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L’ogre électoral a toujours faim. Mais son avenir se dessine en pointillés.

C’est un rituel quasi immuable depuis l’avènement du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le 24 mars 1985 à Bamenda. Demain, en ce jour anniversaire, ministres, recteurs d’universités d’Etat, directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques, et autres oligarques de la République, vont délaisser leurs activités professionnelles pour participer dans leurs fiefs respectifs, aux meetings organisés à la gloire du parti « flambeau » et surtout de son chef, Paul Biya. De l’avis de certaines formations politiques de l’opposition comme le Social Democratic Front (Sdf), cette mécanique éculée qui s’accompagne de l’usage des biens publics au profit du parti de Paul Biya – notamment des véhicules de l’administration – est le symbole de « l’obligation d’allégeance au Rdpc pour tout haut commis de l’Etat ». Une inoxydable rengaine qui occulte mal une réalité à laquelle doit désormais faire face ce parti trentenaire qui semble désormais compter autant de « Biyaistes » que de « Rdpcistes ».

 

 

De fait, même au sein du Comité central du Rdpc, certains en viennent aujourd’hui – au risque d’excommunication – à se demander comment le « Rdpc pourrait survivre à Paul Biya ?» Poser la question, c’est déjà y répondre. D’autant que l’aura politique à la soviétique dont jouit « le leader naturel » du parti du « flambeau », a peu de chance de se perpétuer dans la personne de son successeur. Hier, dans le cadre des manifestations marquant les 30 ans du Rdpc, une cérémonie des « hommages à Paul Biya, président national et à madame Chantal Biya, présidente d’honneur du Rdpc », a été organisée par le Comité central du Rdpc au Palais des congrès de Yaoundé. Pour le socio-politiste Claude Abé, avec un tel culte de la personnalité « il n’y a aucune chance que le Rdpc survive à son géniteur. La preuve, c’est que ce dernier est aujourd’hui le ciment de l’unité de ce parti qui est en proie à un fractionnement tous azimut », explique t-il.

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Obésité

Si l’avenir du Rdpc parait à ce point incertain, son passé et son présent , quoique loin d’être exempts de tout soubresaut, apparaissent comme un peu plus faste. Du moins sur le plan des résultats électoraux. Depuis le retour au multipartisme, et notamment l’élection présidentielle de 1992 remportée à l’arrachée avec un score de 39,9% de suffrages exprimés en faveur de son candidat Paul Biya, contre 35,9 % pour John Fru Ndi du Sdf et, 19,2 % pour Maigairi Bello Bouba de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), le Rdpc semble être monté en puissance au fil des consultations électorales.

 

Depuis les législatives de cette année-là, où avec ses 88 sièges il avait été contraint de partager le pouvoir, avec l’Union des populations du Cameroun et le Mouvement démocratique pour la défense de la République (Mdr), détenteurs respectifs de 18 et 6 sièges, le parti de Paul Biya s’est adjugé des scores électoraux confortables. Lors des deux dernières législatives de 2007 et 2013, il a ainsi obtenu 153 et 148 fauteuils de députés à l’Assemblée nationale sur les 180 mis en jeu. Au Sénat, il a remporté 86 des 100 sièges lors des toutes premières consultations électorales organisées en avril 2013. Une performance qui aurait pu être plus reluisante n’eût été la corruption et l’indiscipline qui avaient émaillé les investitures pour le compte du Rdpc relativement à ces joutes électorales. Cet épisode qui a révélé de profondes divergences entre le sommet et la base du parti continue d’avoir des conséquences néfastes sur la cohésion dans les rangs.

 

Pour preuve, l’opération spéciale de placement des cartes du parti lancée en novembre 2014, et dont un des objectifs déclinés est la « maitrise du fichier du parti » – pour séparer le bon grain de l’ivraie – est très loin de susciter l’adhésion populaire escomptée. Les échos qui nous parviennent des quatre coins du pays, indiquent même que la hiérarchie du Rdpc pourrait être amenée au vu de la situation, à décider de l’annulation de cette opération. Un scénario catastrophe, si l’on s’en tient au fait que cette opération, comme l’a confié le secrétaire national à la communication du Rdpc sur la Crtv-télé, est le prélude au renouvellement des bureaux des organes de base du parti dont les mandats sont échus depuis 2012.

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Redouté en raison des tensions qui couvent dans les rangs, cette échéance électorale interne désormais soumise à la règle du suffrage universel ne fait justement l’objet d’aucune programmation précise. Signe évident que les turpitudes d’aujourd’hui et celles d’hier, font peser demain sur le parti Paul Biya, de graves périls. Au chapitre de ceux-ci, citons simplement la sempiternelle question de la place des jeunes et des femmes, dans un parti qui se renouvelle peu. Cet état des choses, a donné naissance à un « courant politique » appelé « biyaisme », qui sonne comme une véritable négation du parti et de « ses pratiques » au bénéfice du président qui incarne pourtant cette formation politique. Ce glissement idéologique, loin d’être anodin traduit sinon un malaise profond au sein du Rdpc, une nécessité de s’adapter pour continuer d’exister. Sous peine de voire très rapidement les 30 glorieuses se muer en 30 piteuses.

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