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A travers une fiction sur la vie sentimentale d’un immigré, Clément Mvoto dépeint les problèmes et contradictions que vivent des couples africains en France, à la quête des valeurs traditionnelles.

Voici un livre qui donne à réfléchir sur le parti que prennent souvent plusieurs immigrés, notamment ceux venant de pays africains, lorsqu’ils veulent fonder un foyer en Occident. A travers le roman «Un Africain en France, La vie de Kome» – fiction sur la vie sentimentale d’un immigré au “pays des Lumières” – Clément Mvoto choisit de dépeindre les problèmes et contradictions que vivent des couples africains en France.

Nous sommes en 1954, année qui voit la venue au monde de Kome, septième enfant d’une mère qui en eût finalement 10, dans une localité que l’auteur décrit volontiers comme «une bourgade perdue en zone équatoriale de l’ancienne Afrique française».

Le jeune Kome passe plutôt une enfance paisible au village avec les repères de sa «tribu», le vénérable respect que l’on doit aux ainés, la vie en communauté, la soumission des femmes – du moins en public – aux hommes, etc. Doté d’une intelligence vive, Kome terminera son cycle primaire parmi les premiers, avec en sus une solide réputation sur le plan physique au sein de son village. Un jour, terrorisé par un de ses camarades à la sortie des classes, il eût, pour se défendre, à administrer un seul coup de poing à l’une des terreurs de son école, lequel coup de poing réussit à évanouir le prétendu gaillard.

C’est fort de cette réputation que Kome ira poursuivre ses études secondaires, non plus au village cette fois, mais «en ville» chez l’un de ses grands frères, journaliste formé en France et présentateur du journal parlé à la radio nationale.

En observant les gestes de son grand-frère au quotidien, Kome le qualifiait de «vrai Européen», et se disait toujours intérieurement: «Cet homme a beau être mon frère, le fils de mon père avec ma mère, mais il n’est plus des nôtres».

Ce souci de se comporter toujours conformément à l’éducation reçue au village l’animera même à l’entame de ses études supérieures en France, grâce au soutien de l’une de ses grandes-sœurs. Les valeurs reçues lui permettront de trouver, deux semaines après son arrivée en France, un travail assorti d’horaires compatibles à ses cours grâce à un geste à un geste en apparence simple. Tombé sur un porte-monnaie oublié dans un métro parisien, Kome décida d’aller le remettre à son propriétaire. Ce dernier, agréablement surpris, recommanda le jeune étudiant à un de ses amis pour un emploi.

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Mais le jeune homme était toujours en train de s’interroger sur la manière de vivre de ses congénères. «Dans le milieu africain, ils voulaient tous s’européaniser ; dans celui des ouvriers, ils s’esclavageaient volontairement ; dans celui des étudiants, c’étaient des rêveurs incorrigibles», était-il alors convaincu.

A la fin de ses études supérieures, un emploi en poche, Kome ne se pose donc pas trop de questions sur l’origine de celle avec qui il compte fonder un foyer, ce sera une fille «de chez lui!». L’immigré, qu’on appelait «chef traditionnel» à l’école primaire, épousera Honorine, une belle femme d’origine modeste, la petite-sœur de l’une des amies de sa grande sœur qui était restée au pays.

Les deux semblent s’entendre au point de filer le parfait amour, Honorine réussit à avoir des «papiers» pour aller le retrouver en France et elle réussit même à lui donner trois enfants.

Kome estime être, au cours de ces premières belles années de mariage, l’homme le plus heureux et se prend à qualifier de ragots les premières rumeurs sur l’infidélité de sa femme. «Je lui faisais maintenant une confiance à l’européenne, confiance qui consiste à ne pas soupçonner même lorsque toutes les évidences sont réunies», explique le personnage principal de ce roman.

Le doute va commencer à se fonder après des mois de sevrage de rapports sexuels avec Honorine, cette dernière le repoussait au point où «Kome ne comprenait plus sexuellement sa femme».

Les partenaires d’Honorine sont les amis de Kome, des personnes qu’il amenait régulièrement chez lui, parfois pour leur venir en aide. C’est d’ailleurs certains d’entre eux qui vont commencer à le lui avouer, lui conseillant de se «méfier» de sa femme. Et cette dernière ne va pas s’en cacher, avec des horaires de plus en plus irréguliers et abandonnant complètement son ménage.

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Désemparé face à cette situation, Kome trouve dans un premier temps pertinent l’option de certaines personnes qui passent leur vie dans les débits de boisson, refusant de rentrer dans leur foyer conjugal, sans amour. «Il regretta de ne pas avoir écouté les conseils de Roger sur les femmes villageoises. Il regretta d’avoir rencontré Honorine surtout de l’avoir épousée, de l’avoir fait venir en France, d’avoir fait des enfants avec elle», lit-on dans l’ouvrage. Il l’avait même emmenée chez un pasteur de son église, espérant qu’elle changerait, et là, elle s’était mise avec des fidèles de cette église. Ce qui avait amené Kome à changer de paroisse et à abandonner tout espoir dans ce sens.

Honorine avait ficelé un plan en acceptant sa demande en mariage, se disait-il: jouer la soumise, la bonne femme pendant leurs premières années de mariage, et réaliser ses fantasmes et désirs une fois les papiers en poche, «trouver un riche Blanc» et, en cas de besoin, quitter Kome. Ce dernier trouvait aussi la source de ses maux dans la liberté à l’occidentale, liberté dont jouissait Honorine sur tous les plans.

Il passait alors ses journées à se plaindre auprès de personnes, qui, comme lui traversaient la même situation, un en particulier, Roger, qui avait épousé une femme d’un pays d’Europe de l’Est au moment où il suivait des études en Russie, laquelle s’était mise avec d’autres hommes en France du fait de ses difficultés à trouver un emploi. «Elle était gentille et fidèle! Que la pauvreté pouvait rendre les gens bons!», expliquait Roger à son ami, comme pour lui rassurer que les deux traversaient la même situation.

La vie au quotidien dans le foyer de Kome virait au psychodrame. Il avait quitté la chambre de couple pour dormir dans la buanderie; sa femme avait convaincu les enfants qu’il leur voulait du mal ; la police débarquait de temps à autre indiquant avoir reçu un appel en détresse d’un homme qui battait sur sa femme et ses enfants, ce qui n’était pas le cas en vérité.

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Comme il l’envisageait, sa femme finit par demander le divorce, remportant au passage la garde des enfants devant les juges qui avaient décidé de la séparation de corps à ses torts exclusifs. Il abandonna, avec le divorce, le projet d’amener ses enfants pendant les grandes vacances en Afrique, dans le but de leur donner «une base identitaire», au lieu de demeurer «où les gens vivent et on comme repères une rue, une avenue, un lotissement ou une cité».

Pour en finir avec lui socialement, Honorine dut convaincre l’une de ses filles de porter plainte contre son père pour un prétendu viol ayant eu lieu dans sa tendre enfance, plainte qui ne prospéra guère.

Ayant tout perdu dans le divorce – la garde des enfants, l’appartement – Kome en était réduit à vivre comme une loque humaine, trouvant toujours paradoxalement des arguments dans la sagesse traditionnelle, cette sagesse qui lui avait permis de bâtir sa vie sur le plan professionnel, cette sagesse grâce à laquelle il avait était jadis été respecté dans son village, et qui le contraignait maintenant malheureusement à se déclarer vaincu devant une femme de son aire culturelle, chose pourtant inimaginable chez lui.

«Se savoir vaincu, l’admettre et se soumettre est une marque de sagesse réservée aux êtres d’exception», admet Kome à la fin de l’ouvrage, se rappelant les conseils d’un de ses amis congolais qu’il n’avait pas voulu suivre: «Il ne faut jamais aller épouser une femme en Afrique et la faire venir ici, à cent pour cent. Elle divorcera dès qu’elle aura les “papiers” et qu’elle pourra toucher les aides sociales».

Par Eugène C. Shema

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