Dossier Chronique Pour l’effort de guerre, « Mallams», griots et autres...

Pour l’effort de guerre, « Mallams», griots et autres mendiants sont montés au front, le 1er mai 2015 !

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Décidément la République du Cameroun n’a jamais été aussi unie autour d’une cause commune comme c’est le cas en ce moment. La guerre contre Boko Haram est venue raviver le sentiment patriotique du plus profond de l’arrière-pays au plus caverneux des métiers, et ce faisant jusque dans les endroits les plus insoupçonnables. Au point où, cette guerre est en phase de devenir plus qu’une une affaire d’Etat ! C’est même déjà une affaire d’état d’esprit. Voire même d’ingéniosité de chaque Camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, sans distinction de sexe, de race (puisqu’il y a des camerounais qui s’appellent Japonais, et d’autres Mazda par exemple). Passons.

Ce qui est plus touchant dans cette affaire, c’est ce que j’ai vécu hier, à l’occasion de la fameuse marche du 1er mai. Il est clair que ce jour-là, tous les travailleurs du monde battent le pavé pour montrer qu’ils sont fier de leur patron et qu’ils peuvent encore croire que demain sera mieux ! Dans cette dynamique qui s’inscrit dans une vieille tradition chez nous au Cameroun, certaines « professions » ont jugés utile de « se faire voir » aussi pour dire au peuple Camerounais qu’ils « exercent », eux, aussi un métier sous le Soleil du « Pays de la rivière des crevettes ».
Eux ? Qui sont-ils au juste ? Je les ai découverts comme la surprise du défilé dans un « carré spécial », voire très « spatial » constitué de 13 (je n’ai rien contre le chiffre ! Peut-être avaient-ils choisis d’être à ce nombre à dessein) « Mallams » (Marabouts, féticheurs, guérisseurs). Car comment comprendre qu’ils aient eu le privilège de défiler aussi avant certaines professions classiques et modernes. Vêtus de leurs tenues d’apparats. Une tenue de travail constitués des amulettes, des plumes, des cornes et que sais-je encore ? Devant les autorités administratives de la région Château d’eau, ils ont salué la tribune où se trouvaient en tenue de commandement le gouverneur, les sénateurs, le lamido et autres corps constitués !
Mais au juste, ceux-là, ils fêtaient quoi ? Me suis-je posé la question en rigolant. Tout à côté de moi se trouvait le « Régional » des griots et autres mendiants « Vip » de sa cour, (puisqu’ils roulent en Toyota-Carina E de couleur rouge dans la ville. Une limousine de service en quelque sorte). Le « Régional » m’a stoppé net.

Morceaux choisis
-Moussier zournalist. Vous sé, nous zossi il ya entente dans notre travail. Moi, ze sui régional. Gouverneur de tous les mandians de Ngaoundéré. Il ya départemental, il ya, il ya…
En voulant l’interrompre pour m’en aller. Il se reprend
-Demain, nous va aller voir gouverneur Cameroun de Ngaoundéré. Lui va nous dire pourquoi Mallam defile et pas griots et mendiants. Nous aussi d’accord pour effort de guerre ! Coma zournaliste. Toi dois écrire que griots Ngaoundéré fâché parce que association griot pas défilé pour effort de guerre !
Du coup, l’affaire m’a paru intéressante. Une association de griot crie sa colère à la place de l’Indépendance de Ngaoundéré. Non, celle-là est trop longue et pas accrocheur comme titre à mon goût. Des griots cherchent à se faire entendre. Là encore, ça ne colle pas. Bon. Je me suis dit, avant de trouver une bonne titraille, allons bien collecter. Comme cela avec un bon angle, le titre viendra de fait. Je voulais un titre incitatif. Puisque cette affaire se rapproche d’un fait divers, un fait de société. Je suis donc allé tendre mes oreilles ici et là. Et, c’est là que j’ai eu le « scoop ».
Il se trouve que la cellule qui organisait le défilé a été contactée par les deux parties (les Mallams et les griots). Mais au final, ce sont les Mallams qui ont eu des « arguments dissuasifs). Après la séance « officielle » de négociations de leur passage devant l’autorité compétente le jour du défilé, l’association des Mallams est venue par derrière « voir » le responsable. Ils lui ont juré que s’ils ne passaient pas, qu’ils allaient faire disparaitre ses bijoux de famille. Et pour lui montrer qu’ils en étaient capables, ils lui ont subtilisé sa CNI et la lui ont remise après un jeu de passe-passe. Face à cet argument de taille, qui pouvait « tenter » ne pas honorer cette demande. Sortis de la salle de négociation, les Mallams sont allés narguer les griots, les traitants « des gens qui crient sans se faire entendre ». Une dispute a éclaté. Et les Mallams, ont promis en plus aux griots, que demain à la fête, qu’ils auront beau crier, ils ne rentreront avec rien !
Maintenant que j’avais assez appris auprès des griots, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis rendu auprès des Mallams. La loi de l’équilibre quoi ! J’ai vérifié mes bijoux avant cette entreprise périlleuse et risqué. On m’a dit un jour qu’il faut avoir de l’audace dans ce métier. Je crois que c’est le moment de le prouver ! A un moment, je ne voulais plus y aller, car les Mallams ont peu d’amis et ils sont susceptibles. Ils pourraient même croire que les griots « mont graissés la patte » pour les narguer dans un article à leur tour.
J’ai pensé aux merveilles que je pouvais réaliser avec mes bijoux de famille qu’aucun FCFA au monde ne pourrait combler. Et puis je me suis dit : Aka, si les Boko Haram (qui avaient aussi les gri-gris et des Mallams) ne m’ont pas fait peur, ce ne sont pas ceux de Ngaoundéré qui sont dans une ville en paix qui me feront changer d’avis dans ma collecte d’informations. Je me suis rendu auprès d’eux. Fiers d’avoir défilé pour la première fois, ils en étaient à des moments jubilatoires empreinte de félicité. Je choisis, l’un, le plus à même d’être moins offensif, du moins physiquement. Je me dis, celui-ci n’est qu’un farfelu freluquet, même au corps à corps, il ne verrait que du feu. Celui-ci était d’allure svelte. Comme moi.
-Alors, le défilé c’était comment ? Lui ai-je demandé. Du coup il a alerté la meute.
-Moussa Gana, Moussa Gana, vient zournaliste.
Mon cœur fit un bond. Je me suis dit que c’était fini alors pour moi. Moussa Gana qui dévorait une cuisse de poulet avec volupté s’était retourné, et m’avait lancé un regard terrible digne d’un guerrier zoulou du temps de l’apartheid. Il était cerné de gri-gri de tout son corps. Bien baraqué, il avait des cornes d’animaux à son rein, des plumes d’oiseaux lugubres aux couleurs diverses. En s’approchant je me rendis compte qu’il n’avait pas les orteils des deux pieds complets. Il dégageait une odeur d’œufs pourris. Je gardais tout de même mon sang froid. Il y a quoi, c’est l’homme qui a peur !
-Quoi ! Fit-il. D’une voix empreinte de colère noire.
Son disciple de reprendre que je voulais lui parler. Il éclata d’un rire sarcastique. Enchaina, un rire sardonique. Je parvins à compter ses 22 dents au total dans une bouche torturée de toutes part des cicatrices. Jusque-là j’attendais ma peine. J’avais confiance en une chose : la présence du gouverneur en ces lieux. Au moins de lui, ils ont peur. Or j’étais juste à 100 mètre du gouverneur. Je lui expliquais donc à Moussa Gana, pourquoi on a interrompu son repas. Après, il se mit à vanter leur profession. Il finit par me dire ceci :
-Tu vois moussier zournaliste. Nous faire effort de guerre. Nous chasser Boko Haram. Nous ambalè gri-gri. Nous envoyer Maroua soldats Cameroun. Nous d’abor fè 200. Nous faire encore 200 après. Rien que pour les commandats guerre. Les gnamagnama doit être protégé avec commanda.
Je hochais la tête pendant qu’il parlait. Dès qu’il a fini de pérorer en postillonnant sur mon micro, je fis un quart de tour, et puis marathon. Pian !
Je me promis de ne plus m’intéresser aux affaires d’effort de guerre là !

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La rédaction de www.chateaunews.com
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