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Musique et médias : les succès promotionnels de la presse au Cameroun

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L’aperçu du paysage médiatique le confirme, la presse audiovisuelle est le porteur promotionnel de la musique camerounaise.
Les médias constituent le principal promoteur de la musique au Cameroun.   Le pays compte plus d’une centaine de chaînes de radios publiques et privées. Autant de titres en matière de presse écrite dont une dizaine de quotidiens. Ces derniers jouissent d’une liberté de ton. Les cas d’emprisonnement sont désormais rares mais les journalistes pratiquent tout de même l’autocensure. Les universités publiques et privées garantissent la qualité de la formation des journalistes. Cependant certains talents issus de la formation sur le tas forcent parfois le respect. Malgré tout on constate que le journalisme culturel peine à faire autorité.

 

La radio, premier instrument de la promotion musicale
La majorité des radios n’offrent pas une grande variété d’émissions. De ce fait,  la diffusion de la musique occupe une grande partie de la programmation. Daniel Anicet Noah, directeur de Yaoundé FM 94 en 2000 aurait menacé ses animateurs en ces mots « vous pouvez tous arrêter de travailler, je diffuse la musique et j’ai la garantie d’avoir plus d’auditeurs ». L’ancien directeur général de la Cameroon Radio Television, Pr Gervais Mendo Ze, avait fixé un quota de programmation de la musique camerounaise de 60%. C’était suite à la déferlante de la musique étrangère comme la rumba et le n’dombolo du Congo ou encore le mapouka ivoirien sur les ondes de la CRTV. Les animateurs préfèrent programmer les musiques étrangères pour nombre d’arguments. D’abord, pour répondre à la demande du public. Ensuite, ils ne sont pas soupçonnés par les promoteurs de radios et de télévisions d’avoir rançonné ou pris le « gombo » des artistes. Enfin, les sociétés de droits d’auteurs cessent de les agresser pour non versement de leurs droits. Seule la CRTV s’acquitte de sa facture des droits d’auteurs, soit 400 millions de francs par an.
En réalité, toutes les émissions radios sont basées sur la formule du hit-parade. Le titre des émissions change souvent mais le principe et les intentions restent les mêmes. Ce sont des plages horaires de fin d’après-midi ou de début de soirée de lundi à vendredi en général ou alors une compétition hebdomadaire le samedi.
Par le passé, le disque d’or venait pratiquement de la radio. Saint Lazare Amougou animait l’émission phare du samedi de 11 heures à midi sur  la CRTV pris en relais par les 10 stations régionales et les chaînes commerciales. D’ailleurs, son ancêtre appelé alors Radio Cameroun était le seul vrai studio d’enregistrement des albums de musique jusqu’à la fin de la décennie 80.

 

L’influence des émissions musicales radio dans le contenu télévisuel
La radio est devancière de la télévision au Cameroun. Fort de ce constat, la plupart des programmes de télévisions sont des adaptations dont les idées originales sont d’abord radiophoniques. C’est le cas des hit-parades. Ce sont des émissions quotidiennes dans les stations de radio dont la formule est reprise par la télévision. L’animateur Pascal Pierre et le réalisateur Alain Mani produisent ainsi le programme à succès Tube Vision à la CRTV le long de la décennie 90. Nadine Patricia Mengue prend le relais avec un succès égal à son prédécesseur à partir des années 2000. Jocelyne Nankam anime Canal Hit à Canal 2 International sans vraiment, malgré son talent, faire voir la plus value habituelle que l’on reconnaît aux chaînes de télévision indépendantes ou faire regretter les années de gloire de la CRTV.

Un studio Radio

La place de la musique dans  l’actualité
Il y a une rubrique dite de l’affiche culturelle du week-end au journal de 13 heures au Poste national. Christelle Boudjieka effectue le tour d’horizon de l’actualité musicale soutenu par des insertions sonores. Au service de la mémoire, René Kanebena Bogondo anime la Platine de papa tous les samedis dans l’après-midi. Son départ à la retraite pose un réel problème de succession crédible à l’animation de ladite émission. Ce sont les rythmes des années 50 à la génération 70. La télévision, quant à elle, programme des grands reportages signés Serge Atangana Bisso ou de Rachel Malongo sur la musique dans les journaux du week-end. Des pointures de la dimension de Manu Dibango, Richard Bona, Sally Nyollo ou encore de Vincent Nguini sont souvent reçues sur les plateaux des journaux en prime time en fonction de l’actualité. Mais nombre de ces initiatives sont souvent individuelles et pourraient ne pas survivre aux volontaires de l’heure.
La meilleure manifestation de cette dynamique porte sur le dernier concert du X-Maleya à l’Olympia en France. La CRTV et Canal 2 International y ont dépêché des équipes de couverture. Même un magazine d’à peine 3 mois comme Chap Chap  s’y est retrouvé.

 

Rentabilité économique de la musique
La musique est évidemment un filon que beaucoup veulent exploiter. La diffusion de clips vidéo est donc rentable. Les chaînes de télévision privées sont incontournables en matière de promotion des spectacles. Leurs infographes de génie réussissent des montages de rêve. Les succès de leurs campagnes publicitaires remplissent les salles de spectacle. Il existe désormais une sorte de relais entre les passages à la télévision et les programmations des artistes dans les spectacles en Occident. Les mécènes souvent basés à l’étranger regardent les télévisions nationales diffusées par satellites. Ils invitent, par conséquent, les artistes qui font foule au Cameroun. Le retour sur investissement est net car les camerounais de la diaspora en profitent pour revivre les  vives émotions musicales de leur pays à distance même par procuration.

 

La télévision au service des identités musicales camerounaises
Le plus grand mérite de la presse camerounaise est d’avoir détribalisé la consommation de la musique. En effet, le Cameroun est encore plus un ensemble de frontières et moins une nation. Chaque citoyen pense d’abord à sa région d’origine avant de considérer ses autres compatriotes. Grâce à la presse, surtout la télévision, le Bikutsi de Lady Ponce ou de K-tino se danse au fin fond du Mamfé anglophone. De même, le Bottle Dance de Bamenda se reprend dans le grand Sud franco-beti.
Le makossa est perçu comme le genre musical des vaniteux en costume bien coupés. Le Bikutsi est considéré comme la musique du dessous de la ceinture. Il existe une sorte de va-et-vient entre la télévision et la musique de la part des animateurs. Foly Dirane, Rose Mbolé Epiè et Rosine Ebessa chantent autant qu’ils animent à la télévision nationale. Jason Black, connu comme présentateur, est aussi chanteur occasionnel à Canal 2 International.

 

Le monde musical vu par la presse écrite
La presse écrite analyse surtout son contenu. Le fait de plonger dans la pornographie vocale suscite des interrogations. Les cas de déviance l’interpellent aussi. La lutte contre la piraterie, le statut de l’artiste et les droits d’auteurs sont encore d’autres sujets à penser.
Le mensuel Mosaïques de Joseph Foumtim paraît depuis bientôt 5 ans. Ses dossiers sont épais en termes d’informations et d’analyses. Mais combien de camerounais l’achètent ? Fort peu ! Son rédacteur-en-chef, Parfait Tabapsi, est infatigable. Grâce à Goethe-Institut il a mis sur pied la Cameroon Arts Critics, CAMAC.

 

L’essor des médias sociaux dans la promotion musicale
Feux d’artifices à l’Olympia. La salle parisienne de 2000 places bouge sous la prestation de charme d’X-Maleya ce 14 septembre 2014 en France. Le spectacle est une première pour un groupe camerounais de musique populaire basé à Yaoundé, la capitale, soit à plus de 6000 kilomètres. L’inédit, c’est la participation des médias sociaux à l’animation de la soirée européenne. Chaque bout de scène rebondit sur le réseau social Facebook en léger différé. La vidéo ou la photo à peine publiée qu’un tweet achève de préciser aux curieux le lien à suivre en ligne. Ainsi les camerounais restés au pays peuvent vivre l’événement. L’intervention de Samuel Eto’o sur le podium crée alors  le buzz sur Facebook.
Aussi de nombreux sites Internet indépendants se développent. Mboapages.com est le site à visiter ; les informations musicales s’y trouvent, la rédaction est professionnelle. Cependant, la mise à jour traine un peu.  Les chaînes de radio et de télévision sérieuses déploient aussi des contenus en ligne. La musique y occupe une partie importante. Les sites des journaux sont mieux élaborés.  Un site de référence en la matière qu’il convient de mentionner est www.musiki.org.  Son contenu se focalise sur la musique et ses acteurs. Ce professionnalisme leur a valu la confiance de la marque de bière Mutzig. Musiki existe désormais en version imprimée.
Journalducameroun.com, un site d’information en ligne consacre des espaces à la musique. Yaoundéinfos.com, l’autre site en ligne  assigne 80% de ses contributions aux entretiens avec les artistes, à la présentation des albums et à l’annonce des sorties musicales. Son promoteur, Ericien Pascal Nguiamba, s’y met avec passion.

 

Référence
• www.musiki.org: site d’informations musicales
• www.journalducameroun.com: site d’informations générales
• www.yaoundeinfos.com: site d’informations générales
• Canal 2 International : chaîne de télévision d’informations nationales et internationales basée au Cameroun : www.canal2international.net
• CRTV (Cameroon Radio Television) : chaîne de télévision publique du Cameroun : ww.crtv.cm

by musicinafrica.net

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La rédaction de www.chateaunews.com
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