Culture Art Vivant Mohammed Ali brûle les planches

Mohammed Ali brûle les planches

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Etienne Minoungou, en tournée sous régionale, s’est brillamment produit avec la verve incisive de Dieudonné Niangouna, le 25 juin dernier, à l’IFC de Yaoundé. Spectacle qui convoque Mohammed Ali pour interroger l’Afrique.

Les mots sont des pistolets chargés, dit Brice Parain, que Jean-Paul Sartre cite dans Situation II (1948). Chez M’appelle Mohamed Ali, écrit par Dieudonné Niangouna pour le comédien Burkinabè Etienne Minoungou, les mots sont des coups de poing. Niangouna croise, à cet effet, Sartre dans la participation de la boxe au politique. Les mots sont des coups, à encaisser et à rendre. Une vie de coups de toutes sortes que celle de Mohammed Ali. Pris en prétexte ou dans la réalité, Etienne Minoungou revisite, à travers l’un des plus grands boxeurs noirs de tous les temps, le parcours dramatique du Noir et de l’Afrique dans l’écriture de l’Histoire-monde. De Mohammed Ali, dans la métaphore scénographique d’un ring et d’un miroir, Minoungou livre tout un autre combat -avec dextérité et élégance de la danse des jambes légendaire de Cassius Clay devenu Mohamed Ali- celui des mots qu’on assène, celui de l’Histoire qu’on corrige, au nom de la vérité dite. On écoute M’appelle Mohamed Ali en regardant mémoriellement ses combats certes, mais l’œil rivé sur ceux de l’Afrique. Entre défaites et humiliations, ellipses de victoires et quête du futur. La mise en scène auréole le poids irrévérencieux et iconoclaste du discours. Elle livre la présence du comédien aux spectateurs.

Tout de noir vêtu, coiffé afro-punk, c’est assis au premier rang des spectateurs qu’Etienne débute son texte. Dans un style Stand Up ou One man show. Dans un élan de proximité et de convivialité. Il conte le boxeur avec en appoint celle de Niangouna. Un appel de loin de sa mère à être un homme. Lui qui n’est encore que «cet inconnu du jour de tous les temps», à chercher où se lève le soleil. Lui, né pour se battre, avoir son titre par le combat, un combat loyal parce que le mauvais garçon c’est George Foreman. Mohamed Ali peut sortir sa formule, «je suis le plus beau, je suis le plus fort». Ce combat du siècle organisé par Mobutu, ancien président du Zaïre, en 1974, verra Ali récupérer son titre de champion du monde, après avoir passé sept ans en prison, pour refus de faire son service militaire car «jamais un Viêt-Cong ne m’a traité de nègre». «Ali Bomayé ! Ali Bomayé !» s’entend des travées du stade. Du caractère ce Nègre ! Ce passé-là, de Nègre, est trop violent. Alors Etienne conte le bruit des esclaves dans les cales, dans les champs. Les génuflexions, les viols, les razzias. Puis les génocides, les travaux forcés, l’imposition du Christ et du Diable est Noir…

Il y a dans cette vie de coups de poings, ceux qui supportent les défaites d’Ali, parient contre lui parce que c’est une lutte politique, parce qu’est politique le combat d’Ali : donner le respect à la nation noire. Etienne Minoungou, vif, fait une ronde de jeu de jambes dans l’entracte de la parole ; sur cette scène éclatée, il aime le ressenti du public. Le langage brutal de nature et toujours acerbe, M’appelle Mohamed Ali parle de ceux qui ont osé manger Malcom X et qui osent s’attaquer au boxeur. Lui, Ali venu au monde pour boxer pas comme on regarde un spectacle en cage. Comme est parfois triste la vie d’artiste. Bouffé par ses personnages. Ali se bat pour changer l’histoire du monde, pour ne pas solder sa vie pour une prime. «La boxe c’est comme au théâtre. Avoir le cerveau plus vite que l’œil. Surveiller ton adversaire. Ton coup doit toujours aller plus vite que le tonnerre (…) boxer l’extrême, la pauvreté, boxer, boxer, boxer la situation». «L’Afrique est le futur», déclare Minoungou. Alors «cogner est un acte salutaire». Quelle belle repartie !
M’appelle Mohamed Ali. Avec Etienne Minoungou. Texte de Dieudonné Niangouna. Mise en scène et scénographie de Jean Hamado Tiemtore. Musique : Julien Trudeau. Coach artistique : François Ebouélé.

Source: mosaiquesafrica.com

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