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L’opération ordonnée par décret présidentiel, mardi dernier, suscite moult interrogations.

A travers un décret rendu public depuis mardi soir, le président de la République, Paul Biya, institue un recensement général de la population et de l’habitat. C’est le quatrième du genre, après bien évidemment ceux respectifs de 1976, 1987 et 2005. Selon l’article 3 du texte présidentiel, cette opération d’envergure vise principalement à rendre disponible les données nécessaires à la planification du développement et à la prise en compte du dividende démographique dans l’élaboration des politiques permettant l’évolution du Cameroun vers l’émergence.

Entre autres objectifs spécifiques, il sera question, dans le cadre de ce recensement : de connaître l’effectif de la population ; de déterminer les caractéristiques de l’habitat, les équipements et outils de production des ménages ; d’étudier les éléments du cadre de vie de la population ; d’établir la répartition de la population par circonscription administrative, par collectivité territoriale décentralisée et par unité de commandement ; d’actualiser le fichier national des localités et d’en constituer une base de données sociodémographiques ; de saisir les mouvements naturels et migratoires ; et de présenter la structure de la population selon le sexe, l’âge et les caractéristiques socioéconomiques et culturelles.

Credit photo : foule devant hôtel de ville Bueau, cameroon-info.net

Cette opération intervient ainsi dix ans après la dernière qui date de 2005. Le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) recommande que chacun de ses Etats membres procède tous les dix ans à un recensement de sa population. Bien que n’ayant pas intégré cette exigence dans sa législation, le gouvernement laisse a priori, à travers cette volonté présidentielle d’actualiser les données sociodémographiques du Cameroun, l’impression qu’il est (désormais) respectueux des normes internationales en la matière. Puisque, entre le deuxième recensement de la population et de l’habitat (1987) et le troisième, il s’est écoulé 18 ans.

LUXE

Sur les antennes de la radio nationale, hier, le démographe Emmanuel Ngwe expliquait : « On ne peut pas prendre des décisions engageant la vie d’une nation, si on ne connait pas à la base quelle est la population de cette nation. Les données statistiques de la population sont des données fondamentales pour la prise de décisions. A titre d’exemple, les besoins de la population doivent être évalués de manière objective et méthodique. Et pour le faire, il faut prendre en compte, non seulement la taille de la population, mais aussi sa composition, ses tendances, son taux d’accroissement, parce que la population est dynamique, elle a une structure, et ses besoins varient selon sa structure d’une part, sa composition et sa dynamique d’autre part ». Les économistes Boniface Mbala et Dieudonné Essomba pensent comme lui qu’un recensement général de la population, c’est pour avoir les données sociodémographiques du pays, afin que l’Etat puisse mettre sur pied des politiques socioéconomiques qui intègrent les données réelles de la nation.

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Sauf que, dans le contexte actuel, marqué par des tensions de trésorerie dues à la coûteuse guerre contre Boko Haram, qui hypothèque sérieusement la conduite des grands projets de développement, un recensement général de la population et de l’habitat est un luxe pour l’Etat du Cameroun, à cause notamment de ses implications financières. Cette préoccupation paraît d’autant plus pertinente que, l’une des raisons invoquées du retard observé dans la publication des résultats de la dernière opération du genre (2005), était celle liée aux « difficultés budgétaires », avait expliqué, en 2010, Jean-Fabien Monkam Nitcheu, président du conseil d’administration du Bureau central des recensements et des études de population (Bucrep). Pourtant, cette opération ayant coûté 8 milliards F Cfa, avait été entièrement supportée par le Fonds des nations unies pour la population. Pour mémoire, selon le dernier recensement général de 2005, la population camerounaise est de 19,4 millions d’habitants. Dont 50,5 % de femmes, 49,5 % d’hommes, pour une population est urbaine de 52 %, majoritairement jeune.

Jean De Dieu Bidias – mutations-online.info



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