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Cameroun: Les universités restent des moules à chômeurs

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Malgré le passage au système LMD, il y a une dizaine d’années, le taux d’insertion des diplômés de l’enseignement supérieur dans le monde professionnel reste très bas.
Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, sur mille étudiants qui sortent des universités camerounaises, seuls 43 parviennent à trouver un emploi. Sachant que trois travailleurs sur quatre sont sous-employés, selon l’Institut national de la statistique, ce sont à peine 11 étudiants sur mille qui ont un emploi décent à leur sortie des institutions d’enseignement supérieur. Ces chiffres montrent que le Cameroun est encore loin du compte en matière de professionnalisation des enseignements, l’un des principaux axes du système LMD (Licence, Master, Doctorat) que le pays implémente depuis 2006. À ce sujet, une étude publiée en juillet 2015 et financée par Centre for international development and training (CIDT) de l’université de Wolverhampton (Royaume-Uni) et son partenaire camerounais, Forêts et développement rural (Foder), conclut: «l’université camerounaise (…) ne répond que de manière poussive au défi du relèvement de la croissance économique et de l’amélioration des conditions de vie des populations». Pour l’expliquer, l’enquête, conduite par trois enseignants d’université (le biologiste Martin Tchamba, le socio-environnementaliste Vivien Meli et le politologue Joseph Keutcheu), évoque deux raisons: la première, l’inadéquation entre la demande du marché du travail national et international et les programmes offerts par les établissements d’enseignement supérieur; la seconde, les carences dans la pédagogie universitaire.

Etudiants de l’Ensai, Université de Ngaoundéré

D’ailleurs, les autorités ne le nient pas. Le ministre de l’Enseignement supérieur (Minsup), Jacques Fame Ndongo, qui veut voir passer le taux d’insertion des étudiants dans le monde professionnel de 4,3 à 15% dans le futur, a engagé une réflexion pour mieux adapter l’enseignement supérieur aux nouvelles réalités économiques et au marché du travail. Un séminaire s’est d’ailleurs tenu le 28 mai 2015, à la suite des assises nationales sur le cadrage académique de la professionnalisation des enseignements universitaires au Cameroun, avec pour objectif d’élaborer une stratégie pour cette fin. Selon Jacques Fame Ndongo, il est question «d’élaborer de nouveaux paradigmes et stratégies, à même d’aider à valoriser les compétences dont regorgent nos universités, d’optimiser l’adéquation formation/emploi pour que des offres de formation dans l’enseignement supérieur soient plus en phase avec les besoins de l’environnement socio-économique.»

Paradoxe
Mais à l’observation, on demeure dans la promotion des filières traditionnelles qui ont montré leurs limites dans l’insertion professionnelle. Pour l’année académique 2015-2016 par exemple, le Minesup a décidé de la création des annexes de la faculté des sciences juridiques et politiques des universités de Ngaoundéré à Garoua et de Yaoundé II à Ebolowa et Bertoua. Bertoua est pourtant la capitale d’une région dont les principales activités tournent autour de l’exploitation des ressources naturelles, notamment forestières. Des enseignants estiment d’ailleurs qu’«on se serait logiquement attendu que des formations dans ce domaine soient délocalisées à l’Est». Surtout que l’étude du CIDT et de Foder révèle que l’offre de formation environnementale et en matière de foresterie et de gouvernance forestière au Cameroun est insuffisante. On compte en effet dans ce domaine 10 formations seulement de niveau master et 04 de type licence professionnelle.
Au ministère de l’Enseignement supérieur, on justifie la poursuite de la promotion des filières traditionnelles par la nécessité de produire à la fois «des savoirs savants et des savoirs pratiques». Mais, dans l’un ou l’autre cas, l’université camerounaise souffre des effectifs pléthoriques, d’un manque de matériel pédagogique, du déficit d’un encadrement de qualité et du manque de partenariats avec le monde professionnel. En matière de pédagogie universitaire par exemple, «le cadre institutionnel (…) n’est pas de nature à favoriser des pratiques pédagogiques actuelles dites actives, malgré l’arrimage au système LMD. Il n’existe pas encore de directives nationales spécifiques en matière de pédagogie universitaire au Cameroun, notamment en ce qui concerne l’élaboration des programmes d’enseignement, la transmission des connaissances et leur évaluation. La pédagogie reste encore centrée sur l’enseignant qui y va de sa «bonne foi», de sa motivation, de ses ressources, de son expérience, etc.»… Autant de manquements listés par le rapport de CIDT et de Foder qui avait notamment pour objectif d’évaluer la pédagogie universitaire au Cameroun.

Des propositions pour améliorer la pédagogie universitaire
3.3.1 La valorisation de la pédagogie dite active
Nous recommandons le changement du paradigme de la pédagogie universitaire au Cameroun, c’est-à-dire, le passage d’après Romainville «”du pourvoyeur” d’informations au facilitateur d’apprentissage». Il s’agit précisément de rompre dans l’université camerounaise avec la posture du «magister dixit» qui a fait trop de dégâts jusque-là dans nos universités. Cette méthode a en effet provoqué la production d’individus ayant «ingurgité» une masse de savoirs, des individus capables d’étaler ces savoirs chaque fois que besoin se fait sentir, mais des savoirs coupés des pratiques de terrain. On comprend donc pourquoi dans la section relative aux pratiques pédagogiques des étudiants rencontrés se plaignent des cours très nombreux et théoriques, généralistes voire génériques et peu pratiques.
La mise en œuvre d’une pédagogie active se manifesterait donc par les points suivants :
– la recherche des situations pédagogiques proches de la réalité pour concrétiser les concepts abordés.
– une transposition facile à la réalité quotidienne envisagée (vie de l’entreprise par exemple).
– les modules de formation doivent avoir du sens pour les participants pour qu’ils puissent s’approprier l’enseignement et mieux mémoriser son contenu.
– l’intérêt des scénarios retenus et la conception de bons supports de cours doivent mobiliser les personnes, susciter une attention constante qui leur permet de mesurer leur performance dès la mise en œuvre des actions de formation
– la diversité des études de cas est garante de leur motivation, par le recours à des scénarios structurés où le formateur intervient peu et à des scénarios plus ouverts favorisant les interactions entre participants. La simulation d’un cas pédagogique doit mettre aussi l’accent sur les aspects ludiques de la situation étudiée, plus attrayant et en même temps moins impliquant qu’une situation réelle.
Nous préconisons ainsi une pédagogie marquée par la «mise en situation» des apprenants. Elle se ferait par le recours à diverses formes de modalités pédagogiques, s’appuyant sur les connaissances existantes (les pré-requis), mêlant exercices progressifs et discussions libres, le travail sur des contenus à une réflexion sur l’implication et la participation de chacun. Dans ce cadre, le formateur a un rôle essentiel à jouer, étant tour à tour formateur, facilitateur et animateur du groupe.
Il s’agirait une «pédagogie de la réussite» qui privilégie la recherche et la correction des erreurs par chaque étudiant et en groupe ainsi que l’intégration d’une capacité à réussir en groupe qui assure que chacun peut s’approprier les valeurs sous-jacentes à la formation. Cette approche permettrait in fine de reconfigurer l’offre de formation pour l’adapter à la demande du marché camerounais et sous-régional.

3.3.2 Des approches docimologiques (méthodes d’évaluation) innovantes
La modernisation des pratiques pédagogiques universitaires au Cameroun doit également reposer sur une approche innovante de l’évaluation des étudiants, c’est-à-dire de la façon dont sont attribuées les notes par les correcteurs des examens. La bonne pratique en la matière consiste à multiplier les questions préalables :
– pourquoi évaluer ? Connaitre, comprendre, analyser?
– pour qui évaluer ? Pour l’apprenant, pour le commanditaire de la formation, pour le futur employeur, etc. ?
– comment évaluer ? Par la forme, le contenu ?
– qui évaluer ? L’apprenant, le formateur, la formation, etc. ?
– quoi évaluer ? Les connaissances, les pratiques, les attitudes, les objectifs ?
– quand évaluer ? En début de cycle, en fin de cycle, de façon permanente ?
En tout état de cause, l’évaluation devra se présenter comme un outil de mesure mais aussi de jugement qui permet d’apprécier ou d’estimer la valeur des savoirs (connaissance), savoir-faire (pratiques), et savoir-être (attitudes) de l’apprenant et qui aide ce dernier à rendre compte de ses capacités et de ces réussites ou en cas d’échec, de s’améliorer.

3.4 Mission, vision, organisation et fonctionnement du Centre Régional d’Innovation Pédagogique Universitaire (CERIPU)
3.4.1 Mission et vision du CERIPU
La mission du CERIPU est d’offrir des services de développement professionnel, d’accompagnement et de promotion de l’innovation afin de soutenir et de valoriser la pédagogie et la qualité de l’apprentissage. Travailler en partenariat avec toutes les instances organisationnelles qui sont parties prenantes de cette mission.
La vision est que les pratiques pédagogiques efficaces et innovatrices développées par le CERIPU induise une culture axée sur la qualité de l’enseignement supérieur au Cameroun afin qu’il améliore sa contribution au développement socio-économique du pays.

Extrait du rapport de CIDT et de Foder

by journalintegration.com

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La rédaction de www.chateaunews.com

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