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Bientôt deux (02) mois que les populations riveraines sont sur le qui-vive par peur d’une nouvelle vague d’inondations. Le niveau des eaux est en chute, mais la menace est permanente. Enquête sur un ouvrage dont l’entretien est confié depuis 2015 à la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry).

Le pic de toutes les frayeurs
Maga. Par un après-midi du 10 septembre 2015, les populations riveraines de la digue sont alertées par des cris et appels incessants au secours. Elles accourent en nombre et se regroupent, avant d’apprendre que la digue du Logone menace de céder sur 17 km. C’est-à-dire de Mihiria à Tékel en passant par Blah et Alvagaye. « Le niveau des eaux a même traversé la digue avec une grande violence. La situation est due au fait que le fleuve Logone est sorti de son lit à cause de la forte pluviométrie », avait déclaré au moment des faits Brahima, un riverain joint par Le Messager.
Informé, le sous-préfet Abdoulaye Oumarou a dû palier au plus pressé, mobilisant les villageois à colmater ce qui pouvait l’être. Armés de matériels champêtre pour certains (houes, pêles, machettes, etc), ils ont creusé de la terre et rempli des sacs avant de les disposer sur la crête de la digue. Ce travail d’amateurs a permis de refermer les fissures (renards) et relever quelque peu la hauteur de l’ouvrage de retenu d’eau. Selon les autorités administratives locales, le mois de septembre a toujours donné des sueurs froides aux riverains. En effet, depuis 2012, la période comprise entre le 10 et le 20 septembre constitue le pic de la montée des eaux du Logone. Dire que malgré la pluviométrie jugée modérée dans les Monts Mandara notamment, le mois de septembre 2015 n’a pas été épargné.
Depuis, la panique s’est emparée des populations de Maga dont beaucoup vivent encore dans la panique. Mais le sous-préfet, à travers les chefs traditionnels, les assure que la situation est désormais sur contrôle. Il en faudrait, manifestement, plus au chef de terre pour parvenir à dissiper la situation de qui-vive qui tend à se généraliser.

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La Semry se jette à l’eau…
La digue du Logone date des années 1970. Elle est longue de 22 km (Yagoua à Pouss). Le vieil ouvrage en terre mesure 2m de haut, 4,5 m de large à la crête et 9m à la base. L’ouvrage a été réalisé selon les normes, du moins si l’on en croit des ingénieurs à la délégation régionale des travaux publics de l’Extrême-Nord. Entre 2013 et 2014, en raison de la fureur des eaux, des travaux d’urgences ont été réalisés par le Génie Militaire. Ces travaux qui ont consisté en la réhabilitation de la digue entre Pouss et Palam (plus critique) ont été réceptionnés le 04 juillet 2014 par une commission composée de représentants du Ministère de l’économie, de la planification et l’aménagement du territoire (Minepat) et du Lobogenie.
Beaucoup d’eau a coulé entre temps. Depuis le début de cette année, les travaux d’entretien permanent de l’ouvrage sont confiés à la Semry. Mais peu de personnes à l’Extrême-Nord sont informées de ce passage de témoin entre le Génie militaire et la Semry. Toujours est-il que les ingénieurs de cette société d’Etat travaillent également sous le contrôle du Minepat, du ministère des travaux publics (Mintp) et du Labogenie. Ils s’emploient à la veille, l’entretien, notamment pendant les périodes de grandes crues comme celle de septembre. A ce jour, la Semry a fait apposer des centaines de sacs de terre sur la crête avec l’aide de riverains. La violence des eaux les contraints généralement à un recommencement qui n’en finit pas. Car, il en faut toujours plus de terre sur la crête.

 

Quelle réhabilitation pour quel coût ?
« Il conviendrait de renforcer, à tous les niveaux et de manière régulière, l’information météorologique (…) j’ai instruit au gouvernement le déblocage de la somme d’1,5 milliard Fcfa au titre de l’aide d’urgence ; la construction d’une digue-route de 330 km allant de Gobo à Kousséri ; un fond spécial de soutien aux populations victimes des catastrophes ». Et dire que depuis discours présidentiel prononcé à Guirvidig en 2012 suivi d’une promesse forte (construction d’une nouvelle digue), il n’y a eu que des travaux d’urgence sur cet ouvrage. Des travaux qui ne durent généralement que trois à quatre mois.
D’où la veille et l’entretien (réhabilitation) que cela commande en permanence. Tout ceci coûte en réalité de plus en plus cher au gouvernement camerounais. Soit environ 1,8 milliard par an. « A chaque fois le matériaux à déployer dans la zone est coûteux. La digue est faite en terre et sa réhabilitation doit être faite tout le temps », souligne Gabriel Eloundou, un ingénieur. Ainsi, entre 2013 et 2014 par exemple, les travaux de réhabilitation en urgence effectué par le Genie Militaire ont coûté la somme de 405 228 758 Fcfa. Enveloppe préfinancée en urgence par le ministère de la défense qui serait toujours en attente de payement, selon une source en poste à la sous-direction des infrastructures du Minepat.
Toujours est-il que, « L’appui accordé à la Semry pour ses travaux de réhabilitation va au-delà de 405 millions de nos francs », a révélé la même source. Au regard des difficultés antérieures dues au retard des payements, la maîtrise d’ouvrage de la Semry a du pain sur la planche. Des observateurs avertis soutiennent mordicus que la solution viendrait de la construction d’une digue compactée et définitive. Mais ce n’est pas demain la veille. Car, l’Etat camerounais a pu certes obtenir de la Banque Mondiale un financement à hauteur de 54 milliards Fcfa. Les marchés y relatifs à ces travaux de construction d’une nouvelle digue auraient dû être passés depuis deux (02). Il n’en est rien jusqu’à.
Et comment comprendre ce blackout ? Au sommet de l’Etat, le mystère continue de planer sur ce dossier, au grand désarroi des populations du Mayo Danay qui vogue de psychose en psychose d’année en année. Et quand bien même ce marché sera passé (ce qui cristallise les espoirs) avec les lourdeurs administratives que l’on sait, il faut encore attendre au moins 48 mois pour que le chantier soit entièrement rendu à terme.

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