Culture Peinture Pourquoi la Bande Dessinée ne décolle toujours pas

Pourquoi la Bande Dessinée ne décolle toujours pas

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La BD camerounaise trace difficilement son chemin. Parmi ses maux, une faible production, un marché difficile à conquérir et peu de promotion. Cependant, quelques projets laissent des marques. Au grand bonheur de leurs auteurs. 

Elle le tient comme un véritable trésor. 80 pages d’illustrations en couleur au format 17 X 24 cm, le tout dans une couverture cartonnée et vernie. Voilà La Vie d’Ebène Duta(LVDD), une bande dessinée réalisée par Joëlle Ebongue, plus connue sous le nom d’Elyon’s. Elle raconte l’histoire d’une jeune Camerounaise qui débarque en Europe pour ses études. Dans son nouveau pays d’accueil, la Belgique, elle doit affirmer son identité africaine au quotidien.
La Vie d’Ebène Duta est aussi le résultat de l’interactivité entre son auteur et des internautes sur les réseaux sociaux. «J’ai commencé à dessiner des minisodes, comme je les appelle, mettant en scène justement le personnage d’Ebène dans des situations qui m’arrivaient réellement ou que j’imaginais. Je publiais tout cela sur un blog. Avec le temps et les fans qui me suivaient, j’ai décidé de mieux structurer l’histoire pour en faire une BD. Tout cela a commencé en plein automne belge, en 2009», raconte Joëlle Ebongue sur le site www.ckommentpublishing.com. C’est grâce à cette communauté qu’elle finira de réaliser le tome I de son œuvre. A travers un crowdfunding (collecte de fonds via internet), lancé en 2013, elle a pu mobiliser en trois mois quelque 15.000 euros. Suffisant pour produire et distribuer 3.000 exemplaires de son œuvre dans plusieurs pays.
Dans l’environnement camerounais, La Vie d’Ebène Duta est présenté par plusieurs auteurs de la bande dessinée comme une success-story. C’est que plusieurs initiatives n’ont connu que des parcours éphémères. Bitchakala, un magazine du Collectif A3 en est une illustration. Après justes quelques parutions, ce projet s’est arrêté. «Il y a deux ans, Bitchakala était produit régulièrement. Mais maintenant, le public n’est plus facile à atteindre. Il y a moins de lecteurs parce que les habitudes des consommateurs sont tournées vers d’autres choses comme la bière. Aussi, ils sont plus portés par d’autres formes de distractions comme le dessin animé qu’il reçoivent même à travers leur téléphones ou les tablettes», explique Hervé Noutchaya, ancien directeur de la publication de Bitchakala. A côté de ce magazine qui souffre de l’intérêt décroissant des lecteurs pour la bande dessinée, d’autres projets à l’exemple d’«Essigan» ou de «Waka» ne connaissent pas un meilleur sort.

 

Planche de maux
Diverses raisons expliquent ce qui ressemble à un essoufflement du 9ème art au Cameroun. Peu d’éditeurs veulent se lancer dans la production des œuvres de bande dessinée. «L’impression de la bande dessinée coûte plus chère que celle d’un roman par exemple. Ce sont souvent des œuvres en couleurs et avec une couverture cartonnée quelquefois. Plusieurs éditeurs nous disent qu’ils ne sont pas sûrs de rentrer dans leur investissement dans la mesure où il s’agit d’un produit qui se vend très peu», explique un auteur. Pour Hervé Noutchaya, il faut noter que la commercialisation de la bande dessinée souffre aussi des habitudes acquises depuis l’enfance par les lecteurs. Il souligne que pendant plusieurs années, les Camerounais se sont plus habitués à un système d’échange qu’à l’achat des albums de bande dessinée. «Les lecteurs ont souvent créé leurs réseaux d’échange où les uns et les autres se passent les œuvres déjà lues. Quand bien même ils achètent, la même œuvre est lue par plusieurs personnes. Du coup, quand on leur propose d’acheter des romans ou des albums neufs, ils ne se pressent pas», déclare l’ancien directeur de publication de Bitchakala.

Autres difficultés, la spécialisation des publics cible et le contenu. Plusieurs auteurs de bande dessinée sont influencés par les œuvres venues d’Asie ou d’Europe comme Mangaou Les aventures de Tintin. Cette inclinaison se ressent dans leurs productions et ne satisfait pas toujours les lecteurs. Par ailleurs, la généralisation de ces contenus ne facilite pas la catégorisation des lecteurs potentiels. Ailleurs, les auteurs se spécialisent selon les publics visés (enfants, étudiants, science, éducation, etc.).Dans le milieu, on reconnaît que l’absence d’une école de formation en BD et de critiques avérés dessert le secteur. Il y a selon eux un besoin de mise à niveau pour tous les acteurs et à tous les niveaux : dessins, gestion des projets éditoriaux, gestion des carrières, édition, etc.

 

Besoin de visibilité
La promotion reste aussi un souci. Peu d’espaces sont ouverts pour la distribution des œuvres existantes. «Jusqu’ici, le vrai problème est lié à la distribution. On ne connait que ce qu’on voit, que ce soit beau ou moche. Notre métier souffre encore de ce handicap, mais progressivement, nous travaillons à la solution», affirme Elyon’s. C’est aussi l’une des missions que se donne le festival Mboa BD dont la sixième édition est annoncée dans quelques semaines. Depuis six ans, ses promoteurs multiplient des initiatives pendant ce festival pour mettre en exergue la BD. Cette année, le festival se déroulera à Yaoundé et Douala, à en croire l’un de ses promoteurs. «A la première édition, il n’y avait aucune BD produite au Cameroun. A la 5ème, nous avions une quinzaine de publications présentées au public», se réjouit-il. Ce sont ces espaces qui permettent aux amoureux de la BD de rencontrer les acteurs d’autres pays et d’explorer de nouvelles formes de partenariats. En 2012 par exemple, grâce aux contacts noués lors d’une édition du festival Mboa BD, le Cameroun était l’invité d’honneur du Festival international de la bande dessinée d’Alger (Fibda). Cette année, Ekiéé, le magazine de Yannick Deubou Sikoue est nominé dans la catégorie fanzine.
Même si l’environnement semble bien difficile, les amoureux du 9ème ont de bonnes raisons de garder espoir. «La vie d’Ebene Duta» est une expérience qui peut inspirer plusieurs. Son auteur, qui travaille sur le tome 2, revient d’une tournée de dédicace et de présentation de son magazine en Allemagne, en Belgique et France. Aussi, quelques éditeurs offrent des possibilités d’exister aux auteurs. C’est le cas de L’Harmattan dans sa collection BD Afrique. Cette maison d’édition a permis à une demi-douzaine d’auteurs camerounais d’être publiée dans des œuvres collectives. Avec sa présence dans plusieurs pays, c’est une visibilité plus grande qui leur est offerte. L’espoir est donc permis pour l’avenir du 9è art au Cameroun et en Afrique.

Source : mosaiquesafrica.com

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La rédaction de www.chateaunews.com

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