Culture Musique De l’amour à la paix !

De l’amour à la paix !

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Jazzophiles Camerounais, connaissez-vous Christian Scott ? Probablement pas, sinon très peu. Christian Scott est américain et musicien de jazz, trompettiste de son état, j’allais dire de bugle à l’ancienne, au souffle puissant et un brin ensorceleur.

 

Il est évident que sa perception du jazz, de la musique tout court, à l’écoute attentive de ce double album, puise loin dans un univers tourmenté qui produit au final une musique des fois lascive mais surtout envoûtante et majestueuse où la désorganisation du Logos, pour certains, ne serait pas qu’apparente, tellement le tourment existentiel semble être au cœur même de sa démarche d’écriture… A l’opposé, par exemple, de l’univers d’un Trombone Shorty & Orléans Avenue 7/6. Son double album titré Christian ATunde Adjuah (Concord Jazz – Universal, 2012) doté de 23 titres, les uns aussi captivants que les autres, m’a illico propulsé dans un gigantesque univers intersidéral, mystique et velouté, où règnent l’ombre tutélaire d’un Miles et l’univers foisonnant d’un Sun Râ et, surtout, où on décèle assez clairement l’influence d’un Ornette Coleman qui vient de nous quitter (pour l’atmosphère free et la mystique qui enveloppe ce travail justement). 

 

Et ce ne sont pas les seules influences que j’ai cru déceler en cet artiste surdoué – ceci expliquant peut être cela – à l’approche musicale qui est manifestement le fruit de diverses influences jazzistiques, trompettiste et compositeur de son état que je ne connaissais pas du tout. Christian Scott nous convie à une musique que l’on doit découvrir à pas de loup, comme une sorte de Juju music revisitée à la lumière de la tendance libre mais tout en restant «policée», par excellence, du jazz : exactement entre le «cool» et la tendance libertaire justement free du jazz (je n’aime pas le terme «Free Jazz» qui est une aberration sémantique). Plusieurs des titres de ce double album sont d’ailleurs littéralement absorbés par cette tendance-là, sinon tous ! Le souffle de la trompette de Christian Scott crée une atmosphère contemplative à cet album fortement empreint de la puissance destructrice du dieu Ogun, atmosphère qui nous entraîne dans les profondeurs abyssales d’une introspection comme seules savent le faire les différentes tendances soft du jazz.
Cette musique épurée, ouverte, faussement hystérique par endroits, ne m’a pas laissé indifférent : des titres comme «Fatima Aisha Rokero 400» nous plongent d’ailleurs dans une ambiance d’accueil élégamment festive que l’on peut observer dans l’une de ces multiples cours de majestueux souverains africains ou des indiens des Amériques. Et la pochette de cet album en est une parodie plutôt bien réussie ! La suite est une longue introspection où on écoute, les yeux mi-clos, le son mystérieux à l’instar de celui de la flûte du dieu Pan, comme sorti de nulle part, de cette trompette-bugle envoûtante : «Who They Wish I Was», «Dred Scott» et surtout «O Fire» (probablement la meilleure chanson du 1er Cd) sont à comprendre dans cette perspective-là, je crois.
Le second Cd, lui, plutôt bop, jazz rock et ballades est moins «sombre» avec des morceaux comme «Jihad Joe», «When Marissa Stands Her Ground» et la magnifique interprétation de «The Red Rooster» sont des petites merveilles à découvrir ! Je voudrais ajouter que le prochain album de Christian Scott, «Stretch Music» – comme quoi ! – sort publiquement le 18 de ce mois. Au final, Christian Scott nous donne à écouter une musique libre enregistrée à New- York en 2011 mais extrêmement complexe dans son écriture ; une musique libertaire dans son orchestration d’ensemble, qui butine sur les fondements esthétiques des agrégats musicaux afro-américains pour nous envelopper in fine d’un halo d’amour et surtout de paix. A découvrir absolument !

mosaiquesafrica.com

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La rédaction de www.chateaunews.com

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