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25 km. C’est la distance que mesure la route qui serpente la falaise de Ngaoundéré. Une pente qui demande plus que d’autres parties de cette nationale n°01 l’attention des conducteurs.

Dans la voiture qui les ramène d’une excursion dont le pic aura été les gorges de Kola à plus de 300 km de là, les responsables des services publics, et particulièrement du tourisme des villes de Meïganga, de Ngaoundéré et de Tignère ont une gueule des mauvais jours. Repus après une escapade fatigante, ils roupillent tels des mioches après la tétée. Dehors en ce dimanche 14 juin au soir, il pleut des cordes, ce qui en rajoute à mon angoisse. Combien de fois ai-je en effet entendu que cette falaise était réputée pour avaler des guimbardes avec tout leur contenu? Combien sont-elles ces voitures qui ont disparu le long de ce relief menaçant? Le sommeil refuse de m’accompagner. Et je reste là, loin au fond du véhicule, les yeux rivés sur une chaussée nouvellement refaite et qui par endroits dispose à ses bords de rampes que mon angoisse estime insuffisantes au cas où…

Et pourtant qu’elles auront été belles ces deux journées d’excursion dans les régions administratives de l’Adamaoua et du Nord ! Tout a en effet véritablement commencé sur cette falaise. Où les services du tourisme de la région ont bâti un campement avec cases de passage et salle de réunion pouvant aussi servir à la fête. Le jour précédent lorsque nous y avons posé pied, c’est à peine si l’exhalaison de la peinture n’allait pas nous chatouiller le nez, signe que le chantier est loin d’être terminé. Sur le site, quelques personnes sont venues à notre rencontre avant que notre guide ne nous explique la naissance de ce projet de campement et les problèmes de sa dénomination. Car si sur l’estampille du chantier on peut lire «Complexe de la falaise de Mbé», il s’agit bel et bien de «la falaise de Wack», du nom du village qui se trouve au pied de la montagne. Pour ma part, j’ai le loisir de constater que l’architecture a épousé celle alentour avec le toit en paille. Avant de partir, nous faisons un tour au minaret attenant qui culmine, nous dit-on, à huit mètres du sol. Comme les autres, je vais jusqu’au sommet en utilisant l’escalier. Là, la vue est admirable en cette saison de pluies. Les feuillages sont verts et les oiseaux déchirent le silence de leurs cris joyeux. Déjà, il faut regagner la voiture pour poursuivre une aventure.

Nous repartons donc. Sur le bord du chemin, j’admire l’architecture des hameaux qui se succèdent. La forme est pour l’essentiel ovoïde. J’imagine ce que doit être le quotidien des populations. Y a-t-il suffisamment d’adductions d’eau? De l’électricité ? Quoi qu’il en soit, les populations semblent loin de ces préoccupations. Elles qui s’affairent tel que je peux le voir à remuer la terre au moyen de charrues tirées par des ruminants. Du coup, une pensée me traverse : cette région ne court-elle pas le péril d’une famine due aux semailles tardives ? J’ai la faiblesse d’espérer le contraire bien que nous soyions en juin déjà. J’en suis encore à mes pensées que nous atteignons le carrefour qui mène à Lagdo. À une trentaine de minutes de la capitale régionale Garoua. C’est ici qu’ont choisi le préfet et le sous-préfet de Tignère pour nous accueillir. Le premier, nous ne l’avons guère vu depuis notre départ de Tignère l’avant-veille. Malgré un emploi de temps chargé avec son patron le Gouverneur Abakar Ahamat, il a tenu à nous accompagner. Direction donc le site du barrage qui a rendu la bourgade célèbre. Mais avant, nous faisons un détour par la mairie de céans dont l’édile est toujours prisonnier avec d’autres compatriotes de milices de RCA, le pays voisin. Après l’accueil, nous prenons la route du barrage. Ce faisant, j’ai le loisir d’admirer les massifs pierreux environnants, souvent aux végétations arborescentes et fleuries. Sauf qu’au flanc de ceux-ci, l’on a laissé les populations s’installer, courant ainsi le risque d’être avalées en cas d’éboulement.

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Lagdo: turbines, électricité et pêche

Si nous rencontrons quelques problèmes pour l’accès – le site est sous haute surveillance désormais avec les assauts de la secte islamique Boko Haram – il reste que ce que je découvre est simplement gigantesque. Inauguré en 1984, la centrale électrique située en contrebas du barrage proprement dit impressionne. D’abord par l’architecture qui combine à la fois le gigantisme chinois et les rigueurs qu’impose toute installation technique. Une fois à l’intérieur, je suis surpris de constater que l’infrastructure de départ est encore de service. Je me serais attendu à quelque chose de plus moderne. Mais bon, du moment que tournent les turbines et que jaillit l’électricité qui fournit les trois régions septentrionales du pays, pourquoi faire la fine bouche ? Les techniciens ici nous expliquent le mécanisme des trois turbines ainsi que leur fonctionnement et les mesures de sécurité. Je retiens pour ma part que le fleuve Bénoué a été détourné pour les besoins de la cause et que cela a provoqué une invasion d’eau dans le village. Invasion maîtrisée cependant via des digues et d’autres moyens techniques. Malgré mon courage, je n’ai pas pu descendre jusqu’aux turbines parce que notre promeneur du jour ne nous y a pas amené. Mais il nous a expliqué, malgré la chaleur du souterrain, le mécanisme de l’eau qui produit l’électricité en se frottant aux hélices des turbines.

Peu après, nous sommes allés au barrage. Où j’ai pu admirer un paysage pittoresque. La vue de l’eau qui fend les montagnes pour échouer sur le barrage est difficile à décrire. Sauf peut-être pour dire que le calme de l’eau combiné à celui du relief verdoyant dégage une sensation zen. Je profite de ce moment pour m’asseoir sur l’ouvrage d’art qui occupe le cœur de l’endroit. Il s’agit d’une stèle avec à sa base un escalier de trois marches. Sur le sommet du monolithe, l’inscription «1984» sur les quatre côtés assortie du drapeau tricolore avec la fameuse étoile jaune en son milieu. En quittant les lieux, je n’ai pu m’empêcher de me poser cette question : pourquoi l’empire du milieu a-t-elle tenu à venir faire ceci en plein milieu de nulle part loin de chez eux ? Les mystères de la coopération ?

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lagdo

Parmi les touristes d’un weekend, j’étais sans doute le plus impatient de découvrir Garoua. L’antre de l’ancien président de la république. Une fois dans la ville, rien de particulier, sinon les rues de qualité qui semblent quadriller la ville de parts en parts. J’ai demandé à voir la résidence d’Ahmadou Ahidjo pour constater que beaucoup avaient le commerce difficile quand venait l’heure de parler du natif de Nassarao autour de moi. Pour avoir un peu d’infos, j’ai dû être plus loquace qu’à l’accoutumée, multipliant les feintes comme celle de confondre le lieu de naissance de l’ancien président d’avec la capitale régionale. Pour au finish me satisfaire de la demeure qui jouxte le jardin zoologique et devant lequel se trouve le «Café du présidentiel» dans lequel nous avons pris notre dîner. Non sans avoir au préalable fait un tour au Zoo d’où je suis reparti presque les larmes aux yeux. Cet outil du tourisme a connu un vandalisme sans nom et n’est plus que l’ombre de lui-même. Certes s’y trouvent un joli lion de 180 kg encagé, un chameau, don de feu président Muamar Kadhafi à son homologue camerounais, et quelques crocodiles, singes et oiseaux. Mais le parc présente pâle figure et nécessite une redynamisation urgente pour lui permettre de mériter sa renommée.

Le lendemain, direction de Figuil où deux escales nous attendaient. D’abord le site de l’entreprise ROCA. C’est ici que se fabrique le marbre made in Cameroon. Dans le ciel, le soleil semble au zénith et cela se ressent avec la forte chaleur ambiante dans le véhicule. Sur place, l’un des employés nous présente la structure qui existe depuis plusieurs décennies et qui dispose de tous les certificats nécessaires pour l’exploitation de ce caillou recherché. Moi j’en doute vu la qualité de l’infrastructure et l’air lourd que l’on peut y respirer. J’aurais aimé discuter plus avec ses collègues, surtout hors de ce cadre mais je ne suis pas dans la posture de l’investigateur journalistique. J’imagine cependant qu’il y aurait tant à dire ! Avant de partir, une Rolls Royce de collection attire mon attention dans la cour. Signe que cette entreprise depuis le temps a plus que nourri son propriétaire. Et les travailleurs successifs alors ?

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À un jet de pierre de là se trouve la 2è usine des Cimenteries du Cameroun (CIMENCAM), après Bonabéri. Propriété du groupe français Lafarge, cette usine dispose d’une superficie importante. Nous y sommes reçus avec chaleur. Et il y a de quoi. Ici, le processus de fabrication du ciment, objet de tant de désir au Cameroun, culmine avec un four dont la chaleur atteint les … 1400 degrés! En m’y promenant, j’ai ressenti sur ma peau les effets de telle chaleur, craignant par moments d’être simplement grillé tant ça chauffe. Ici aussi comme à ROCA, les infrastructures sont vétustes malgré les aménagements. La question c’est pourquoi cela ? Plus grave encore, je me demande comment parviennent à vivre les riverains avec ces deux entreprises distantes de quelques mètres seulement ? N’y a-t-il pas de la pollution dans l’air ? Qu’a-t-on prévu en cas d’incendie ou d’explosion ? Des questions et d’autres pour lesquels je ne vois guère des éléments de réponse.

Déjà, il faut partir. Direction Guider et les fameuses gorges de Kola. Nous procédons en file indienne, le véhicule du délégué du tourisme de céans ouvrant la voie. Après quelques km sur une route en terre, nous parvenons à destination. Où un campement également existe. Après le briefing, nous attaquons la visite d’un site qui fait plusieurs km mais que nous ne visiterons pas de fond en comble. La faute à la pluie dont les eaux ont envahi le lit souvent sec des lieux. Ce qui s’offre à nous est difficile à décrire. La nature a donné l’occasion aux pierres du lit du fleuve qui passe par ici d’être fendues et lissées par le courant. C’est mon explication à moi vu qu’il n’y en a pas d’arrêté. Le tableau est féérique. Parfois entre deux pierres se dresse une 3è, craquelée sur les côtés et pointue. J’amorce la descente vers la «Chambre du diable» recouvert d’eau et regarde, assis sur un rocher, les merveilles de dame nature. Je me dis que le Cameroun est décidément un pays béni. Pendant que les collègues font des photos, moi je pense à tous ces jeunes compatriotes qu’on gagnerait à faire découvrir un pays que l’on ne voit pas beaucoup, même à la télé ! Au loin, l’horizon est bleu. Un sentiment d’apaisement me gagne. Ah si je pouvais arrêter le temps. Je veux rester mais le klaxon m’appelle. C’est sûr je reviendrais.

Source : mosaiquesafrica.com

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