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Après les balbutiements de lancement en 2013, le projet de 358.000 euros risque d’être arrêté avec le refus de l’Union Européenne de verser les trois dernières tranches de financement. Notre enquête.

Le siège du programme de formation au documentaire et de promotion du film camerounais dénommé «projet 237 Travellin» au quartier Biyem-Assi, à Yaoundé, ne paie pas de mine ce jeudi 14 janvier 2015. Les lieux sont presque déserts, les activités rarissimes, quelques deux personnes y assurent continuellement la permanence. Le site contraste avec l’ambiance de ruche qui y a souvent régné au rythme des sessions de formations et des rencontres des professionnels du cinéma. C’est donc peu dire que le projet vit au ralenti. De source interne, cette situation est la résultante d’un nouveau différend qui oppose l’association de droit français Alliance Ciné, porteur du projet 237 Travellin et son bailleur de fonds l’Union européenne.
{sidebar id=21} En effet, depuis Octobre 2015, indique notre source, l’Union européenne (UE) a suspendu sa quote-part de financement, de loin la plus importante, soit un apport global représentant 75% du budget du projet 237 Travellin exécuté au Cameroun. Ainsi donc le projet conduit par Alliance Ciné avec son partenaire local exécutant, l’association Mis Me Binga, bat de l’aile, rentré dans une phase pratiquement de cessation d’activités.
Retenu suite à un appel à propositions lancé alors par l’UE dans le cadre de l’appui à la société civile (acteurs non étatiques et autorités locales dans le développement), le projet 237 Travellin avait été éligible à une subvention de près de 358.000 euros pour accomplir au Cameroun ses missions de formation aux métiers du cinéma, de production, de promotion et de diffusion des films. Le contrat des parties va couvrir la période 2013-2017. Le projet 237 Travellin débute effectivement ses activités en octobre 2013. L’UE versera la première et la deuxième tranche (pour une somme cumulée d’environ 300.000 euros) sur les cinq attendues par ledit projet. L’emploi de ces ressources financières par Alliance Ciné et MisS Me Binga aura servi à l’organisation de deux sessions de formation pour 70 Camerounais formés aux différents métiers du cinéma. Des huit films des réalisateurs formés, cinq sont en postproduction et les trois autres sont en attente de sortie officielle.
C’est rendu à ce niveau de réalisation de 237 Travellin que l’association Alliance Ciné que dirige Vincent Mercier va se voir obliger de mettre la clé sous le paillasson. De cet état de chose, au siège du projet, on pointe du doigt l’Union Européenne. En effet, après avoir procédé à un contrôle usuel et sans attendre les résultats de l’audit, l’institution européenne a interrompu unilatéralement les clauses financières contractuelles, notamment le non décaissement de la troisième, quatrième et cinquième tranche, soit un reliquat de 58.000 euros probablement. Notre source proche du dossier accuse le partenaire de non-respect des procédures. «Au préjudice du principe de présomption d’innocence, dans l’attente des résultats d’une enquête de l’OLAF (Office de Lutte Anti6Fraude) initiée en août 2015 et rendue publique en octobre dernier relative à des suspicions de fraude commises dans le cadre de l’exécution du contrat de subvention DCI-NSAPVD/2013/284-860, la Délégation de l’Union européenne a décidé de suspendre tout nouveau paiement de la subvention originellement octroyée», fait-on savoir à Alliance Ciné. D’ailleurs, précise l’association française et solidairement avec Mis Me Binga, «Cette décision prive les associations de tous moyens de poursuivre ce projet culturel. En conséquence, elles n’ont pas d’autres choix que de suspendre le projet pour une période illimitée».
Clap de fin ?
Depuis octobre 2015 donc, sevré des subventions de l’UE, le projet 237 Travellin court définitivement et précipitamment vers un clap de fin de mauvais film. Non sans de lourdes conséquences. Avec l’arrêt des subventions de l’Union européenne, le projet est menacé d’expulsion de ses locaux en location. Son image et celle de ses initiateurs sont ternies auprès des contractants diffuseurs tels que l’Institut Français du Cameroun (IFC), le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) du Cameroun, le Goethe Institut, et bien d’autres festivals. Cette perte d’image va se ressentir également auprès des producteurs, acheteurs et diffuseurs internationaux. Une crise de confiance s’est même installée entre le projet et les réalisateurs des films. A 237 Travellin, on entend porter cette affaire en justice et introduire également un recours à la Commission de l’Union Européenne à Bruxelles, a renseigné notre source.
Joint au téléphone pour avoir la position de la Délégation de l’Union Européenne en République du Cameroun sur le dossier, Maxime Montagnier, chargé des Programmes, a signifié au reporter de Mosaïques qu’il ne saurait parler de cette affaire aux journalistes, et nous a aimablement demandé d’introduire une requête auprès de l’Ambassadeur. Depuis lors nous restons en attente de réponse à notre demande d’interview introduite par courriel. Sans doute que Mosaïques se fera un plaisir de rendre compte des suites de cette affaire qui vient plomber la quête d’essor du secteur cinématographique camerounais déjà fragilisé par toutes sortes de problèmes.
A titre de rappel, dans son numéro 35, Octobre-Novembre 2013, Mosaiques avait titré à sa une «Cinéma, retard à l’allumage pour «237 Shoot In»», avant que le projet ne devienne plus tard «237 Travellin». Nous nous révélions alors la discorde entre l’UE et Alliance Ciné sur le budget du projet, ce qui avait retardé la signature de la convention de subvention. Le projet allait connaitre par conséquent plus d’une année de retard dans sa phase de mise en œuvre au regard du calendrier contenu dans l’appel à propositions.

par mosaiquesafrica.com

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