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La lutte contre les vendeurs d’essence prend des allures de cache-cache qui fait l’affaire des éléments de police qui se livrent à des actions tout au moins illicites.

Le 15 juin dernier, en plein mois de ramadan, la police de Ngaoundéré sous injonction du procureur de la République auprès du tribunal de Ngaoundéré a mené une opération musclée contre la vente du carburant frelaté, plus connu sous le nom de zoua-zoua. Dans la foulée, 15 personnes ont été arrêtées et mises aux arrêts à la légion de gendarmerie de Ngaoundéré. L’opération avait fait grand bruit parce que des mineurs figuraient parmi les détenus. Ces malheureux jeunes ont passés 15 jours dans les cellules en violation de la loi. Approché, un officier de police nous a révélé que l’activité est proscrite et que tous ceux qui s’y adonnent sont passibles de condamnation quel que soit le statut.
Passée la menace, la vente d’essence a repris de plus belle dans les artères de la cité régionale de Ngaoundéré. Dans les principaux carrefours, dans un coin ou sous un arbre guette un vendeur avec ses produits bien dissimulés. Le commerce s’apparente désormais à un trafic illicite et s’est transformé en un jeu du chat et de la souris avec les éléments des forces de l’ordre. Dans cette situation, les policiers tirent leur épingle du jeu.

Les policiers viennent souvent nous ramasser le carburant sans raison. Parfois ils demandent de leur donner le carburant gratuitement ou bien ils vont saisir. Nous sommes obligés de les satisfaire pour avoir de quoi manger.

déclare Amadou, vendeur.
Cette pratique qui s’apparente à une arnaque bien orchestrée se déroule aux vu et su de tous. Les pauvres débrouillards qui occupent leur temps à coller 50 Fcfa de gain par litre vendu se retrouvent en perte. Les exactions vont parfois à des réclamations de 1000F à 5000 Fcfa lors des descentes. L’interdiction de cette activité sous l’ordre de l’ex-gouverneur actuellement en retraire Abakar Ahmat n’a fait qu’attiser les mauvaises intentions de certains. Selon les avis recueillis auprès de ces personnes, le commerce n’est qu’une issue pour éviter l’oisiveté.

Je suis dans la vente de l’essence parce qu’on manque quoi faire. Je n’ai pas le choix et c’est avec cela que je me débrouille. A la fin de la journée je peux gagner 2000 F…

déclare Moustapha, vendeur au centre-ville.
La menace qui pèse sur l’activité de détaillants attise leur colère car ceux-ci se disent marginalisés. Dans un grand carrefour, Ahmadou nous fait savoir ce qu’il pense « les policier connaissent les livreurs et ils ne font rien pour s’acharner sur nous parce qu’on a personne pour nous défendre » ajoutera-t-il au passage «… Ils préfèrent nous déranger, nous arrêter et nous enfermer ». Sur l’origine de l’essence frelatée, certaines personnes ont fait savoir que le carburant provient du Nigeria voisin et serait devenu rare en ces temps de crise sécuritaire. La difficulté d’accès au produit inflammable justifierait selon plusieurs vendeurs l’augmentation de son prix qui est passé de 500F par le passé à 600Fcfa voir 650F dans les dans les localités reculées.
Il est étonnant de constater qu’un produit interdit de vente se retrouver si facilement sur les marchés et notamment sur les trottoirs. Cela découle de deux faits relevés par un responsable rencontré dans la ville. « Les forces de l’ordre et les services des douanes sont complices sinon comment expliquer que le Zoa zoa traverse les barrages routiers. Certainement les postes de contrôle laissent passer les trafiquants contre pots de vin. Encore qu’en cette période de tension sécuritaire avec le Nigéria, les contrôles sont multiples et les pistes de trafic clandestin risqués pour tous » dénonce Souleyman qui cherche à comprendre la provenance du produit pétrolier sur nos routes. Il n’est pas le seul à suspecter les complicités obscures dans ce business. « Nous avons appris que de hauts responsables sont complices de cette activité et reçoivent des enveloppes pour fermer les yeux sur les opérations. Chacun trouve son compte raison pour laquelle nous continuons à avoir du zoa zoa à bon prix. Parfois, on constate que les stations d’essence proposent également le même carburant dans leurs pompes. C’est à ne plus rien comprendre… » dénonce Ibrahim, conducteur de moto.
Ce carburant vu son prix arrange plus d’un qui y trouve leur compte. « Nous n’avons pas assez d’argent donc quand on peut acheter moins cher c’est tant mieux » se rejouit Claude, conducteur de moto taxi. Certes la vente de carburant frelaté est interdite mais l’impression qui se dégage est que les actions menées sont orientées vers les mauvaises cibles ou alors les plus vulnérables du système. « On constate que la police arrête les petits vendeurs et ignore les grands importateurs du produit » s’étonne un observateur averti. L’on se souvient qu’avec l’ancien gouverneur, l’Adamaoua a connu des vastes opérations et parfois des coups de force contre les trafiquants de carburant, mais désormais ceux-ci semblent avoir de beaux jours sous l’ère Kildadi Boubar.

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