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Le chercheur au CNE-MINRESI, et spécialiste de l’histoire du Cinéma au Nord-Cameroun décrite le paysage cinématographique dans le Septentrion du Cameroun.Honoré Fouhba, tu es spécialiste de l’histoire du cinéma au Cameroun, et précisément au Nord-Cameroun, alors les vidéoclubs font-ils partie du paysage cinématographique au Nord-Cameroun ?

Merci de me donner cette occasion de parler de ce sujet qui me passionne tant, le cinéma au Cameroun et au Nord-Cameroun spécifiquement. L’Afrique en général qui a été frappé par le phénomène presque endémique de la fermeture des salles de cinéma vers la fin des années 1990, a vu naître les vidéoclubs dans ses villes et villages. C’est pour vous dire qu’en fait, les vidéoclubs ne sont pas une particularité du Cameroun. Ils existent dans plusieurs pays africains. Au Cameroun et au Tchad par exemple, on appelle ces lieux de diffusion des films en mode vidéo, vidéoclubs. En Ouganda, on les nomme les « bibandas », alors qu’à Madagascar, on les connaît sur le nom de ciné-gargotes et au Kenya, ce sont les video-dens. Vous constatez donc que les vidéoclubs existent partout en Afrique. Maintenant, pour revenir à votre question, je dois vous dire qu’après la fermeture totale des salles de cinéma traditionnelle, les vidéoclubs ont pris place dans le paysage cinématographique au Nord-Cameroun. Ils ont été installés partout dans les villes et villages et se sont multipliés rapidement, à la faveur de plusieurs facteurs.

Quels sont selon vous, les facteurs qui ont favorisé l’implantation et la multiplication des vidéoclubs au Nord-Cameroun ?

Comme je l’ai dit dans les lignes précédentes, la fermeture des salles de cinéma traditionnelle, est l’un des principaux facteurs qui ont favorisé la création des vidéoclubs. De même, la proximité géographique du Nord-Cameroun avec le Nigéria voisin où se vendent sur tous les trottoirs des rues les cassettes et CD vidéo, a aussi facilité la multiplication des vidéoclubs qui fonctionnent essentiellement avec les Cassettes et CD vidéo contrefaits. Il ne faut pas oublié aussi, que c’est une activité économique du secteur informel qui ne nécessite pas assez de moyens financiers et logistiques. Avec peu de moyens, un petit local, où la cours d’un domicile privés, on peut ouvrir un vidéoclub. Toutes ces facilités ont favorisé l’implantation et la multiplication rapide de ces lieux de diffusion des films à travers la connexion d’un écran et d’un magnétoscope ou d’un lecteur VCD ou DVD.

Aujourd’hui encore les vidéoclubs existent au Cameroun, mais dans la clandestinité. Qu’est-ce qui explique cela ?

L’exploitation cinématographique en vidéoclub est strictement interdite sur toute l’étendue du territoire camerounais depuis le 18 octobre 1995 par décision du Ministre de la culture, tutelle administrative de l’activité cinématographique au Cameroun. En principe depuis que cette décision a été rendu publique, cette activité ne devrait pas existé. Les autorités administratives (gouverneurs, préfets, sous-préfets, et délégués de la culture), les forces de maintien de l’ordre, devraient en principe utiliser tous les moyens dont ils disposent pour faire respecter cette décision ministérielle. Malheureusement ce n’est pas le cas. Au nord-Cameroun, ces vidéoclubs sont devenus les lieux de où se donnent rendez-vous des jeunes délinquants pour y fumer cigarettes et drogues en regardant les films. Ils y entraînent des mineurs qui le plus souvent désertent les salles de classes pour s’y rendre. Voici venue la rentrées scolaire, faites un tour dans les vidéoclubs du petit marché à Ngaoundéré par exemple, vous y trouverez des jeunes en tenue de classe. Même chose dans les vidéoclubs du carrefour dit Soweto à Garoua ou du vidéoclub de Hardé à Maroua pour ne citer que ceux-ci. Etant donné que ce sont des lieux qui ne sont pas contrôlés par l’Etat, les films de tous genres y sont diffusés à un public jeune. D’ailleurs, c’est très récurent de trouver des mineurs là-bas en train de regarder des films pires horreurs, des films pornographiques avec toutes les conséquences que cela peut entraîner sur l’éducation de ces jeunes encore naïfs. Ce qui peut expliquer en partie, l’échec scolaire, la déscolarisation et la délinquance juvénile au Nord-Cameroun.
Pour tout dire, l’Etat à travers ses services déconcentrés et les autorités administratives et policières, doit réglementer cette activité, qui malgré tout, a lieu d’être en tant que lieux de sociabilité et de loisir. Les vidéoclubs et leurs exploitants doivent être recensés afin que tout ce qui s’y déroule soit connu et encadré par l’Etat, avant la réouverture éventuelle des salles de cinéma originelle dont nous souhaitons.

Propos de Abdouramane Ousmanous

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