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Enseignant post-doctorant à l’Université de Mannheim, Allemagne, au sein du groupe de travail «Études des littératures et des médias», il a soutenu, en novembre 2013, une thèse sur la problématique de l’édition au Cameroun en cotutelle entre l’Université de Lorraine (France) et l’Université de Yaoundé I (Cameroun). Dans la foulée, il lance www.editafrica.com et signe des articles dans Mosaïques. Raphael Thierry vient de publier «Le marché du livre africain et ses dynamiques littéraires. Le cas du Cameroun» aux Presses Universitaires de Bordeaux. Notre collaborateur, de passage à Paris, l’a rencontré.

Vous venez de publier Le marché du livre africain et ses dynamiques littéraires. Le cas du Cameroun qui est en réalité votre thèse soutenue en novembre 2013 à Metz. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’édition africaine ?
Je vous remercie pour cette question, de même que pour votre intérêt. En effet, il s’agit de la version «livre» de ma thèse soutenue le 13 novembre 2013. Le temps passe vite ! Il faut dire que c’est aussi une forme d’aboutissement d’un travail amorcé en 2008 au Cameroun, à partir d’un stage que j’ai réalisé sous l’égide de Nadine Monchau, qui était la directrice du Bureau du livre du Centre culturel Français à l’époque. Mais pour répondre à la question de mon intérêt pour l’édition africaine, et plus particulièrement l’édition camerounaise, il y a eu plusieurs étapes, et il me faut déjà revenir à l’année 2006. J’étais étudiant en lettres modernes à l’Université d’Aix en Provence et j’ai alors eu la chance d’intégrer la filière «Le Monde du livre» tout juste créée par Joëlle Gleize et Cécile Vergèz-Sans. En 2006 donc, je découvre que les livres ne sont pas juste des textes à lire, mais qu’il y a aussi derrière de nombreux fils. Ce maillage forme des marchés, influence la destinée d’œuvres, façonne des trajectoires d’écrivains… Cela peut sembler naïf aujourd’hui, mais à l’époque toutes ces choses étaient nouvelles pour moi !

Pourquoi ?
Si vous vous en souvenez, 2006 était aussi l’année de l’évènement «Francofffonies !» en France. On a alors commencé à y parler beaucoup plus de littératures francophones ‘non franciliennes’. Je découvre donc pêle-mêle Ken Saro Wiwa, Alain Mabanckou, Patrick Chamoiseau… L’année suivante, je réalise un stage aux éditions Actes Sud, à Arles. Ce stage se passe sous la direction d’Eva Chanet, éditrice de la collection «Afriques» dirigée par Bernard Magnier. Mon premier «devoir» a été de rédiger une note de lecture d’un livre ‘dans les tuyaux’ et sur le point d’être publié par Actes Sud : Le cœur des enfants léopards, de Wilfried N’Sondé. Une vraie gifle ! Quand j’y repense, on aurait pu me faire lire n’importe quel autre manuscrit et la suite des choses aurait été tout à fait différente ! Je commence donc à m’intéresser de plus en plus à ces auteurs liés, plus ou moins, aux littératures africaines (Le cœur des enfants léopards est avant tout une histoire d’amour qui se passe dans une banlieue française) et à m’interroger sur mon ignorance de ce monde littéraire. C’est là que les choses deviennent vraiment heureuses pour moi : Eva Chanet m’informe de la tenue d’une conférence d’un éditeur camerounais à Marseille, un certain Joseph Fumtim, des éditions Interlignes, et me dit que cela pourrait m’intéresser dans le cadre de mes réflexions. Je ne savais pas que le billet de bus que j’ai pris ce jour-là pour aller à Marseille allait avoir un tel impact dans ma vie !

Que s’est-il donc passé ?
Après les littératures africaines, voilà donc que je découvre un éditeur camerounais. Devant une petite assistance – il y avait Libar M. Fofana si je me souviens bien – Joseph Fumtim nous présente Le principe dissident, un essai de Patrice Nganang. L’auteur avait été dans la sélection du Prix des 5 continents de la Francophonie quelques années auparavant, et sa production camerounaise était alors totalement méconnue du public français. Des échanges que j’aurai ensuite avec Joseph Fumtim, je ne souviens surtout d’une chose qu’il m’a dit : «si tu veux connaitre réellement le livre au Cameroun, tu dois venir au Cameroun». Je l’ai donc pris au mot, ai décroché une bourse de mobilité pour y passer 6 mois ! Et la suite, c’est la lecture du manifeste de la «littérature-monde», le salon du livre de Paris 2007 et un bref – mais pour moi si important – échange avec Christiane Yandé Diop, la directrice de Présence Africaine, qui m’encourage elle aussi à aller voir la réalité sur place. Puis c’est la connexion avec le Centre Culturel Français de Yaoundé grâce à l’intermédiaire d’un auteur d’Actes Sud, Guillaume Le Touze. Deux ans plus tard, Pierre Halen (Université de Lorraine), puis François Guiyoba (ENS Yaoundé) ont accepté d’encadrer ma thèse.

Originellement, vous étiez plutôt parti pour des études de langues et de littérature, subitement, vous vous intéressez aux institutions littéraires et précisément à l’édition. Quelle est la place de l’édition dans la chaine du livre ?
C’est vrai, j’étais plongé dans ces études de lettres modernes, d’histoire de la langue française, etc. A priori, rien ne m’amenait à travailler un jour sur le livre en Afrique ! Disons qu’il y a tout cet enchaînement que je trouve aujourd’hui logique, et puis les encouragements de plusieurs personnes à aller voir un peu plus loin que ce qu’il y a sous ma fenêtre, c’est-à-dire à aller vers ce «monde du livre» dans le sens le plus littéral du terme. Toujours est-il que se poser la question de la place de l’édition dans la chaine du livre revient précisément à interroger le mécanisme de cette chaine, le fait qu’elle n’est pas mécaniquement constituée d’un livre, d’un libraire et d’un lecteur, mais qu’elle agrège mille et un opérateurs, qu’elle contient des relations de force, des tensions… Et au milieu de tout cela, il y a ce chef d’orchestre et médiateur qu’est l’éditeur. L’édition est donc au centre, mais l’éditeur, lui, reste une figure un peu mystérieuse et en retrait. Derrière chaque œuvre et chaque auteur, il y a pourtant un éditeur. Sans lui, il n’y a pas de livres. Je serai même tenté de dire que sans lui, il n’y a pas d’auteurs.

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Vous vous intéressez dans votre livre à des initiatives particulières, alternatives, comme La librairie Mongo Beti, les éditeurs associatifs, les espaces de lecture. Ces structures peuvent-elles s’en sortir sans un véritable politique publique de la lecture et du livre ?
La question de la politique publique de la lecture et du livre est un peu une baleine blanche du marché du livre au Cameroun il me semble. Il y a là deux niveaux de réponse : un marché national du livre ne peut exister de manière durable sans l’appui d’un Etat. Mais de l’autre côté, il faut noter que les déficiences de l’Etat camerounais dans sa politique du livre ont, indirectement, suscité l’essor d’une génération d’éditeurs fonctionnant selon des logiques nouvelles, réinventant sans cesse leurs modèles économiques et intellectuels. Je me souviens avoir eu accès aux actes des Etats généraux de la culture qui se sont tenus en 1991 dans tout le pays. Il y avait de belles choses dans les objectifs de ces rencontres ! Mais les objectifs sont une chose, la volonté et, surtout, les moyens d’agir sont tout autre chose. Et puis, il est parfois facile de pointer l’Etat du doigt comme seul responsable. Quand bien même le Cameroun affirmerait une volonté totale de soutenir son industrie du livre, comme peut le faire la Côte d’Ivoire aujourd’hui, quelle serait sa marge vis à vis des bailleurs qui organisent les appels d’offre des programmes scolaires ? Que peut-il face à Hachette ? A Pearson International ?

Que dire du soutien de la France dans les pays d’Afrique et principalement au Cameroun ?
 Je voudrais aller plus loin encore : la coopération internationale, la France en priorité, a joué un grand rôle dans le développement de la politique du livre au Cameroun : du réseau de lecture publique au projet de salon du livre développé en 2004, jusqu’aux assises des industries culturelles en 2008. Que l’on parle de substitution ou bien de soutien nécessaire, il est clair que la France a joué un rôle de premier plan dans la politique du livre au Cameroun. Il est inconcevable qu’un pays africain puisse organiser la mise en place de la lecture publique en France, alors que cela a pourtant été possible au Cameroun… De même, le plus grand importateur de livre au Cameroun est une filiale d’Hachette. Les garanties-libraires viennent d’organismes français… Ça fait beaucoup ! Tant que les cartes ne seront pas rebattues au niveau macro-culturel, je ne crois pas qu’il faille attendre une évolution totale du secteur public et plus généralement de la politique camerounaise du livre. Mais vous avez bien raison de souligner l’importance de ces «alternatives», à l’image de la Librairie des Peuples Noirs de Mongo Beti, du CRAC de David Ndachi Tagne, des éditions Akoma Mba, des coéditions solidaires, des associations d’éditeurs camerounais, des partenariats numériques, etc. L’évolution est à observer sans cesse dans la diversification constante du livre camerounais. Celle-ci ne se dément pas depuis le milieu des années 90. Il faut s’appuyer là-dessus pour continuer à observer la solidité de l’édition nationale, à défaut d’une politique du livre pérenne.

Les questions de développement, la lutte contre les maladies épidémiques, de lutte contre la pauvreté, la promotion de la femme… préoccupent plus que tout les états africains du sud du Sahara. En quoi l’édition participe-t-elle de cette dynamique ?
Toutes ces questions sont également liées aux politiques d’investissements internationaux. L’aide au développement fait la part belle à ces différents schèmes et c’est bien compréhensible. Je dirais ici qu’il faut alors plutôt regarder l’histoire. Depuis la Charte Culturelle pour l’Afrique de 1976, l’aide au développement prend en compte la culture, et le livre. Les questions de scolarisation et d’alphabétisation sont au cœur de l’aide au développement. Mais le problème viendrait alors plutôt de la répartition de ces investissements : l’aide au livre ne devrait pas être traduite par du don de livres en Afrique, et ne devrait pas non plus profiter à l’édition étrangère en priorité dans le cadre des appels d’offres pour le scolaire. J’ai récemment été effaré de découvrir les chiffres des douanes françaises pour l’export du livre en Afrique. Chaque année, 40 millions d’euros d’ouvrages commerciaux sont exportés de France en Afrique, et plus de 30 autres millions d’euros y sont acheminés hors circuits commerciaux. Cela donne à réfléchir… Et puis il faut questionner le terme même de l’aide : pourquoi aider au développement, si cela signifie au final de décider unilatéralement du seul développement nécessaire ?

Les institutions comme l’Unesco ne peuvent-elles pas jouer un rôle d’arbitrage ?
Le problème est extrêmement complexe, mais je pense aussi que des opérateurs comme l’Unesco ne jouent plus leur rôle de consultation et de prescription auprès des institutions de Bretton Woods. Qui peut me parler de l’influence de l’Unesco sur l’édition en Afrique aujourd’hui ? En 2017, Conakry sera capitale mondiale du livre. Qui seront les éditeurs africains invités là-bas ? Port Harcourt, qui était capitale en 2014, a-t-elle représenté un tournant d’aucune sorte ? L’African Books Collective, le plus grand collectif d’éditeurs africains n’y était même pas représenté ! Ils auraient pourtant dû en être invités d’honneur, et l’édition camerounaise aurait alors été représentée avec Langaa, de Bamenda. Je dirai enfin que ce n’est pas forcément que l’édition ne préoccupe pas les Etats d’Afrique subsaharienne, mais plutôt que les priorités économiques, notamment imposées par les plans d’ajustement successifs, vont à l’édition en dernier. Les questions d’austérité auxquelles l’Europe est confrontée depuis une dizaine d’années, c’est ce qu’ont connu les pays africains à partir de 1979 et l’instauration des PAS au Sénégal et en Ethiopie. Si je me souviens bien, le PAS a été mis en place au Cameroun en 1988. La dévaluation du FCFA est ensuite passée par là, le pouvoir d’achat s’est effondré… les Etats généraux de la culture semblent, avec le recul, quelque peu dérisoires, au milieu de cette période.

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Depuis quelques temps, vous enseignez en Allemagne, précisément à l’Université de Mannheim, quelle présence des littératures d’Afrique en Allemagne ?
Cela peut sembler de prime abord surprenant, mais je vous assure que ce n’est finalement pas si étrange que j’ai trouvé un laboratoire où développer mes thématiques, en Allemagne ! Déjà et pour commencer, il suffit d’observer la présence et les activités du Goethe Institut à Yaoundé. Ensuite, je travaille aujourd’hui à Mannheim dans un centre de «Romanistik», et plus précisément dans un groupe de travail qui s’intéresse aux processus de l’auctorialité («Autorschaft»). Comment se négocie la figure de l’auteur à l’intérieur de son œuvre, dans ses relations avec le milieu littéraire et médiatique, à travers sa réception publique ? Voici les questions qui sont discutées ici. A l’intérieur de ce groupe de travail, il n’est pas surprenant de trouver un projet, initié par ma responsable Cornelia Ruhe et ma collègue Sarah Burnautzki, qui est consacré à la construction des corpus littéraires africains, particulièrement dans l’édition française des années 50-60. C’est intéressant pour moi d’intégrer mes recherches sur l’édition africaine à ce niveau, car si l’on y regarde bien, c’est à cette période que s’opère une partition de l’édition de littératures africaines. A partir de la fin des années 50, il y a les auteurs qui publient en Afrique et ceux qui choisissent l’expatriation littéraire.

Le Cameroun a été au cœur de ce phénomène…
Tout à fait, d’un côté les Mongo Beti et autres Sankie Maimo, de l’autre les René Philombe, l’Association des Poètes et Écrivains Camerounais, la revue Abbia, les éditions Clé, etc. Il est important de ne pas séparer l’édition africaine de l’étude des littératures africaines. Depuis les années 50 – mais on pourrait même remonter plus loin – les corpus littéraires africains, qu’ils soient produits en ou hors d’Afrique, sont au cœur de relations internationales, culturelles, mais aussi économiques et politiques. Dans ce sens, il n’y a donc pas seulement des dynamiques au Nord, des échanges Sud-Nord, mais également des relations nationales, transversales, multilatérales. L’édition de littératures africaines, produite en Afrique et hors d’Afrique est aussi le reflet de l’évolution de la géopolitique globale. Bien avant la world literature, les littératures africaines circulaient dans le monde. N’oublions pas que Jean-Louis Njemba Medou a été primé au Royaume-Uni pour son Nnanga Kon imprimé à Ebolowa, en 1931 ! Pour revenir à l’Allemagne, il faut se souvenir qu’un des premiers écrivains camerounais référencés, Joseph Ekollo, a publié en 1906 un récit en duala de son voyage en Allemagne en 1896. Le texte est intitulé Son a Mia?go ma Mbe??ge? et sera traduit en allemand deux années plus tard sous le titre Wie ein Schwarzer das Land der Weißen ansieht («Comment un noir voit le pays des blancs»). Ces textes qui sont aujourd’hui oubliés, témoignent d’une histoire littéraire camerounaise bien plus complexe que le simple schéma de l’avant et de l’après colonial. Il en va de même pour Njoya, qui invente un alphabet Shümom et développe un système d’imprimerie au pays bamoun en pleine colonisation allemande, puis française. On a parfois trop tendance à «patrimonialiser» le passé littéraire. Il me semble plus intéressant de chercher à relier des éléments de continuité pour mieux saisir les subtilités de son évolution. Les ruptures elles-mêmes ne tombent pas du ciel, elles sont le fruit d’une maturation sociale. Le centre de Romanistik de Mannheim accorde une grande place à ces dimensions sociologiques de l’analyse du texte. Quant à l’enseignement, l’enjeu est pour moi de proposer aux étudiants un aperçu du spectre de la production éditoriale et littéraire africaine. Il s’agit aussi bien d’étudier ensemble l’histoire des littératures africaines que d’intégrer l’histoire du livre africain dans l’histoire du livre «tout court». C’est un travail collectif que nous menons, en nous entretenant notamment avec des éditeurs du continent. La technologie permet aujourd’hui de tels échanges, il faut profiter de cette chance ! L’enseignement se construit donc ensemble et j’ai parfois l’impression que les cours se développent d’eux-mêmes, à partir de l’intérêt des étudiants et des échanges avec les éditeurs.

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A côté du travail de terrain, vous avez écumé une importante bibliographie dont un travail de René Philombe, que vous tenez en respect. Quelle appréciation faites-vous du «Livre Camerounais et ses auteurs», 31 ans après?
Le livre camerounais et ses auteurs de René Philombe est une des œuvres les plus sous-estimées de la production universitaire camerounaise. Peut-être parce que Philombe n’était lui-même pas universitaire, mais peut-être aussi parce que l’ouvrage a été publié à compte d’auteur en 1984, de manière assez artisanale, aux éditions «Semences Africaines». J’ai appris qu’il y avait un projet de réédition de cette œuvre chez un éditeur camerounais. Je ne peux que m’en réjouir et espérer une publication prochaine. Il s’agit selon moi du plus riche et singulier travail consacré à l’histoire des littératures camerounaises. Il serait temps que Philombe prenne place dans les bibliographies au même niveau que Richard Bjornson, Albert Gerard ou Claire Dehon, tous chercheurs étrangers dont les travaux sont cités partout et par tous. Il y a quelque chose d’infiniment triste dans la faible connaissance de l’immense travail mené par René Philombe au Cameroun. Mais j’ai tendance à croire que l’histoire lui rendra justice, tôt ou tard. Les recherches littéraires menées par des chercheurs comme Marie-Rose Abomo Maurin, Marcelin Vounda Etoa, Pierre Fandio, François Guiyoba ou Robert Fotsing Mangoua s’inscrivent à mon sens dans la continuité de Philombe : elles participent à mieux faire connaitre l’immense spectre de la production littéraire camerounaise. C’est également le cas de Mosaïques, qui est d’une certaine manière l’héritier de Patrimoine, et plus avant du Cameroun littéraire, Hiototi, Abbia. Cette continuité est à mon avis la meilleure garantie de maintenir un fil rouge dans l’histoire littéraire du Cameroun.

La question du don de livres fait partie également des préoccupations du chercheur que vous êtes. Quelles réflexions faites-vous entre le don et le marché du livre en Afrique subsaharienne ?
Ceci nous ramène aux questions de l’ajustement culturel. Il est communément admis que les années 80 représentent une période de crise du livre en Afrique. Il s’agit d’une des conséquences d’une crise économique qui se généralise à cette période sur le continent. Mais c’est aussi l’époque où les chiffres de l’édition internationale explosent et on a peu tendance à faire le parallèle entre les deux phénomènes. La globalisation du livre qui démarre à cette période provoque tout simplement des problèmes de stocks au Nord. On ne sait plus quoi faire des invendus, et les bibliothèques sont saturées. Des réflexions sont alors menées, en particulier en France, pour gérer ces livres dont on ne sait pas quoi faire. Le don s’est alors imposé de lui-même, si j’ose dire. Alors que des famines alimentaires ravagent la corne de l’Afrique, se développe le désagréable concept de «famine du livre en Afrique». Les ONG, américaines en tête, vont à partir de cette période envoyer de plus en plus d’ouvrages en Afrique. Je vous renvoie à ce sujet au travail d’Hans Zell, éditeur et chercheur écossais, qui rend certainement le mieux compte de ce phénomène et de ses dérives. Toujours est-il qu’en plein cœur de cette période, l’African Books Collective (ABC) est fondé à Oxford par des éditeurs africains anglophones. Ces derniers prennent le contre-pied total du don de livre : il s’agit pour eux d’organiser une diffusion et une distribution de l’édition africaine au Nord, pour combattre «la famine du livre africain au Nord». C’est non seulement génial, mais efficace : après 25 ans de travail, ABC rassemble aujourd’hui quelques 150 éditeurs du continent et diffuse leurs ouvrages par voie physique et numérique. Ils comblent, d’une certaine manière, le vide laissé par le Centre d’Edition et de Publication du Livre Africain (CREPLA) de Yaoundé, qui facilitait la commercialisation et la valorisation des ouvrages africains dans le monde entier, à la fin des années 70. Je pense qu’ABC a aussi ouvert la voie à d’autres opérateurs, comme l’African Publishers Network, l’Alliance Internationale des Editeurs Indépendants, l’Oiseau Indigo, jusqu’à l’Agence littéraire Pierre Astier & Laure Pécher. La continuité, toujours !

A quand la présentation de votre livre au Cameroun ?
Je voudrais vous dire «demain» ! Mais à défaut de pouvoir vous donner une date précise, je vous répondrai «le plus tôt possible», et de préférence d’ici à 2017. Ce délai devrait me laisser le temps de préparer d’autres projets en relation avec l’édition camerounaise. Je me dois toutefois de venir présenter cet ouvrage au Cameroun, c’est une manière de boucler la boucle et de rendre en partie ce que l’on m’a donné sur place. Trop de chercheurs européens font «leur marché» en Afrique, et disparaissent après avoir réalisé ce détestable concept du «terrain de recherche». Il faut que la communauté scientifique prenne plus au sérieux l’importance de la restitution du travail universitaire. C’est une simple question de respect.

Propos recueillis par Kamdem Souop
Source: mosaiquesafrica.com

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Journaliste, Communicateur, Promoteur culturel et Coordonnateur du Groupe FAD'ART. Il a travaillé avec plusieurs médias (radio, presse écrite, télévision, journal en ligne) dans le Septentrion du Cameroun. Il est aussi membre de la Société Civile Camerounaise, Consultant en communication sociale et développement de projet.

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