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Le taux de scolarisation au Cameroun a augmenté significativement ces dernières années.

En 2011, il s’élève à 94 % en primaire et à 47 % dans le secondaire. Cependant, malgré cette évolution, le taux d’employabilité reste très faible, particulièrement chez les jeunes. Cet important décalage entre taux d’employabilité et taux de scolarisation est essentiellement lié au manque d’efficacité de la formation scolaire au Cameroun. Car si la population est formée, encore faut-il qu’elle le soit correctement. Les formations n’offrent pas les outils nécessaires à l’entreprenariat ou à la recherche d’emploi. Par ailleurs, le système d’éducation repose largement sur des contenus importés, notamment les manuels scolaires, souvent déconnectés des réalités quotidiennes des Africains. En outre, le manque d’infrastructures efficientes vient par ailleurs entraver la création d’emplois et la lisibilité du marché du travail. Le faible accès à l’électricité – donc à internet – ralentit la fluidité du travail. Il ne suffit donc pas de former plus de gens au numérique, il faut avant tout créer le marché du numérique.

Témoignage sur la commune de Pitoa, Cameroun

Afin de mieux expliquer les enjeux auxquels le Cameroun fait face en terme de taux d’employabilité des jeunes, Ousmanou Aman Sa’aly, maire de la ville de Pitoa dans la région du Nord, a partagé son expérience. Dans sa commune de 100 000 habitants, principalement composée d’agriculteurs et de petits commerçants, la jeunesse connaît d’énormes difficultés d’insertion, faute d’accompagnement adapté. Ainsi, un groupe de jeunes de la ville avait démarré une activité lucrative avec la culture des oignons. Mais ils n’ont pas été en mesure de faire évoluer cette activité en une structure pérenne. D’après lui, ces difficultés s’expliquent par un manque d’accompagnement et de formation à l’inscription des projets dans des dynamiques durables.

Sans accompagnement professionnel et structuré, les initiatives des jeunes ont du mal à décoller et à s’installer dans la durée.”

Des initiatives locales et internationales pour contrer le problème

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Ce problème n’est pas limité à la commune de Pitoa ; il est national, voire continental. Pour y remédier, plusieurs initiatives sont mises en place par les gouvernements, les administrations locales et des associations internationales, afin de répondre au problème du chômage chez les jeunes en Afrique. Johanna Niedziakowski et son association « Simplon co » tentent d’apporter une réponse en formant la jeunesse à des métiers d’avenir, notamment en termes de techniques du numérique. Objectifs : insertion professionnelle et réduction des inégalités. L’assoc   iation mise sur la programmation informatique et ledéveloppement de sites internet, piliers de l‘économie de demain. Ainsi, la Côte d’Ivoire devrait voir s’ouvrir, d’ici à 2020, 120 000 postes de développeurs web. Le pays ne disposant pas aujourd’hui de la main d’œuvre qualifiée pour pouvoir ces postes, l’Association Simplon propose des formations adaptées gratuites, reposant sur des exercices pratiques afin de permettre aux jeunes d’acquérir des compétences et de répondre à cette demande. La formule proposée par Simplon fonctionne : 80 % des personnes intégrées dans le programme de l’association ont aujourd’hui trouvé un emploi, un stage ou monté leur propre entreprise.

Il est indispensable de guider les jeunes vers une formation qualifiée et adaptée qui leur permet d’accéder à un emploi durable.”

Une autre solution est proposée par Guillaume Aghroum et son ONG UniRef qui s’occupe de l’éducation des populations réfugiées, nombreuses sur le continent. Au Cameroun par exemple, les populations réfugiées, présentes notamment dans la partie septentrionale du pays, dont la moyenne d’âge est 17 ans, ne se voient offrir aujourd’hui aucune perspective d’avenir ni opportunité d’insertion professionnelle.

L’ONG UniRef propose des formations professionnalisantes dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Elles sont dédiées aux populations réfugiées et alentours (60 % aux réfugiés et 40 % aux populations alentour). Ces formations sont proposées par différents établissements, notamment le Centre national d’enseignement à distance (CNED, France) ou l’université de Ngozi (Burundi). Elles sont à la fois théoriques et pratiques, pour permettre aux jeunes d’acquérir les compétences techniques nécessaires. Un effort de coopération avec les administrations locales accompagne les projets, toutes les formations étant approuvées par les gouvernements locaux.

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De leur côté, les administrations locales lancent, elles aussi, des initiatives en ce sens. Ibrahima Barkindo, maire de la commune de Garoua, une agglomération de 250 000 habitants dont une majorité de jeunes, a mis en place en 2015 un projet d’autonomisation des femmes. Ainsi, 80 associations, regroupant chacune 30 femmes, fonctionnent sur le modèle de la tontine, s’octroyant à tour de rôle des crédits, afin de monter leur propre affaire. Cette pratique pourrait également être envisagée pour la jeunesse : regrouper les organisations existantes par secteur et organiser leur coopération. La solidarité s’affirme comme une composante essentielle de l’intégration des jeunes au monde du travail. Il est indispensable de guider les jeunes vers une formation qualifiée et adaptée qui leur permet d’accéder à un emploi durable ».

Nous devons valoriser les projets coopératifs en Afrique.”

by lelab.info

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