Home Dossier Opinions Voici comment la sorcellerie est entrée a l’Élysée, siège de la présidence de la république française

Voici comment la sorcellerie est entrée a l’Élysée, siège de la présidence de la république française

0
Voici comment la sorcellerie est entrée a l’Élysée, siège de la présidence de la république française

Au Cameroun, la sorcellerie est avant tout quelque chose qui dépasse notre entendement. On a beau tenter tout raisonnement logique, on ne parvient pas à trouver d’explication plausible sur les faits que l’on veut analyser.
En général, le dictionnaire nous définit la sorcellerie comme étant une pratique extraordinaire relevant de l’incompréhensible.

L’histoire que je vais vous raconter semble sortir tout droit d’un livre d’ésotérisme de la campagne britannique du Moyen-Âge avec des châteaux hantés, d’où sortent des cris venus de l’Au-delà que seuls les avertis entendent. Pourtant, cette histoire se situe bien au XXème siècle, pas dans la campagne britannique, mais au cœur de la présidence de la république française. C’est à l’Élysée.

Nous sommes en 1975. En plein milieu de ce qu’on a appelé le « choc pétrolier ». Le prix du baril de pétrole est passé en deux ans de 5 à 43 dollars américains pour le pétrole algérien. Il ne faut plus que de la sorcellerie pour faire baisser ce prix. Pour réussir la magie, nous avons besoin de 3 personnages : le magicien, le complice rabatteur et la victime. Commençons par le dernier. Dans le rôle de la victime, nous avons ni plus ni moins que le chef d’État français, chef des Armées et de la magistrature suprême. Dans le rôle du sorcier, un Italien, réparateur de radios et de vieilles télévisions, Aldo Bonassoli et dans le rôle du rabatteur, du complice, un comte belge. Et le tour est joué.

Oui, je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous demander si je n’ai pas bu un verre de trop ce matin et que je suis en train de raconter n’importe quoi. Vous avez tort. L’histoire est elle-même si incroyable que mêmes les historiens français préfèrent la cacher, parce qu’ils ne savent pas par où commencer pour la raconter, encore moins comment convaincre ceux qui la liront qu’ils n’ont pas perdu la tête. Résultat : ne comptez par sur Radio France Internationale pour vous en parler, encore moins sur France 24, ces chaines qui ne sont là que pour nous bercer avec la grandeur de la France.

Alors installez-vous bien dans votre fauteuil car je vais vous raconter ce qu’ils cachent depuis bientôt 40 ans et qu’ils n’ont pas le courage de vous raconter. Mais pour qu’ils ne m’accusent pas de mensonge, je vais aller piocher dans un documentaire diffusé à la télévision française.

Le 28 mars 2012, un documentaire à ce sujet est diffusé sur la télévision publique française France 3, écrit et tourné par deux journalistes : Jean-Charles Deniau et Jean Guisnel et réalisé par Jean-Charles Deniau. Le titre est à lui seul tout un programme : L’extravagante affaire des avions renifleurs

Voici comment commence le documentaire :

1974. Nous sommes au lendemain du premier choc pétrolier. “La France n’a pas de pétrole maiselle a des idées ! “. Cela tombe à pic. En 1975 un “inventeur” belge, le Comte Alain de Villegas, et un autodidacte italien Aldo Bonassoli, prétendent avoir mis au point un appareil permettant de “voir” jusqu’à des milliers de mètres sous terre et ainsi détecter, gaz, pétrole et certains minerais rares, ce sont les “procédés Delta et Oméga”. Ils insistent sur l’importance stratégique de “l’invention” et exigent le plus grand secret. L’opération sera baptisée “PROJET X “. Le 2 juin 1976, Antoine Pinay et Pierre Guillaumat, le patron d’Elf, sont reçus par le Président Valéry Giscard d’Estaing auquel ils font part de cette opportunité à saisir. Elf est à l’époque une entreprise publique. Les promesses d’un tel appareil sont intéressantes car une détection aérienne des gisements de pétrole réduirait considérablement les frais engagés pour la prospection. Le premier contrat s’élèvera à 400 millions de francs de l’époque, un deuxième contrat en 1977, puis un troisième de 600 millions de francs en 1978. Afin de valider le procédé, des expériences ont lieu avec un avion équipé du détecteur au-dessus de sites déjà connus des ingénieurs d’Elf. Le Président Giscard d’Estaing est lui-même convié à une démonstration embarquée le 5 avril 1979. L’appareil détecte tous les gisements, mais l’enquête révèlera plus tard que des sources internes à l’entreprise avaient fourni aux inventeurs les données nécessaires à la géo-localisation des gisements… Au total, 1 milliard de francs seront engagés. Il faut attendre février 1979 pour que le ministre de l’industrie, André Giraud, désigne Jules Horowitz, scientifique de grande renommée, qui dévoile l’arnaque. Le 23 juillet 1979 sonne le glas de l’aventure et la rupture officielle des contrats.

L’histoire démarre donc en 1974. Nous sommes en pleine crise du pétrole. L’acteur principal de notre film s’appelle Aldo Bonassoli. Il est un pur analphabète, paysan italien qui a du mal à joindre les deux bouts. Pour rompre avec la monotonie du travail de la terre peu rentable, il répare les vieux postes de radios et de télévisions. Mais les premières télévisions étant trop solides, elles ne tombaient pas trop vite en panne, encore moins les radios, tout au moins pas autant qu’aurait souhaité notre personnage pour vivre décemment. Il veut changer de vie, mais ne voit pas trop comment.

Il devient plus attentif à tout. Il écoute la radio qu’il répare et l’information revenant sans arrêt est le prix du pétrole qui monte, monte, monte vertigineusement. En même temps, il regarde la télévision en couleur qui en est à ses débuts en Italie, avec des images instables, victimes de soubresauts incessants.

Á notre paysan vient une brillante idée : comment gagner gros sans faire aucun effort ? En arnaquant ni plus, ni moins un chef d’Etat. Il est plus naturel de penser que notre paysan a d’abord imaginé d’avoir pour cible les dirigeants italiens, mais il a vite déchanté parce qu’on ne roule pas facilement un Napolitain ou un Sicilien dans la farine. Et les différents gouvernements qui se sont succédé en Italie depuis la chute du dictateur Mussolini viennent surtout de la région de Naples et de la Sicile. Voilà pourquoi Bonassoli va chercher qui, selon lui, pourrait être le plus crédule. Et son choix s’est porté sur la France. À la présidence de la République se trouve un certain Valéry Giscard D’Estaing. Mieux que l’Italie, la France possède de nombreux territoires ultramarins restés colonies appelés sous un nom tout aussi flatteur que trompeur de DOM-TOM, Départements et Territoires d’Outre-Mer (ou DOM-COM, Départements et Collectivités d’Outre-Mer). Mais en plus il y a toutes les anciennes colonies où de fait la France continue à commander en maître. Il y a l’Afrique.

Oui l’Afrique. Il y a des pays qui sont officiellement indépendants mais pas sur le plan pratique.
Notre personnage aura certainement eu en main une copie des accords secrets de défense quipermettent à la France de fait de contrôler tout le sous-sol de ces pays. Á un certain chapitre, il est écrit que la France est de facto propriétaire des hydrocarbures solides et gazeux pouvant être découverts dans le sous-sol de ces pays. Il s’agit bien d’un braquage que la France opère sur les ressources énergétiques de ses anciennes colonies et pays sous tutelle comme le Cameroun. Et c’est bien ce double langage qui va mettre Bonassoli sur la piste de l’architecture de son arnaque au président de la France.

Le plan de Bonassoli est simple : il prétend avoir mis au point un instrument qu’il va lui-même baptiser « scanner tout-terrain à pétrole », un appareil supposé détecter depuis un avion en vol, du pétrole dans le sous-sol des espaces survolés, et bien sûr sans éveiller de soupçons de la part de ceux qui y habitent ou des autorités du pays concerné. C’est l’instrument du crime parfait. Aldo explique que son scanner, composé d’une vieille télé et d’une antenne spéciale ferait apparaître un point de couleur verte sur l’écran chaque fois qu’on survolerait un territoire possédant du pétrole en son sous-sol.

Comment parvenir à contrôler toute l’Afrique francophone non plus à l’aveuglette, mais à partir d’enclos pétroliers desquels des rébellions éclairs surgiraient pour faire plier les militaires locaux mal équipés qui demanderaient aussitôt de se rattacher à la France ? Un scénario à la Crimée avec la Russie, avant l’heure, 40 ans plus tôt et pour des raisons moins nobles qu’en Crimée. Aussitôt dit, aussitôt fait ? Mais non. Pas du tout. Il restait un petit détail très important à régler pour que l’invention de l’Italien soit opérationnelle.

Et il s’agissait de répondre à la plus difficile des questions : Comment un analphabète de la zone rurale du Latium, non loin de Rome, peut-il sonner à la porte de l’Élysée et rencontrer le président pour lui proposer un scanner bidon tout en restant crédible ? Pour cela, il a besoin d’un complice, un aristocrate — un insoupçonnable comte belge baptisé : Alain de Villegas.

Ce dernier n’a aucune difficulté à rencontrer l’entourage de Valery Giscard D’Estaing à qui il dit détenir une affaire très importante stratégiquement, classée secret défense. Et comme l’exige la loi, toute affaire identifiée comme tel doit se traiter directement au sommet de la pyramide, c’est-à-dire dans le cabinet-même du Chef de l’État. C’est ainsi que tout facilement, notre complice va franchir les portes de l’Élysée. Et c’est ici que débute notre sorcellerie. Parce que dans une situation normale, il existe plusieurs niveaux hiérarchiques de filtres, de vérification des informations. Mais pour une raison qui reste encore en ce début 2015 complètement inconnue, rien n’a été fait pour décrypter l’arnaque au chef de l’État, roulé dans la farine comme un vulgaire gibier, en même temps que les services secrets français qu’ils soient civils ou militaires ainsi que l’ensemble de la cellule de l’État-major français.

Lorsque le paysan Aldo lui-même l’explique aux experts français de la défense d’abord et aux experts du pétrole (ELF) ensuite, l’affaire est vraiment très sérieuse. Non seulement elle est tellement juteuse, mais en plus elle est le tournant que la France attendait depuis la Révolution Française pour être en haut de l’affiche des Nations stratégiques. C’est ainsi que la plus grande entreprise française est immédiatement impliquée. Elle s’appelle ELF et son PDG, un certain Pierre Guillaumat qui va se laisser convaincre très facilement. Sa spécialité est le pétrole : exploration, extraction, transport, raffinage et distribution. Tous les ingénieurs d’ELF sont immédiatement mis dans l’affaire du siècle. Eux aussi vont tomber dans le panneau d’un paysan analphabète. Et vont certifier qu’il s’agit de l’affaire du siècle qui changera la vie de la France. Imaginez la France avec en Afrique de nouveaux territoires ultramarins qui ne seront rien d’autre que des stocks de pétrole à disposition de la France pour au moins 200 ans. Finis les problèmes de la dette publique française, des déficits budgétaires, de la retraite à 61, puis 62 puis 67 ans, de la pauvreté, des routes en mauvaises état, des hôpitaux qui croulent sous les dettes, de la police sans moyens adéquats, finis les plus gros problèmes de la France.

Les pays d’Afrique francophone ne vont pas subir le même sort. En Afrique du Nord, notamment au Maroc, c’est bras-dessus, bras-dessous que le PDG d’ELF Pierre Guillaumat célèbre la bonne nouvelle avec le roi du Maroc. En 1978 les fameux avions « renifleurs » vont découvrir que le sous-sol du Maroc est noyé dans du pétrole. C’est l’euphorie générale. Le roi Hassan II va utiliser une formule restée célèbre (Helmou Maâya), demandant joyeusement à ses sujets marocains de rêver avec lui. La feymania (l’escroquerie) du paysan italien a touché tout le royaume marocain.

En Afrique subsaharienne, la France se fait plus discrète. Des pays entiers en Afrique centrale sont testés sans en informer les dirigeants au pouvoir : le Gabon, le Congo et le Cameroun. Des avions munis du fameux « scanner tout-terrain à pétrole » de l’inventeur italien vont survoler nuits et jours différents endroits de ces territoires avec des résultats très encourageants. Comme au Maroc, le scanner dit que le Gabon est le plus plein de pétrole. Ce qui va pousser ELF à se concentrer d’avantage sur ce grand pays d’à peine 500 000 habitants à l’époque.

Le choix tombe donc tout naturellement sur le Gabon pour passer à la phase pratique. Il faut donc aller creuser là où les scanners du charlatan italien ont indiqué comme étant plein de pétrole. Mais au fond, pourquoi l’escroc italien avec son complice belge ont-ils fait le choix du Gabon ? Et pourquoi pour les autorités françaises ce choix était-il le plus alléchant en cas de découverte de ce pétrole gigantesque ? Parce que ce pays est vaste (267 667 km2) et peu peuplé. Et il serait donc plus facile pour la France d’organiser un référendum afin que le peuple se prononce pour renoncer à son indépendance pour désormais faire partie intégrante de la France. Aussitôt dit, aussitôt fait. Des moyens colossaux sont déployés. Des engins extraordinaires sont envoyés sur place, à l’endroit signalé par le scanner d’Aldo. Il s’agit malheureusement d’une roche. Qu’importe, on va dépenser une folie pour creuser la roche à des milliers de mètres de profondeur. Mais aucun résultat. Et puis on creuse et toujours rien. On va creuser des kilomètres de profondeur, toujours pas de résultat.

Aux Gabonais on explique qu’on fait des recherches sur les babouins en voie de disparition dans la forêt. Les premières associations gabonaises de la sauvegarde de la forêt, bien entendu, financées par la France, vont voir le jour et évidemment sont contentes de cette frénésie dans la forêt pour sauver les babouins. On change de point et en suivant les nouvelles indications d’Aldo, on creuse un peu partout dans la forêt, toujours rien. Le plus ridicule de l’affaire est que souvent l’appareil du charlatan italien indiquait même une zone rocheuse, comme dans ce cas au Gabon, et on dépensait une fortune pour aller creuser cette roche et bien qu’on ne trouvait rien, à personne dans toute la France ne venait le moindre doute que peut-être cet appareil était un faux.

Á personne ne vient la curiosité de regarder derrière cette sorte de télévision, pour constater que les câbles n’étaient connectées à rien, et que ses antennes n’étaient reliées à rien. Tous étaient trop contents et aveuglés par la très grande émotion de voir la France revenir en Afrique mais pas dansn’importe quelle Afrique, dans l’Afrique des immenses gisements de pétrole. Tous, services secrets, Elysée, ELF, Ministère de la Défense, Ministère des Affaires Étrangères. Personne parmi ce beau petit monde n’a eu le moindre soupçon qu’il s’agissait d’une vraie Feymania (arnaque).

Des mois passent, toujours rien. Aucune trace de pétrole. Le sorcier italien continue de rassurer tout le monde en affirmant que le pétrole est pourtant bien là sous le sol de là où son scanner l’a indiqué. Il faudra 2 ans d’importants moyens financiers et humains insufflés dans cette affaire bidon pour que les super-experts de la France commencent à douter de l’efficacité du scanner.

En 1977, Alain Chalandon, député du Nord et des Hauts-de-Seine qui a été 3 fois ministre (Justice, Industrie et Equipement et Habitat) dans les gouvernements de Pompidou et de Chirac est nommé comme PDG de l’Entreprise de Recherches et d’Activités Pétrolières (ERAP) de 1977 à 1983, et de sa filiale d’exploration et d’extraction pétrolière la société publique ELF Aquitaine. C’est lui qui va mettre fin à l’humiliation du Président de la République et tout ce qui va avec. Il envoie un géologue en savoir plus, un certain Claude Royer. Voici ce que déclare ce dernier dans le documentaire co-écrit par Madeleine Sultan et Jean-Charles Deniau et diffusé le 26 mars 2012 à 23 h sur la chaine de télévision publique France 3, dédié à cette grosse arnaque à la tête de l’État français :

C’était le magicien qui faisait apparaître des images à des gens qui avaient tellement envie de les voir. Ça lui faisait plaisir de faire plaisir à tellement de gens, surtout des gens si importants.

Et après les recherches de la nouvelle équipe d’enquêteurs d’ELF, ces derniers découvriront que le scanner en question était tout bonnement une ribambelle de dessins que Aldo avait réalisés et qui de façon aléatoire s’affichait ou non à l’écran aussitôt qu’il actionnait un bouton caché.

Comment avons-nous su du scandale des avions renifleurs ?

« Les avions renifleurs commandés par l’État n’étaient qu’une escroquerie ! » Pour la première fois, voilà ce qu’on pouvait lire à la une du journal satirique français « Le Canard Enchainé » du 23 décembre 1983.

On peut ainsi y lire que sous la présidence de Valéry Giscard D’Estaing, le président de la Cour des Comptes s’est empressé à détruire l’original du rapport qui mettait à nue toute l’escroquerie.

On sait même combien cela a coûté à l’Etat français cette arnaque : Ainsi, une première enveloppe de 400 millions de francs avait été versée à Aldo et selon le contrat, puis un deuxième versement et un troisième en 1978. On a même eu recours à une rallonge budgétaire de 600 millions de francs. Soit plus de 1 milliards de francs, c’est-à-dire, environ 153.900.000 d’Euros (soit 100 milliards deFrancs CFA)

Le Maroc est plutôt dur d’oreille

Le Maroc a-t’il retenu la leçon ? Malheureusement non. A la mort du roi Hassan II en 1999, son fils lui succède sous le nom de Mohamed V. Dès 2000, un sulfureux Américain du Texas du nom de Michael H. Gustin. Il va convaincre les autorités marocaines d’avoir avec un avion semblable à celui de Aldo, trouvé le pétrole dans le désert marocain à la frontière avec l’Algérie. En secret, la loi sur l’exploration des hydrocarbures est modifiée pour déposséder l’Etat marocain des royalties possible, et ce, au profit des entreprises marocaines toutes appartenant aux membres de la familleroyale et partenaires du Texan.

Le 20 août 2000, lors du discours pour l’anniversaire de la «Révolution du roi et du peuple» annonce la découverte de très importants gisements pétrolifères au Maroc.

Dans un article publié dans le journal Le Monde du 24 décembre 2010, intitulé : « Les dessous de l’affaire Talsint », Ali Amar communique même les chiffres avancés par le roi : 16 milliards de barils de pétrole espérés à Talsint. 5 permis d’exploration sur 37 000km2 sont octroyés à la Lone Star du Texan et de ses partenaires marocains. Une entreprise croate est recrutée pour percer le premier puits, dénommé SBK-1 (Sidi Belcacem). Qui creuse depuis des mois sans rien trouver et a des problèmes financiers car le Texan lui-même n’a pas d’argent pour le payer.
On découvrira seulement plus tard qu’il ne s’agissait que d’une copie grandeur nature de l’arnaque de Aldo Boassoli.

Mais comment Gustin a-t-il pu à ce point berner le Roi du Maroc ?

C’est Ali Amar qui va nous répondre dans le même article. Voici ce qu’il écrit :
Gustin explique sans ciller à coups de déclarations à la presse que sa société est dépositaire pour le Maroc d’une technologie révolutionnaire sensée réduire considérablement la marge de risque dans le choix des sites de forage, une technologie concédée par GeoScience, une obscure firme basée aussi au Texas et dont on saura plus tard qu’il en est aussi… actionnaire. Ce procédé baptisé SRM utilise un rayonnement électromagnétique émis par des avions de reconnaissance qui permettrait d’identifier des bassins sédimentaires potentiellement exploitables. Ces données, croisées avec des études plus classiques (des cartes de l’ONAREP en l’occurrence) auraient ainsi permis de se focaliser sur Talsint…Octobre 1999, Medi Holding présente au souverain à Marrakech le fruit des trouvailles collectées par les «avions renifleurs» de Gustin. En juillet, les choses s’emballent, une seconde audience est même accordée par Mohammed VI dans son palais de Tanger, mais la petite Lone Star au capital ridicule ne fait plus le poids.

Comment tout cela va-il se terminer ?

Le Maroc portera plainte contre l’Américain dans un tribunal texan pour escroquerie et demandera 13,6 milliards de dollars de dommages et intérêts, mais il sera débouté pour manque de preuves et condamné même à payer les frais du procès.

Et c’est ainsi que le Maroc, le seul pays africain non membre de l’Union Africaine, le seul pays africain à avoir demandé son adhésion à l’Union Européenne, et qui malgré tout cela joue ses compétitions FIFA avec l’Afrique au point d’annuler la CAN2015 pour un fantomatique défaut d’Ebola se fait rouler dans la farine tous les jours par ses amis qu’il veut rejoindre dans le club des civilisés.

Et la France a-t-elle tiré des leçons de l’arnaque des avions renifleurs ?

A en croire les dernières nouvelles dans le monde des hydrocarbures, non.

Nous sommes le 6 mars 2014. ELF AQUITAINE n’existe plus. Elle a été absorbée par Total qui signe un accord avec le Centre Français de Recherche Aéronautique, Spatial et de Défense (ONERA). Voici ce que déclare son président par intérim, Thierry Michal, comme pour se justifier,dans le quotidien français Le Figaro du 12 mars 2014 :

On peut penser que le traumatisme de cette ancienne affaire des avions renifleurs est toujours présent, mais la nature de ce contrat n’est en rien comparable.

Cette fois-ci, l’Onera fait plus fort qu’Aldo. La sorcellerie va augmenter de degré. Il ne veut plus se contenter de l’avion, mais directement embarquer ses scanners dans les satellites. Et dans ce cas, il faudrait un panel plus grand de financiers. Voici ce que déclare Michal dans le même article à Le Figaro :

Nous pourrions décider de les embarquer à bord d’un satellite. Mais le coût d’un tel démonstrateur satellitaire sera évidemment bien supérieur. Nous ne le ferions pas seuls.

Quelles leçons pour l’Afrique ?

On croit par erreur que les pays les plus brillants sont ceux où triomphe l’intelligence au sommet des institutions. La colossale erreur de jugement du président américain Georges Bush Junior pour envahir l’Irak en 2003, la mastodonte erreur de jugement des présidents américain Obama, britannique Cameron et français Sarkozy dans l’intervention militaire en Libye est là pour nous prouver que les pays qui s’agitent le plus sur la scène internationale ne sont malheureusement pas les plus vertueux, encore moins les plus intelligents. La semaine dernière, un journaliste tuniso-marocain depuis Paris a émis une sorte de fatwa contre la jeunesse camerounaise qu’elle croit connaitre depuis son confort parisien et décidément tout ignorer de la jeunesse tunisienne et celle marocaine qui est aujourd’hui la première nationalité africaine de présence hors de leur pays, dans les statistiques de tous les pays de l’Union européenne, fuyant en masse leur pays. Mais aussi, comme par hasard, la jeunesse tunisienne et marocaine sont les premières nationalités africaines présentes dans les prisons des pays toute l’Union Européenne pour des raisons diverses, du trafic de drogues aux vols à main armée, braquage etc. Et où les dirigeants se sont fait rouler 2 fois dans la farine pour exactement le même motif : des pseudo-avions renifleurs. C’est tout de même curieux de parler à longueur de journée de l’alternance au pouvoir et de l’âge des dirigeants au Zimbabwe, en Angola ou au Cameroun et oublier qu’en Tunisie cette jeunesse vient de voter à la présidence de
la République un sage de 88 ans et au Maroc, cela n’est même pas à l‘ordre du jour. Le souverain est bel est bien programmé pour mourir au pouvoir, même s’il accumule les initiatives de naïveté comme nous venons de le voir.

C’est plutôt bizarre de voir un tel magazine accuser la jeunesse camerounaise d’être si enragée, et prête à tout casser, tout brûler et ne manifester aucune compassion pour la jeunesse de son propre pays la Tunisie qui a cru par erreur que le fait de chasser Ben Ali du pouvoir allait comme par magie, créer des emploi et se trouve aujourd’hui sur la route de l’exode, aucune compassion pour la jeunesse du Maroc qui n’a nullement le droit à la parole car un seul mot contre le roi, donne droit à un long séjour en prison.

C’est très original de montrer la jeunesse camerounaise comme écervelée, incapable de comprendre les efforts mis pour son éducation et devenir amnésique sur le funeste destin de la jeunesse de son propre pays la Tunisie et le Maroc dont l’occupation principale lui fait vanter le triste record mondial de la quantité de cannabis cultivé et vendu à l’étranger.

Sur un autre plan, presque tous les pays africains francophone ont un boulevard, une avenue, une rue, un pont, une place au nom du président français Giscard D’Estaing, lui qui en France n’a même pas une ruelle, ou même une impasse. Comment un président qui a fait montre d’une telle naïveté peut être à ce point glorifié en Afrique pour sa soi-disant intelligence ? Cela me dépasse. À chacun sa lecture.

Chaque pays, chaque Nation a ses faiblesses, ses forces et il est mal placé qu’un seul pays au monde tente de donner des leçons aux autres. L’Afrique doit savoir marcher la tête haute pour ne pas se faire taper sur les doigts par des personnes qui n’ont aucun titre pour le faire. La sorcellerie du pétrole que nous venons de voir, qui entre au cœur de la présidence de la République française est là pour nous le prouver.

PS :

Le Rapport de la Cour des comptes sur l’affaire des avions renifleurs se trouve à cette adresse :
http://fr.wikisource.org/wiki/Rapport_de_la_Cour_des_comptes_sur_l%E2%80%99affaire_des_avions_renifleurs

Jean-Paul Pougala
Bafoussam, le 26 décembre 2014
www.pougala.org
(Ex creuseur de rat-palmiste)

Leçon de Géostratégie Africaine n° 76 (Extraite du tome-4)
COLLECTION : Comment ont-ils fait pour nous coloniser ? Mystère !
de Jean-Paul Pougala (26/12/2014)

×