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Si vous aimez Ali Farka Touré, Roland Tchakounté ne vous sera pas indifférent. Camerounais vivant à Paris, Roland est comme l’illustre Malien, un bluesman de talent. Au programme du festival SautizaBusara 2017, il a étalé tout son savoir- faire et comblé le public Zanzibari.
Le pari d’accueillir un bluesman était quelque peu osé diraient certains tant les groupes qui s’étaient succédés jusqu’ici sur la scène du festival Sauti, faisaient dans les musiques rythmées et endiablées.

Pourtant dès les premières notes de guitares, tout doute sur la pertinence du choix s’est dissipé. Accompagné de 3 musiciens, Roland Tchakounté a réussi à transmettre les bonnes énergies au public. Cette énergie qui l’a poussé au début de sa carrière à choisir le blues au lieu de la rumba ou du makossa, sonorités maîtresses dans son pays d’origine.

« Il faut faire ce que l’on sent le mieux. J’adore le makossa et la rumba.Toutes ces musiques, je les écoute souvent, mais le blues qui vient de chez nous, de notre continent, faut-il le rappeler, m’a parlé, m’a séduit et je m’y suis senti à l’aise » s’est-il expliqué fièrement à la fin de son concert.

Convaincu que l’ADN du blues est africain et qu’il est la mère de toute la musique moderne, Roland Tchakounté veut en témoigner sans militantisme aucun.

« L’Afrique a beaucoup contribué au bien-être de cette planète, grâce à la musique notamment. Il est important de le dire. J’ai vécu 3 ans au Japon et je disais souvent aux jeunes rappeurs nippons de se souvenir que leur musique venait, en réalité, du ghetto noir américain qui puisait sa substance, d’une certaine façon, dans la souffrance des ancêtres » dit-il.

La musique de Roland Tchakounté, comme les origines du blues qui racontent la souffrance des noirs d’Amérique, exprime celle de l’Afrique. Une souffrance dans la dignité et le sourire.

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Dans son dernier album, le 6e, Ngumé and Smiling Blues, il met en exergue cette capacité qu’a l’Afrique de souffrir avec le sourire. Ce n’est point être fataliste, c’est au contraire un moyen puissant pour relever la tête et se battre afin d’améliorer les conditions d’existence.

Tout au long du concert, c’est cette trame que le guitariste camerounais nous invite à suivre. Lignes de guitares épurées, mélodies bienfaisantes, textes en bamiliké sa langue natale, Roland Tchakounté, dans la pure tradition du blues de Muddy Waters ou de John Lee Hocker, a transmis une pluie d’émotions. C’est en partie cette volonté de transmission qui le pousse à chanter en bamileké. Quoi de mieux que la richesse d’une langue natale pour le faire ?

Son Cameroun natal et son Afrique en bandoulières, Roland parcourt le monde chantant son blues et le fait d’être éloigné des siens. Sous ce rapport également, il s’inscrit dans la longue lignée des bluesmen tels que Robert Patton ou encore celle des nomades du Sahara qui évoquent souvent dans leurs chansons, l’éloignement et le déracinement. Sitôt la fin de son spectacle d’ailleurs, Roland a confié sa joie de retrouver la terre africaine.

« Le festival SautizaBusara m’a donné l’occasion de jouer sur le continent. C’est un bonheur total. Je rencontre des frères et sœurs africains, des Tanzaniens et nous partageons cette africanité, faite de douceur, de paix et de joie. Partager cette humanité, surtout en ces temps si troubles, n’a pas de prix » assure-t-il.

Au demeurant, comment se fait-il qu’un musicien de son standing et de son talent, qui revendique tant son africanité et qui collabore avec des musiciens du monde entier, ne joue pas beaucoup avec des artistes du continent ?

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« J’ai une relation presque sacrée avec la musique. Je suis demandeur de collaboration, je suis ouvert même si je ne fais pas la démarche d’aller provoquer ces rencontres. C’est toujours un plaisir de partager la scène, mais laissons les choses se faire naturellement » nous confie le formidable guitariste.

En savoir plus sur l’artiste : http://www.roland-tchakounte.com

Bator Dieng/musicinafrica.net

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