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Gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale

Monsieur le gouverneur, cela fera bientôt deux mois que vous avez  pris les commandes de la Banque centrale. Quelle est la situation économique et monétaire des pays de la CEMAC à ce jour ?

Le contexte économique et financier est particulièrement difficile. La zone CEMAC connaît un ralentissement économique marqué, en rapport avec l’atonie de la demande intérieure et le repli des activités pétrolières. Ainsi, le taux de croissance du PIB en 2016 se situe à +0,2 %. S’agissant des prix, le taux d’inflation ressort à 1,1 %, en recul par rapport à 2015. De leur côté, les comptes publics et extérieurs sont déficitaires, s’établissant à -5,6 % du PIB et -12,4 % du PIB respectivement. Quant à la situation monétaire, le taux de couverture extérieure de la monnaie est en repli mais demeure confortable à 56,8 %, supérieur à la norme statutaire de 20%.
Cependant, l’analyse des données macroéconomiques laisse entrevoir une petite lueur d’espoir. Les perspectives pour 2017 tablent sur un regain de la croissance économique réelle, avec un taux de 1,6 %, en lien avec une légère remontée des cours du brut et la mise en œuvre des réformes actées dans le Programme des Réformes économiques et financières de la CEMAC (PREF-CEMAC), une hausse de l’inflation à 2,6 % sous le seuil communautaire de 3% et une amélioration dans la gestion des finances publiques induisant de facto un recul du déficit budgétaire.

Au moment où vous entrez en fonction, la sous-région CEMAC se trouve dans une situation économique difficile. Quelle sera votre stratégie pour contribuer à la relance de la croissance dans la sous-région ?

La situation économique actuelle de la CEMAC n’est guère reluisante, comme je l’expliquais il y a quelques instants. En raison notamment de la chute depuis le second semestre 2014 des cours du pétrole brut sur les marchés internationaux, nous enregistrons au niveau de la zone un ralentissement sensible de la croissance économique, une aggravation des déficits budgétaire et extérieur courant et une chute des réserves extérieures. De surcroît, les perspectives de maintien des cours de l’or noir à des niveaux relativement bas sur le moyen terme laissent présager des recettes moins importantes pour la zone CEMAC dont 5 des 6 pays membres sont producteurs de pétrole. Face à cette situation et malgré les efforts consentis par les Etats, ainsi que les mesures prises par la Banque centrale, la croissance économique n’est toujours pas au rendez-vous.

Dans un tel contexte, les chefs d’Etat de la CEMAC se devaient de prendre des mesures fortes. Ils ont ainsi décidé, lors de la Conférence extraordinaire qui s’est tenue à Yaoundé le 23 décembre 2016, d’engager des réformes d’envergure destinées à assurer une meilleure résilience des économies de la CEMAC face aux chocs extérieurs. La mise en œuvre de ces résolutions se fera au travers d’un programme intitulé Programme de Réformes Economiques et Financières de la CEMAC (PREF-CEMAC). Ce programme a pour objectif de relancer les économies, d’accélérer la diversification afin d’en renforcer la résilience et la stabilité à moyen et long terme. Naturellement, la BEAC est étroitement associée à cette action stratégique, comme cheville ouvrière. Ce programme représente l’un des vecteurs importants par lesquels l’Institut d’émission continuera d’apporter tout son soutien aux Etats.

Comment comptez-vous conduire la politique monétaire de la CEMAC durant les sept prochaines années ?

La conduite de la politique monétaire demeure une des missions-clés de la BEAC. Ainsi la politique monétaire que nous allons mettre en place devra prendre en compte le contexte de crise économique actuel pour atteindre les objectifs de stabilité financière qui sont les nôtres. La Banque centrale devra adapter sa stratégie relativement accommodante, mise en œuvre depuis plusieurs années, afin de stimuler de façon saine et durable les économies de la CEMAC. Elle devra aussi finaliser les réformes entamées dans ce domaine, avec pour ambition de revigorer les marchés des capitaux dans la sous-région et renforcer l’information financière des acteurs sur les marchés par la mise en place de structures telles que la Centrale des Bilans, la Centrale des Incidents de Paiement et le Crédit Bureau.

Lors du tout premier Comité de politique monétaire que vous avez présidé le 22 mars dernier, on a appris que la Banque travaille sur un plan stratégique. De quoi s’agit-il concrètement ?

Le Plan Stratégique de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (PSB) permettra de guider la BEAC dans la réalisation de sa vision à moyen terme. Cette vision qui se veut ambitieuse mais réaliste vise à élever notre Banque centrale au niveau des meilleurs standards africains. Cet outil de pilotage stratégique permettra de canaliser nos efforts afin d’accélérer la modernisation de la BEAC, en s’assurant de l’accomplissement de ses missions. Le Plan Stratégique proposé, court sur quatre ans, de 2017 à 2020. Il déclinera les objectifs généraux, l’ensemble des actions et les ressources nécessaires à l’accomplissement des missions de la BEAC. Les principaux objectifs consisteront à améliorer l’efficacité de la politique monétaire ; renforcer la fonction étude et recherche au sein de la Banque ; perfectionner la gestion de la monnaie ; renforcer le dispositif de la réglementation des changes ; consolider les systèmes de paiement et de règlement ; et promouvoir la stabilité financière dans la CEMAC. La mise en œuvre de ces objectifs permettra à la BEAC d’adapter sa stratégie de politique monétaire au contexte actuel de crise économique, de développer des études approfondies et des travaux de recherche sur des thèmes en rapport avec la politique monétaire qu’elle met en œuvre, d’améliorer la gestion quantitative et qualitative de la circulation fiduciaire, de maitriser au mieux les flux de devises dans la sous-région, d’accélérer l’inclusion financière et d’améliorer le cadre d’analyse et la politique macroprudentielle dans la CEMAC.

Les Banques centrales font face aujourd’hui à des mutations d’ordre technologique. Comment comptez-vous adresser l’introduction des opérateurs de télécommunications dans l’activité bancaire, notamment les transferts de fonds dans la sous-région ?

Les avancées technologiques permettent à un nombre croissant d’utilisateurs de la téléphonie mobile d’effectuer des opérations via un portefeuille électronique. Dans le but d’encadrer ce secteur en plein essor, l’Union Monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) a adopté, le 18 septembre 2011, le règlement 01/11-CEMAC-UMAC relatif à l’exercice de l’activité d’émission de la monnaie électronique. Ce règlement a été suivi de deux instructions du Gouverneur de la BEAC ; l’instruction n°01/GR du 31 octobre 2011 relative à la surveillance par la BEAC des systèmes de paiement par monnaie électronique et l’instruction 02/GR/UMAC 2014 du 07 mai 2014 relative à la mise en place du multibanking dans le cadre de l’activité d’émission de la monnaie électronique. Ces actes réglementent le secteur et confèrent à la BEAC un droit de regard sur les transactions financières effectuées par mobile.  Soyez rassurés que la Banque centrale, en sa qualité de garant de la politique monétaire ne faillira jamais dans sa mission d’encadrement de ce secteur.

Source : cameroon-tribune.cm

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