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Derrière la mauvaise réputation de ce bidonville, qualifié d’arrière base des malfrats opérant dans la ville de Ngaoundéré, se cache le panorama des réalités de la métropole de l’Adamaoua.

Une route extrêmement poussiéreuse en saison sèche et dangereusement boueuse en période de pluie sert de principal accès à ce quartier. Sur place, le visiteur peut apprécier le mauvais état des routes, l’anarchie dans l’emplacement des maisons, la prolifération des animaux errants dans les rues. Ce cliché de délabrement voile une réalité plus discrète, la joie de vivre perceptible et un état d’esprit insoupçonnable des hommes et femmes qui vivent dans la plus grande banlieue de la ville de Ngaoundéré.

Gada-Mabanga parle de lui-même. Coupé du reste de la ville par la rivière soum-soum, il est celui qui mérite sans doute le surnom de « quartier Madagascar » attribué à un des quartiers de la ville.

« Notre quartier dégage un charme dont peu de quartiers peuvent s’enorgueillir. Le soir, au coucher du soleil, il faut être ici à Gada pour voir combien la ville de Ngaoundéré est magnifique ou laide selon l’appréciation de chacun » se réjouit Nestor qui ne tarit pas d’éloges pour son quartier.

À Gada-Mabanga, l’immense majorité de ses résidents travaillent au centre-ville. De bonne heure, ils se rendent à leurs lieux de travail. A pied, sur la moto ou encore à bord de leurs voitures personnelles, tous empruntent les routes poussiéreuses du bidonville. Le soir venu, c’est une marée humaine qui regagne le quartier. « C’est dommage que les nouveaux bus de la communauté urbaine de Ngaoundéré ont oublié notre destination. Même si l’Etat de la route n’est pas particulièrement attrayant, les bus n’auraient pas de mal à trouver des passagers ici à toute heure » relève Saïdou vendeur de “zoa-zoa”. Ce dernier rigole du fait que ces véhicules de transport urbain peinent à trouver des clients en ville avec la disponibilité des motos.

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TITRES / HEADLINES

Expansion

Le transfert de la Mairie d’arrondissement de Ngaoundéré deuxième du quartier Sabongari gare pour Gada-Mabanga avait nourri beaucoup d’espoir pour les résidents qui espéraient l’aménagement de leur quartier. Depuis 2015 que la commune a ouvert les portes de son hôtel de ville, aucune amélioration de leurs conditions de vie n’est encore perceptible « C’est sous l’impulsion du défunt maire, feu Hama Toukour, que  la décision de délocaliser les services de la mairie a été prise » nous confie l’actuel locataire de l’hôtel de ville Idrissou Abbana. Pour le chef du quartier qu’on appelle communément «Ya Djaoro », le quartier se transforme. « Aujourd‘hui nous avons des écoles, des centres hospitaliers, un lycée, un poste de gendarmerie et du courant électrique » se jubile Aboubakar, résident.

Pour plusieurs habitants, la situation de Gada-Mabanga est à revoir d’après leur vécu quotidien. « Nous sommes dans l’un des quartiers les plus enclavés de la ville. Les commerces et services générateurs d’emploi sont quasi inexistants. Les routes sont impraticables et les ponts risqués. Ici la population est livrée à elle-même. L’immense majorité vit en dessous du seuil de pauvreté. L’important c’est que personne ne meurt de faim » relate un vieillard assis au pied d’un manguier.

Gada-Mabanga : une vue panoramique sur Ngaoundéré 1
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Cosmopolite

Dans ce quartier situé à l’est de la ville y habite des personnes venant de tous les horizons. En dehors des Camerounais de tout bord, il y’a aussi des tchadiens et des centrafricains souvent accusés à tort ou à raison de se livrer aux activités illicites. Même si les premiers à poser leurs valises dans le quartier sont les Mboum baba, les groupes ethniques cohabitent ensemble et essayent de construire une communauté de vie empreinte de la solidarité africaine. Selon Abdouraman président d’un GIC agro-pastoral « il faut ramener nos valeurs africaines au  centre de notre existence, le sentiment d’appartenance à une même communauté de vie est non seulement profitable mais surtout nécessaire »

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Insécurité

Au carrefour dit « Favelas » il ne se passe de jour sans qu’une personne ne soit agressée. En ce lieu, la petite délinquance fait son bonhomme de chemin. Le groupe de jeune se jetant sur leurs victimes afin les dépouiller de leurs biens dénoncé par des indiscrets, n’est que l’arbre qui cache la forêt du malaise social qui règne à Gada-mabanga. Beaucoup à Ngaoundéré considère ce quartier comme étant le fief incontestable des bandits de grand chemin à tort ou à raison.
Hamdi Florent ancien agent de sécurité reconverti dans le petit commerce a été à la fois témoin et victime des agissements de ces hors la loi « j’ai été agressé et fut témoin de nombreuses agressions. Ces gens opèrent en plein jour sans être inquiété » se désole-t-il. En effet le quartier se trouve derrière la gare voyageurs et marchandise et donne sur sortie de la ville. Ce qui facilite les agissements des malfrats qui ont un territoire propice pour se cacher et prendre la fuite après les forfaits.

Gada-Mabanga : une vue panoramique sur Ngaoundéré 2
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Insalubrité

Un imam du quartier, Modibo Hamadou Abbo, insiste sur le sujet « an nadafa min-al iman » la propreté fait partie intégrante de la foi nous dit-il. L’incivisme a fait son nid et gagne du terrain, vices publics et vertues privées semblent être à la mode. Ainsi, les maisons sont propres mais les rues sont sales. Il y a une sorte de dédoublement de réalité qui semble prévaloir. A Gada-Mabanga il n’existe pratiquement pas  de lieu de loisir et pourtant la population s’est accrue. Raison évidente que les bars et secteur de boisson traditionnelle (bill-bill)  se sont multipliés. Une vague humaine déferle dans le quartier et le chômage s’empare de la jeunesse ; les populations espèrent un miracle. Gada-Mabanga, la grande banlieue de Ngaoundéré reste encore dans l’attente de l’arrivée d’Hysacam pour son assainissement.

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