Jean Paul POUGALA
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Heureusement que tous les employés ne sont pas mauvais. Même si c’est rare, il y en a qui sont si fiers d’eux qu’ils font tout ne serait-ce que parce qu’ils veulent voir triompher un Noir devant les concurrents Blancs.

Mais, sur la base de mes propres malheurs avec les employés au Cameroun, j’ai constaté que lorsque vous commencez petit, pour grandir lentement tel que je vous ai conseillé durant la formation, pour vos employés vous n’êtes qu’un petit débrouillard qui veut passer par eux pour devenir riche. Et donc, ils vous voient comme eux, à leur niveau. Et si c’est vous à devenir riche, pourquoi pas eux avant vous ? Vous êtes donc entourés depuis le début par des personnes qui ne croient pas en vous comme leur patron, et donc, ils ne croient pas en votre projet.

Et quelque soit les réunions que vous faites pour les sensibiliser pour la suite du projet, ils ne sont là avec vous que parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux ailleurs. Et dès lors, ils ne vont louper aucune occasion pour vous faire les poches. Pour eux, depuis le début, ils n’acceptent votre autorité que parce que vous versez continuellement d’argent, mais dans leurs cœurs et leurs têtes vous n’êtes pas perçus comme leur Patron. Mais au mieux, comme leur Associé.

Et le jour où vous aurez des rentrées extraordinaires d’argent, grâce à votre production, ne soyez donc pas surpris qu’ils prétendent que ce soit partagé, oubliant que vous leur versez depuis longtemps des salaires même lorsque vous n’aviez aucun bénéfice. Parce que pour eux, dans leur subconscient et en toute bonne foi, un Noir ne peut pas être un Patron, un Noir ne peut pas être leur Patron.

Un Noir est un autre esclave comme eux. Un Noir qui peut s’en sortir ne peut qu’être leur Associé. Après tout, on est entre nous, les frères Noirs. Parmi nous on ne doit pas avoir des méchants capitalistes qui tiennent tout le magot pour eux.

Lorsque les mêmes travaillent pour des salaires minables aux dépendances d’un Patron Blanc, ils sont tout gentils et soumis. Ils ne posent aucun problème de discipline. Parce que le Blanc est à leurs yeux un Patron Naturel, pas le Noir.

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C’est la même philosophie qui explique selon ma modeste façon de voir les choses, que chaque jour en Afrique, nos Etats payent très cher les formateurs européens pour venir expliquer souvent des banalités à nos fonctionnaires. Comme j’ai vu le mois dernier un pays africain payer 10.000 € par jour et par fonctionnaire pour qu’un Blanc vienne leur expliquer le concept basic de PPP (Partenariat Public-Privé). Pour tout le monde, c’était normal. Et personne n’a crié au scandale, puisque c’est un Blanc qui est venu leur expliquer cela. Si c’est moi qui mets une formation de stratégies industrielles à 2500€ ce sont les Noirs qui vont crier à l’escroquerie. Ce n’est pas le montant qui pose problème. C’est celui qui touche cet argent qui est le problème, le Noir. C’est que pour tout le monde, il est acquis le fait qu’un Noir doit rester dans la pauvreté et ne doit jamais toucher trop d’argent qui puisse le faire se démarquer des autres.

J’ai vu dans mon pays le Cameroun, un entraineur de football Blanc toucher une fortune et surtout habiter dans l’hôtel le plus cher de la capitale camerounaise durant tout son séjour dans mon pays. Et malgré que l’équipe nationale ne remportait aucun trophée, cela ne posait de problème à personne. Le jour où un joueur talentueux comme Samuel Eto’o Fils a tenté de donner son avis divergeant sur certaines situations, c’est toute la république qui lui est tombée dessus. Parce qu’il est un Noir, il ne doit pas oser sortir des rangs. Et le fait qu’il touchait beaucoup d’argent ne créait tout naturellement que des Jaloux. Tout le monde était contre Samuel Eto’o pas pour ce qu’il avait fait ou dit, mais contre son argent. Parce que dans notre communauté, un Noir avec de l’argent, ce n’est pas bien.

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Si je crée une page FB pour étaler gratuitement sur le net une partie des concepts que j’enseigne aux formations, là, je fais l’unanimité, tout le monde m’applaudit comme le sauveur. Parce que je reste dans la droite ligne de ce qu’un Noir doit faire : partager tout pour s’effacer devant la puissance du système. Tant que je ne fais rien qui puisse me donner de l’argent, c’est bien. J’aurais plein d’amis. Mais si je tente de donner de la valeur aux nombreuses connaissances dont je suis dépositaire, ça pose problème.

Les conséquences de l’esclavage mêlées à celles de la colonisation sont en train de faire comme on l’a vu en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis d’Amérique que le Noir soit soit un Loup pour l’autre Noir. Les violences des Noirs aux USA sont de préférence dirigées contre d’autres Noirs. Contre les Noirs qui sortent du lot. Les braquages dans les quartiers des Noirs où tout le monde se connait n’est pas dirigé contre le Blanc qui est de loin plus riche, mais contre d’autres Noirs qui donnent l’impression d’avoir réussi. En Afrique du Sud, la violence des Noirs est surtout dirigée non pas contre les Blancs qui les ont réduits dans leur état de misère, mais contre d’autres Noirs.

Pour réussir, un Noir doit-il donc se cacher des autres Noirs ou travailler avec tout le monde sauf les Noirs ?

Souvent les gens me demandent pourquoi j’ai investi en Chine et non dans mon pays le Cameroun ? Parce que d’abord mes ouvriers chinois sont là pour faire mon succès et non pour se hisser comme mes partenaires. Chacun connait sa place et la respecte. Mais surtout, en Chine peu importe votre couleur de peau, tant que vous payez vos impôts sur vos activités, vous pouvez rouler même en Ferrari que personne ne s’occupera de vous. La jalousie dans ce pays, on ne connait pas. Et cela laisse le patron prospérer dans la sérénité.

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Mais affirmer cela est tout aussi un aveu d’échec et là je ne suis pas très différent de ceux qui devant la difficulté première prennent leur sac pour fuir le pays.

C’est pour ne pas leur ressembler qu’après 4 années d’expérience de la formation Rinvindaf, en analysant les succès des uns et les échecs des autres, j’ai recentré mon engagement sur les enfants, sur les écoles primaires depuis le village. C’est pour tenter de corriger cette anomalie du Noir défaitiste qui ne voit devant la difficulté que l’occasion pour détruire son prochain qui réussit, vu non pas comme un exemple à copier, mais comme un ennemi à abattre. Cette anomalie est pourtant vécue aujourd’hui comme une normalité chez nous.

Pour y faire face, j’ai cru nécessaire de repartir depuis le début pour transmettre à nos enfants, de nouvelles valeurs, celles de l’excellence. Je veux transmettre aux plus jeunes le principe selon lequel chaque effort bien fait mérite une récompense et surtout que l’oisiveté est un mal, que la passivité est un problème.

Comme je vous dis toujours durant le dernier jour de formation, partout ailleurs, ce sont les industriels qui ont façonné la société moderne, parce qu’être industriel n’est pas facile, n’est pas donné. Et ceux qui y parviennent sont forcément les plus intelligents, les plus futés et les plus avertis de chaque société.

Nous devons tous ensemble, pour ceux qui ont compris, construire une nouvelle société basée sur le mérite où les plus intelligents, les industriels de demain, pourront façonner différemment et en mieux notre société et non plus cette jungle qu’on a aujourd’hui : le triomphe de la médiocrité, une société façonnée par les fonctionnaires africains par manque d’industriels.

Jean-Paul Pougala
Tianjin, le 1er Mai 2017

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