Home Dossier Chronique Jean-Paul Pougala : Il ne suffit pas de changer de monnaie pour fuir la misère, mais il faut chausser les bottes !

Jean-Paul Pougala : Il ne suffit pas de changer de monnaie pour fuir la misère, mais il faut chausser les bottes !

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Jean-Paul Pougala : Il ne suffit pas de changer de monnaie pour fuir la misère, mais il faut chausser les bottes !
Jean Paul POUGALA

Il y a un championnat qui se joue en Afrique. Il y a des gens qui ont déclaré forfait chez eux pour aller faire les ramasseurs de balles perdues chez leurs maîtres. Mais on dirait qu’eux qui ne payent pas les impôts chez nous, sont plus intéressés que nous pour ce qui se passe chez nous.

Comme je l’ai dit dans la leçon 87, il ne tient qu’à nous d’accepter la fatalité de vivre avec un Etat affaibli qui ne peut pas assumer pleinement son rôle, ou le refuser et retrousser nos manches pour que nos actions individuelles combinées contribuent à former à la fin un Etat fort dont tout le monde peut être fier.

Il y a ceux qui dépensent leurs économies pour faire la fête tous les week-end . J’ai vu à Paris des adultes fêter jusqu’à 5 h du matin l’anniversaire d’un enfant de 3 ans. Et le matin, on va au Trocadéro manifester pour quelque chose en Afrique.

D’autres en manque d’estime d’eux-mêmes concentrent leurs économies sur une belle paire de chaussure, un beau sac à main, une belle voiture sportive etc. qu’ils croient pouvoir utiliser pour sembler respectables.

Ceux-là sont définitivement hors jeu. Ne nous laissons pas distraire par eux. Ils vivent sur une autre planète.

On a l’impression que la nostalgie loin du pays, les pousse à trouver un motif de combat pour exister. Avant ils ont manifesté pour qu’on annule les dettes des pays africains, ensuite ils ont manifesté contre les biens mal acquis par les dirigeants africains. D’autres ont eux, depuis la France manifesté pour qu’on boycotte les produits français en Afrique. Aujourd’hui, la mode est de manifester pour abolir le Franc CFA, sans à aucun moment nous dire comment la France pourrait réagir et comment on ferait en ce cas là.

A tous les jeunes industriels africains du Rinvindaf, je rappelle que vous devez utilisez vos économies pour vous équiper au maximum en instruments et machines pour la création de richesses. C’est avec la science qu’on nous a mis à genoux et c’est grâce à la science que nous allons nous relever. C’est à cause de l’argent qu’on humilie aujourd’hui l’Union Africaine où les 3/4 du budget sont financés par l’Union Européenne. Et c’est en produisant beaucoup d’argent que nous réussirons à sortir la tête hors de l’eau, loin de l’humiliation dans laquelle nos aînés trop complexés devant le blanc, nous ont plongés.

On ne joue pas un match sans en connaitre les règles. On n’entre pas dans un marché sans avoir le secret de tous les acteurs en présence.

J’ai vu des intellectuels africains aussi naïfs que les gamins de la maternelle célébrer la fin du Franc CFA. Ils sont si habitués à cultiver leurs plantations jusqu’à récolter sur leur claviers d’ordinateurs, qu’ils sont convaincus que tout se joue bien assis sur son fauteuil à agencer de belles paroles et obliger la France à céder sur son pactole du Franc CFA. Personne ne leur a expliqué que pour aller en guerre, on prépare plusieurs plans A, B, C, D, E en fonction de la réaction ou de la contre-réaction de l’ennemi, comme dans un jeu d’échec. Les dettes publiques de nos pays africains sont en devises européennes ou américaines. Je n’ai toujours pas compris ce qu’ils comptent activer comme structures industrielles pour exporter suffisamment de produits finis et avoir les devises dont on aurait besoin pour ne plus rentrer supplier le maître. Ou bien cela ne compte pas ? Je ne connais pas de révolution qui a réussi bien assis derrière son écran d’ordinateur. Ou on chauffe les bottes pour aller toucher la merde et la boue pour produire la richesse qui servira à nous affranchir, ou on est fait pour se perdre à jamais derrière les incantations des gens qui brassent et vendent du vent.

Aujourd’hui, la France humilie un chef d’Etat africain tenu sous les verrous comme un vulgaire bandit. C’est une manière de tester notre intelligence et notre détermination. Et puisque chacun a tourné la tête ailleurs pour laisser le président Laurent Gbagbo à son sort, comme si cela ne nous regardait pas, la France peut dormir tranquille, puisqu’elle a là la preuve que nous sommes tous des poules mouillées qui sont prêtes à jacasser et faire du bruit, mais devant le moindre cri du coq, chacun va fuir et se cacher. Tout cela parce que nous ne produisons pas assez de richesses. Grace à l’argent, on peut tout faire. Mais il ne s’agit pas que des billets de banques que certains espèrent imprimer par tonnes pour nous rendre riches. Oubliant que si cela ne correspond pas au niveau de la richesse produite dans le pays, cela créerait de l’inflation qu’on mettrait des années à tenir sous contrôle. Tout est une question de rapport de force. Et sans moyens matériels, nous sommes loin d’imposer à la France un rapport de force dans lequel l’obligeons à faire la moindre concession, comme sur le Franc CFA. Ou alors, elle fera diversion : abolir sans abolir de fait.

L’économie est une science. Et comme toutes les sciences, il faut prendre le temps de maîtriser ses contours et surtout ses ombres. Je prie les apprentis sorciers qui s’agitent au sujet du Franc CFA à se calmer et nous suivre à la plantation d’abord, car chaque chose a son temps. En Guinée et en Madagascar, il a suffit à la France d’inonder le marché de la fausse nouvelle monnaie pour anéantir tous les rêves des promoteurs d’une monnaie loin de la zone CFA. Il serait idiot de recommencer les mêmes erreurs sans se demander pourquoi en RDC, en Madagascar ou en Guinée la monnaie nationale n’a pas fait les miracles escomptés.

Lorsque le président chinois Mao avait critiqué le Communisme soviétique dit Marxiste Leniniste, Moscou avait tout simplement exigé que la Chine lui rembourse immédiatement l’intégralité de sa dette. Cela a trempé dans la misère et la famine, plusieurs générations de chinois. Avec quoi comptent nos gentils révolutionnaires du Franc CFA rembourser l’intégralité de la dette que la France vante avec tous nos pays africains, si elle décidait de jouer une telle carte ?

Il parait que le président tchadien est leur Joker. Mais le 2ç décembre 2016, voici ce que nous annonce l’Assemblée Nationale Tchadien pour le budget voté pour 2017 : 692 milliards en recettes et 937 milliards de FCFA de dépenses. C’est à dire un déficit de 245 milliards de FCFA. Et qui va payer ? La France. Expliquez-moi donc, comment le Tchad va trouver 245 milliards en 2017 sans recourir à la France, puisque ce pays ne produit pas suffisamment de richesses pour couvrir les besoins élémentaires de fonctionnement de l’état. Ah oui je comprends : en créant la nouvelle monnaie, on va juste imprimer les billets supplémentaires. Sauf que cela ne marche pas comme cela. Le président Mobutu avait déjà cru résoudre ses problèmes de trésorerie en imprimant des billets de banques. L’inflation qui ne a découlé à plombé l’économie de son pays. Et puis, sur le plan de la symbolique, la recette totale de l’Etat tchadien est ‘environ seulement 1 milliard d’Euros. Je dis bien un milliard d’Euros. On comprend vite pourquoi le président Macron peut nous insulter : donc avec toute notre intelligence, le Tchad ne peut pas générer plus d’un seul petit milliard d’Euros ? Et quelqu’un croit sincèrement que c’est en adaptant une nouvelle monnaie qu’il vont passer à 10 milliards d’Euros, voire 100 ? Ceci est valable pour tous les autres pays Africains du CFA. La France a réussi son coup, fait de nous de très grand bavards sans substance. Elle sait où elle nous tient et au lieu de réagir pour l’empêcher, on va faire es pétitions. On devrait plutôt avoir honte de nous-même. Tout le monde est allé chez tout le monde pour tricher et copier comment on crée la richesse. Nous sommes les seuls à ne pas le faire et attendons le miracle de partout. Si nous sommes pauvres c’est d’abord parce que nous sommes fainéants.

Avant de descendre dans la rue pour crier les pires mots contre le Cameroun à Paris, Londres, Montréal, Washington ou Bruxelles, ou d’espérer abolir le Franc CFA confortablement assis devant votre écran d’ordinateur à Berlin ou à Viennes, demandez-vous quel est votre propre bilan pour solutionner les différents problèmes qui empêchent la création de richesses dans votre pays.

Jean-Paul Pougala
Frankfurt le 18 mars 2016