egypte bamiléké
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Certains y ont réagi en voyant sur le toit triangulaire, les pyramides d’Égypte et pour eux, comme les auteurs de nombreux ouvrages qui voient les Bamiléké venir d’Égypte, la preuve que nous venons d’Égypte.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’avant l’arrivée des Européens avec les tôles d’aluminium, ces toitures étaient coniques, recouvertes de pailles, de sissongo ou de raphia, c’est-à-dire plutôt rondes et non triangulaires. Et c’est parce que la rigidité des tôles d’aluminium ne permettait pas cette flexibilité sur les toits coniques que ces derniers sont devenus triangulaires.

Comme quoi, l’histoire qu’on raconte est d’abord une question de subjectivité. Mais cette théorie qui vise le seul but de diviser les africains en plus civilisés et moins civilisés vient tout droit de la perversité coloniale du 19ème siècle de diviser pour mieux régner. Ce n’est donc pas un hasard, si l’idée de dire que les Noirs viennent d’Égypte vient d’abord des prêtres catholiques, des missionnaires en Afrique. Et avant de le faire ils ont bien pris soin d’établir une sorte d’hiérarchie de l’intelligence à l’intérieur de nombreux pays africains. Ainsi, dans de nombreux pays, il y a toujours un peuple qu’on a convaincu de venir d’Égypte et donc, d’être plus intelligent que les autres. Au Gabon, ce seraient les Fang qui viendraient d’Égypte et donc, plus habiletés à commander les autres. Au Rwanda, ce sont les Tutsi, la preuve ? ils sont lus beaux que les autres. Question : plus beaux selon quel standard ? Plus beaux pour qui ? Réponse : pour les Européens bien sûr.

Et c’est comme cela qu’on instrumentalise une pseudo histoire africaine de l’Égypte antique pour installer le virus de la division. Non, je ne viens pas d’Égypte, quand nous aurons l’argent pour effectuer nos propres fouilles, pour étudier nos ADN, à l’échelle continentale africaine, à mon avis, il sera alors, certainement plus probable de découvrir que mon ancêtre le plus lointain soit né dans cette forêt équatoriale et non venu du désert arabique comme le prétendent la bible et le coran.

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Je crois que la science de l’évolutionnisme a raison de dire que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Que l’être humain soit né en Afrique il y a 100.000 ans pour aller peupler le monde. Ce qui contraste fortement avec la vision créationniste du coran et de la bible, pour qui le monde a été crée il y a seulement 5000 ans avec Adam et Eve en Mésopotamie, d’où nous tous viendrions avec escale en Égypte. Selon ces missionnaires catholiques du 19ème siècle, il faut rattacher tous les noirs du monde qu’ils soient les aborigènes d’Australie ou ceux de Papuasi-Nouvelle Guinée à l’Égypte antique pour enfin avoir la preuve scientifique de la division raciale de la bible. Et parce qu’étant la race maudite (par Noé), notre dégénérescence serait prouvée du fait qu’avant nous pouvions construire des pyramides et aujourd’hui, même plus une baraque au point de demander l’aide internationale pour une minable salle de classe pour les enfants de 6 ans, que ce soit en Afrique qu’en Papuasi Nouvelle Guinée, que ce soit à Haïti qu’en Sierra Léone.

Non, je ne viens pas d’Égypte, mais de la forêt équatoriale et je n’ai pas besoin de me définir et me construire une identité par rapport à la gloire des autres. Dans cette forêt, nous ne croyons pas en dieu mais en nos ancêtres. Nous ne leur rendons pas hommage en regardant le ciel, mais en regardant la terre sacrée (Si en Bamileke) qui les renferme. N’en déplaisent aux déserteurs qui ont rétrogradé leurs propres ancêtres au rang d’intermédiaire avec le dieu venu tout droit d’Europe.

Dans nos villages, depuis des siècles, contre une agression terrible, nous menons une résistance culturelle et spirituelle acharnée pour rester nous-mêmes. Parce que nous sommes fiers de ce que nos ancêtres nous ont laissé et nous ne voulons singer personne pour plaire à personne.

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Nous ne voulons squatter les ancêtres de personne, encore moins les gloires de personne. Nous sommes conscients de notre faiblesse à cause de notre trop grand pacifisme face à l’histoire violente de nos prédateurs arabes et européens. Malgré cela, au moment où semble triompher la culture de la mort (bombes contre des civiles, kamikazes prêts à tuer tout le monde pour la gloire d’un dieu qui n’existe pas dans notre culture, embargos punitifs contre des peuples entiers), nous nous battons pour faire triompher la vertu de dialogue , le pardon à ceux là qui nous ont violenté nous imposant leurs religions de la mort, en commençant par restituer à nos descendants un minimum de dignité humaine malgré les vents contre que nous recevons à la figure tous les jours. C’est cela notre mission.

Non je ne viens pas d’Égypte, je viens d’Afrique centrale ou d’Afrique tout court avec un devoir de réussir à comprendre que pour ne plus être obligé de juste subir les autres, et d’encaisser les coups au jeu auquel nous sommes invités à jouer, depuis 1000 ans avec les arabes et 500 ans avec les européens, il faut aussi apprendre à en donner. Et pour donner des bons coups, nous devons travailler très dur pour créer la richesse pour reprendre tout notre gâteau que les autres mangent allègrement avec nos applaudissements idiots. Passer le temps à chanter que je viens d’Égypte est une manœuvre de diversion orchestrée et financée par le prédateur européens pour nous tenir continuellement hors sujet et donc, loin du débat nécessaire pour les vrais enjeux qui débutent forcément par une confrontation d’intérêts avec eux.

Non, je ne viens pas d’Égypte et la pauvreté des populations de nos forêts africaines est le miroir dans lequel je dois me voir moi-même pour comprendre comment les autres me voient. Et s’ils sont miséreux, les autres me voient comme un miséreux. Et ce ne sera pas en squattant les gloires passées des anciens égyptiens que je vais me faire respecter et accepter. Mais en leur parlant le seul langage qu’ils comprennent tous, celui de l’argent.

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Non, je ne viens pas d’Égypte et je ne suis Bamileke que par un jeu de vocabulaire français qui n’a aucune traduction dans la langue Batié. Je ne vois donc en quoi, je suis différent d’un autre peuple de cette même savane ou forêt que la vocabulaire français a classé comme étant différent de moi, sans que je me demande au préalable les intérêts qui accompagnaient une telle division purement artificielle. Je suis donc tout aussi Foulbé, Bassa ou Fang.

Batié le 1er Septembre 2013
Jean Paul POUGALA

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