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Durant tout mon séjour en Italie, j’avais été obsédé de trouver la réponse à la question : Comment est-ce possible qu’ils nous ont dominé pendant 5 longs siècles ?

Cela donnait un autre sens à mon séjour. Je n’étais pas là que pour étudier et retourner dans mon pays, mais comprendre en profondeur l’organisation culturelle et intellectuelle d’un exemple de société européenne avec un fort penchant prédateur sur les autres peuples de la terre.

J’avais ainsi compris qu’il n’y avait pas juste « Les Blancs » comme par erreur nous les qualifiions depuis l’Afrique. Au contraire, il y avait chez eux, 2 mondes qui ne se côtoyaient pas, qui ne se fréquentaient pas, il y avait les « Blancs Riches » et les « Blancs Pauvres ». Ce sont les premiers qui avaient organisé la société de manière à mettre les deuxièmes à leur service et surtout d’éviter qu’un jour ils entrent en concurrence ou pensent de contester leur hégémonie. Si je suis un pauvre, parti d’un pays pauvre comme le Cameroun, il est évident que ce sont les premiers qui m’intéressent, pour retourner un jour chez moi avec autre chose que l’expérience d’autres pauvres, furent-ils des Blancs.

C’était surtout intéressant de remarquer que tout cela était construit depuis le bas âge afin que chacun en grandissant occupe la position que ce système des riches lui avait assigné. Voir donc comment les enfants des deux groupes étaient éduqués était pour moi très important. Mais encore plus important était de voir que l’apartheid existait même à travers les choses les plus anodines à première vue, comme les activités extra-scolaires de ces enfants.

Les enfants des pauvres blancs étaient encouragés à prier, mais aussi à pratiquer les sports collectifs comme le football, le basket-ball et le handball et les enfants de riches, les sports individuels comme le ski, l’équitation et le tennis.

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Ainsi, les pauvres italiens passaient leurs week-ends entre les églises et l’accompagnement des enfants aux leçons de football, aux compétitions de football pour écoliers, en parcourant souvent des centaines de kilomètres à travers le pays, dans l’espoir qu’un futur « Maradona » émergerait et résoudrait les problèmes financiers de toute la famille.

Les enfants des riches au contraire, étaient soumis dès leur plus jeune âge à des exercices pour la pratique du pouvoir, du commandement. J’avais assisté pour m’en convaincre à des séances d’équitation pour ces enfants de riches. J’avais été bouleversé de voir à quel point un enfant d’à peine 6 ans était formé pour dompter un cheval de 3 fois son âge et 20 fois son poids. Nous étions là dans du parfait Sun Tzu dans  « l’art de la guerre » : connaître soi-même et établir les limites de ses faiblesses mais aussi de ses forces avant d’engager toute confrontation avec l’ennemi.

Dans la natation, l’enfant du riche d’à peine 3 ans découvre l’autre facette de l’eau, un danger. Il apprend le risque de la mort et s’exerce sur comment neutraliser ce danger, comment maîtriser cette mort à travers ce sport, qui garantira d’abord sa propre survie, en cas de besoin.

L’enfant du pauvre dans un match de football, a un patron, le coach et son initiative personnelle doit se fondre dans la dictature du jeu collectif. Il doit s’effacer pour faire triompher l’équipe. C’est en quelque sorte la reproduction de la vie dans l’usine entre la vie du patron et les ouvriers prolétaires.

Si cet enfant est gardien de but, il ne peut pas prendre l’initiative de dribbler et aller tenter de marquer un but dans l’autre camp.

L’autre enfant, celui du riche, a lui aussi un coach, une instructrice c’est vrai, mais c’est le cheval qui est au cœur de son action et c’est à lui en dernier ressort de décider quel commandement donner à un autre être vivant, un cheval pour se faire respecter. L’enfant apprend à commander l’animal comme, instrument transitoire pour commander ensuite les humains.

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Et pour moi l’africain, le camerounais, même si je ne savais pas encore quel sport faire pratiquer un jour à mes enfants, pour le moins je n’avais plus aucun doute sur quels sports, quelles activités extra-scolaires ne pas faire pratiquer par mes propres enfants : le football, le basketball, le handball. Mon éducation avait été le fruit d’un pur hasard heureux. Celle de mes enfants ne pouvait souffrir des conséquences imprévisibles d’un tel tâtonnement.

Mais lorsqu’on est un africain, un noir avec les cheveux bien crépus, comment se faire accepter et faire admettre son enfant dans ces clubs très fermés dans une Europe où il faut montrer patte blanche avant de pousser certaines portes et où même le pauvre blanc n’ose pas sortir des frontières que le système a tracées pour lui ?

Extrait de « In fuga dalle tenebre » Einaudi 2007 de Jean-Paul Pougala
Traduction française du 29/12/2016



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