Home Société Éducation Cameroun : Véritable chemin de croix pour les enseignants de Kolofata

Cameroun : Véritable chemin de croix pour les enseignants de Kolofata

enseignants

Insuffisance d’infrastructures scolaires, de matériels didactiques, d’enseignants… ce n’est plus un secret, l’enseignement primaire public à l’Extrême-nord est un véritable problème.

Les salles de classes et autres matériels didactiques manquent, et si certaines infrastructures existent, elles sont en état de délabrement avancé. L’insuffisance de tables-banc pousse les élèves à s’asseoir à même le sol. S’ajoutent à cela, les conditions de vie et de travail misérables des enseignants qui ne cessent de revendiquer, sans toutefois avoir gain de cause. Ils sont simplement tournés en bourrique par le ministère de l’éducation de base. Telle est la caricature de 70% des écoles primaires publiques à Kolofata. La situation est invivable pour les acteurs de la vie éducative scolaire, les enseignants et les élèves malgré la commémoration de leur journée.

Infrastructures

La plupart des salles de classes sont en argile recouvertes de paille, et il n’existe pas d’électricité, ni eau. Si à l’intérieur, le taux de scolarité est faible, le pourcentage des garçons est élevé par rapport à celui des filles.

«Une fille à l’école, ça n’aboutit à rien, en plus la peur de la secte terroriste Boko-haram empêche les parents d’envoyer leurs enfants à l’ecole »,

telle est la conception partagée qui pousse à ne pas envoyer les filles à l’école par exemple à Amchidé. Et l’autre cause de ce faible taux de scolarisation, ce sont les mariages précoces. « Certains parents bien informés ont la volonté d’envoyer leurs enfants à l’école mais faute de moyens, ils désistent », déplore Graobe pascal un enseignant vacataire qui indique que le pourcentage des enfants non scolarisés est de 45% à Kousseri.

Calvaires

Jeune fille de 17 ans, Odette Dismai Matima, raconte son calvaire :

« J’avais laissé l’école en classe de Cm1, contrainte par mes parents et Boko-haram. J’ai passé deux ans à la maison en conduisant les bœufs et en aidant ma mère ».

Actuellement en classe de 4e au lycée bilingue de Kolofata, elle confie avoir repris les classes grâce à l’association Alvf qui finance désormais sa scolarité.

« C’est mon coup de chance, j’en profiterai à merveille pour aller au bout»,

avoue-t-elle au journal le Quotidien L’Epervier.

Précarité

L’autre problème dans la région, c’est la sécheresse. A cela s’ajoute l’appauvrissement des terres qui n’offrent pas de grandes récoltes aux paysans afin de financer la scolarité des enfants. Cette condition climatique est aussi à l’origine de la pauvreté et de la malnutrition qui expliquent également le faible taux de scolarité.

« En mars, mai, juin, la sécheresse rend la terre incultivable. En ce moment la production est stoppée, les greniers sont vides, et il n’est pas étonnant qu’un enfant de six ans prenne un repas par jour. C’est seul la nuit qu’on prépare dans les foyers, et s’ils ont de la chance qu’il y a reste de pâte d’hier, ils en font leur petit déjeuner. A peine 30 minutes que l’enfant suit les cours, il se sent malade et il regagne la maison. Sur 100 foyers, à peine dix arrivent à bien nourrir leurs enfants »,

explique Kaldapa Joel, Directeur de l’EPP de Kolofata dans le département du Mayo-sava.

Volontariat

Les enseignants de ces écoles ne sont pas les mieux traités. Ils ne sont pas nombreux à être recrutés par l’Etat, et pour cela, ce sont les villageois qui triment pour payer aux volontaires les modiques salaires (Sic), parfois 10.000FCFA, afin qu’ils assurent l’éducation de leurs progénitures. La situation de ces volontaires est alarmante d’autant plus que le gouvernement a interdit aux parents d’élèves les cotisations parallèles depuis l’annonce de la gratuité de l’école qui n’existe que de nom. Ces conditions de vie obligent nombreux d’entre eux à abandonner l’enseignement pour s’adonner aux activités plus rémunératrices.

« Les enseignants volontaires désertent les classes sans préavis pour des mois depuis le début de la menace de Boko-haram. Ceci embrouille les programmes de l’année… A quoi sert le ministère de l’éducation de base s’il ne peut pas assister les acteurs de l’éducation? Pas de prime de travail pour les enseignants, pas de cantine ni de pharmacie scolaires comme promis… », se désole un directeur d’école Mora.