artisant chinois
Credit photo : IEG.
NEWSLETTER

Français     English

Partager cet article / Share this post
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Chaque fois que je suis en présence de ce qu’on appelle l’artisanat africain, je suis partagé entre mon intarissable désir d’encourager ceux qui en Afrique essaient de faire quelque chose et la honte de constater que tout ce beau monde est complètement à coté de la plaque.

Lorsque j’étais étudiant en Italie, pour les rares fois que je me rendais dans mon pays le Cameroun, j’étais toujours surpris qu’à mon retour, je reçoive la même paire de sandales de 10 personnes différentes qui ne se sont pourtant pas consultées pour décider de m’énerver.

J’ai mis des années pour comprendre que cette bizarrerie n’était que le fruit d’un désert de créativité artisanale aussitôt que ceux qui avaient étudié avaient abandonné au moins lettrés et aux analphabètes le secteur de la manualité artisanale.

Plus tard, en arrivant en Chine, et mis en face du sérieux que toute la société chinoise avait accordé à l’artisanat, avec un dynamisme très poussé, j’ai vite compris que ce sont les dirigeants africains dans leur ensemble qui n’avaient rien pigé à l’artisanat qui pour eux se résumait au bricolage du bois avec une mauvaise finition, reproduisant les mêmes et seuls motifs des masques, des mêmes animaux et la pirogue. C’était comme se trouver devant un écran de télévision qui beugue et que la seul image qui ne veut pas quitter cet écran de la répétition nauséabonde des mêmes masques en bois pauvre, est la photographie de notre imagination restée figée aux premières heures de la violence coloniale européenne en Afrique.

artisant chinois
Credit photo : IEG. Artisant Chinois à CantonFair

Ici en Chine, c’était différent dès la première fois que j’ai mis les pieds il y a 19 ans, en 1998. C’est toute une partie des intellectuels chinois qui s’étaient mis développer la créativité et la transformation artisanale en des produits devant conquérir le monde. Chacun avait choisi son propre rôle dans cette fourmilière.

Et 19 ans après, le résultat de tout ce travail acharné des personnes conscientes d’apporter leur pierre pour bâtir une Nation forte est bien là, palpable et visible.

19 ans après, sur les 3 milliards d’arbres plantés chaque année dans le monde, la Chine en plante 2 milliards. Elle doit fournir tout le bois nécessaire à cette explosion de l’enthousiasme du monde occidental pour les objets très raffinés de l’artisanat chinois.

Ici, l’artisanat, ce n’est pas qu’une affaire de Bois, mais aussi de Rotins, de Bambous et toutes ses applications, des Verres soufflés pour les décorations d’intérieur comme les lampadaires, les portes fleurs etc.

Hier à la première heure du Mardi 24 Octobre 2017, nous avons traversé ensemble et en millions, les portes de la deuxième phase de la 122ème foire de Canton dédiée à 10 thèmes, donc l’artisanat qui facture ici 10 fois le budget des 54 pays africains réunis, au moment où nous continuons à fanfaronner et élaborer les théories fumeuses sur le développement.

artisant chinois
Credit photo : IEG. Artisant Chinois à CantonFair

Et comme le ridicule ne tue, pas, maintenant en Afrique, il y a mêmes des Masters en Développement, des facultés de Développement. Vous voulez développer quoi et qui si personne ne veut mettre les pieds à la plantation ?

Avec ses 2 milliards d’arbres plantés tous les ans, la Chine est propriétaire des forêts les plus rentables au monde, car toute sa forêt est transformée pour créer des millions d’emplois alors que nous sombrons dans la brousse avec des arbres centenaires dont nous ne savons pas quoi faire, sinon les mêmes masques qui me font même peur. Et c’est cette peur qui a servi à inspirer les artisans africains des masques qu’ils vendent aux Européens.

Je me suis toujours dit que les Européens qui adorent les masques africains doivent être de vrais psychopathes, des dérangés mentaux. Car imaginez que vous accrochez un de ces masques dans votre salon. Et vous vous réveillez dans la nuit pour aller faire pipi en traversant ce mini-musée de la peur. Il sera plus facile de retourner en courant vous recoucher avec vos pipis que de braver ces masques qui vous regardent. Ou je me trompe ?

Je viens ici à cette foire au sud de la Chine, 2 fois par an et à chaque fois, je suis émerveillé par la beauté de cet artisanat chinois. Je suis aussi surpris par le nombre toujours grand de tous les bigs de l’occident. Ils sont tous là, de Ikea à Obi, en passant par Castorama, Wallmart etc. qui, ici s’approvisionnent avec des commandes mensuelles sur des dizaines de conteneurs chacun.

En tout cas, c’est ce que j’entends lorsque je tends l’oreille pour écouter ce qui se dit entre ces occidentaux et les producteurs chinois ici à cette foire.

Et le soir venu, ce sont les 4.000 bus qui ramènent gratuitement les participants dans leurs hôtels respectifs où un cocktail de bon retour les attends dès le franchissement des portes de l’hôtel avec son armada d’hôtesses qui vous sourient et vous tend un verre de champagne ou de jus d’orange en vous demandant si vous avez trouvé votre compte à cantonFair.

Hier soir, en rentrant dans mon hôtel, avec toute cette choréographie du matin au soir, j’étais à ce point bleuffé que je suis exprimé dans une amertume assumée :

L’Afrique doit abandonner le secteur de l’artisanat pour éviter de continuer à nous souiller !

Jean-Paul Pougala
Guangzhou le 25 Octobre 2017

Réactions

Veuillez saisir votre contribution !
Veuillez saisir votre nom ici

9 × = 72