NEWSLETTER

Français     English

Partager cet article / Share this post
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les jeunes filles n’attendraient plus le mariage pour goûter au fruit défendu comme le veut la tradition.

« Les enfants font l’amour de plus en plus tôt et ne pensent qu’au sexe ». De nombreux jeunes partagent l’avis de Blandine Fane, étudiante à l’annexe de l’université de Ngaoundéré à Garoua. Un fait divers a relancé le débat le mois dernier. Fanta, 18 ans, en classe de terminale violée à l’âge de 8 ans par les colocataires de sa mère, aurait été initiée par sa tante aux attouchements sexuels et a déjà eu plusieurs rapports avec des hommes plus âgés qu’elle. La petite fille, qui a pris goût à ces pratiques, et est désormais nymphomane. Pour assouvir son désir, elle effectue régulièrement des fugues, à la recherche d’hommes pour la soulager. Sa mère a décidé de porter plainte en septembre dernier contre tous ceux qui ont perverti sa fille. Ce fait divers serait, pour certains, révélateur d’une dérive. Bien des jeunes filles seraient victimes d’abus sexuels. Ngafdai Daniel, 30 ans, animateur au sein de radio Salaaman, pense que cette situation est « due à une inconscience des adultes qui n’hésitent pas à profiter de l’ignorance des petites filles ». A lui d’ajouter, « Les chauffeurs de taxi, les enseignants, certains maîtres coraniques, tous ceux-là, n’hésitent pas à abuser d’elles sans scrupule ».

L’adaptation au monde en l’envers

Il existe une autre raison qui pousserait les mineures à avoir des relations sexuelles précoces. L’occidentalisation de la société. La diffusion de séries télévisées et l’avènement d’internet éloigneraient certaines d’entre elles de la coutume qui veut que les relations sexuelles ne se pratiquent que dans le cadre du mariage. « Avoir des relations sexuelles tôt est devenu un phénomène de mode à Garoua », constate Gaelle Kekeni, 17 ans, élève en classe de 4ème. Celles, comme elle, qui refusent de s’adonner à ces pratiques seraient considérées comme ringardes. Selon elle,

« les jeunes imitent les Européens et les Américains à travers internet et les séries télévisées. Maintenant, ils téléchargent des films pornographiques sur leurs téléphones portables et les visionnent pendant les heures de pause. »

Oumate Sadjo, 27 ans, étudiant en informatique à l’IAI de Garoua, pense que « le meilleur moyen de faire face à cette situation est d’informer les plus jeunes sur les dangers d’une sexualité précoce. » En traversant les rues du quartier Yelwa, il affirme qu’il lui est maintes fois arrivé de « voir des petits garçons et petites filles âgés à peine de 10 ans faire l’amour au pied des manguiers. C’est le monde à l’envers ! », s’acharne t’il.

Irresponsabilité des parents

Djemako Murielle, 31 ans, étudiante en économie et gestion à l’institut Yerima Dewa de Garoua, pointe du doigt les géniteurs.

« Les parents qui sont irresponsables et la cause de la mauvaise éducation de leurs progénitures. Dès l’âge de 10 ans, certains d’entre eux procurent des téléphones portables à leurs enfants. Il ne faut pas s’étonner après qu’ils aillent voir des films pornographiques qui circulent de nos jours partout. »

Nathanael, 15 ans, en classe de 5ème, blâme plutôt « les mères qui, selon lui, sont fautives puisqu’elles n’éduquent pas leurs filles ». Des propos que ne partage pas entièrement Mama Titi, 45 ans, mère de quatre enfants. Elle admet que certains parents ne jouent pas leur rôle, mais estime que les jeunes se détournent trop souvent des valeurs qui leur ont été transmises.

« Les jeunes filles ont souvent de mauvaises fréquentations et sont de plus en plus matérialistes. A mon époque, se remémore-t-elle, il était impossible de se comporter comme elles le font. Nous restions près de nos mères pour les aider dans les tâches ménagères ».

Avis du gynécologue

Pour le Dr. Husseinatou Boubakary, sexologue à la clinique Southia de Garoua, les familles sont pour partie responsable de la situation. « L’éducation sexuelle est de la responsabilité des parents et du système scolaire », souligne-t-elle. Mais, selon elle, « il y a toujours eu une sexualité précoce chez les jeunes. La différence entre avant et maintenant c’est les Tic. Les faits sont plus exposés qu’auparavant ».

Nostalgie de la sexualité avec les bonnes mœurs

La sexualité précoce des jeunes filles est aujourd’hui sujet de discorde. Pourtant, il fut un temps où elle ne heurtait pas les bonnes mœurs à Garoua. Par le passé, les mariages de mineures étaient fréquents. Goutta Rebecca, 50 ans, qui vit à Ngong, estime que la situation des filles mariées très tôt et celle des jeunes filles qui ont des rapports sexuels hors mariage ne sont pas comparables. Selon elle,

« les filles victimes du mariage précoce y ont été contraintes par leurs familles, contrairement aux autres qui ont la liberté de s’abstenir ou de passer à l’acte. »

« Une chose est sure, on doit réfléchir sur les conséquences néfastes du mariage précoce qui existe toujours dans nos sociétés, même s’il est plus rare, assure-t-elle. C’est un véritable traumatisme pour les victimes qui parfois n’ont même pas leurs règles ».

Aicha Moussa, 16 ans, voilée, n’a pas sa langue dans sa poche. Elle dénonce ces pratiques qui, pour elle, n’ont aucun sens.

« Les jeunes filles ici subissent des injustices, dénonce-t-elle. Parfois, certaines d’entre elles sont données en mariage dès l’âge de 13 ans. Dernièrement, j’ai une amie qui a été mariée à un vieux à 15 ans, ce n’est pas normal ! Moi je veux avant tout étudier ».

Aicha Moussa fait partie de ces jeunes filles qui ont réussi à trouver leurs repères dans une société où traditions et modernité se combinent pour le meilleur et pour le pire.

Réactions

Veuillez saisir votre contribution !
Veuillez saisir votre nom ici

− 4 = 1