À Mbanga-Pongo
À Mbanga-Pongo. Crédit photo : chateaunews.com
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Pour rejoindre à pieds ou en véhicule la station Tradex Village, les habitants du village Mbanga-Pongo et ses environs font face à de gigantesques mares d’eaux qui jonchent la route.

Il faut être muni d’une paire de bottes en caoutchouc, pour pourvoir braver ces petits lacs.

« C’est une très mauvaise route. Même si vous me payez 3 000 F Cfa, je ne vous amène pas à Mbanga-Pongo. Il y a des motos spécialisées pour cette route »,

déclare un moto-taximan aux reporters, après avoir été sollicité par ceux-ci pour les conduire dans cette localité enclavée de l’arrondissement de Douala 3ème.

« Pour sortir de ce village, il faut avoir dans le sac une deuxième paire de chaussures de rechange, que tu vas porter une fois arrivée à Tradex »,

affirme une habitante de Mbanga-Pongo.

Il est bientôt 7h en cette matinée du vendredi 21 septembre 2018, et les élèves ont de la peine à se frayer un chemin pour se rendre à l’école.

« Les mares d’eaux posent un problème. Nous sommes toujours obligés de mettre les pieds dans les eaux sales et ça nous donne des infections »,

témoigne une élève.

« Quand il pleut, c’est horrible. Même les véhicules ont de la peine à sortir. Nous sommes obligés de transporter nos enfants au dos pour les accompagner à l’école. J’ai été obligée d’enlever mon enfant au collège d’enseignement secondaire (CES), de peur qu’il se noie un jour en allant à l’école »,

explique Suzy Mougue, une riveraine.

En attendant la création d’un lycée, Suzy et les autres habitants de la localité n’ont pas d’autre choix que d’inscrire leurs enfants au CES, mais l’établissement est plus éloigné du lieu-dit Petit-Robert, considéré ici comme la « ville ». Le CES n’est pas éloigné du lieu où un avion de la compagnie Kenya Airways avait crashé en 2007. La botte est très prisée dans cette agglomération qui abrite environ 36 000 âmes. Ces habitants se soignent dans l’unique hôpital de district inauguré il y a quelques mois. Le CES et l’hôpital de district de santé sont les seuls services de base existants pour le moment à Mbanga-Pongo.

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Tarif revu à la hausse

Dans cette localité, le tarif du transport a été revu à la hausse. Désormais, les habitants du quartier Mbanga-Pongo paient deux fois plus que le tarif normal.

« Avant, on payait 300 F Cfa pour la station Tradex. Aujourd’hui, on paie 600 F Cfa pour le même trajet »,

affirme une riveraine.

« Nous sommes souvent contraints de monter jusqu’au marché de Petit Robert pour prendre la moto à 400 F Cfa pour Tradex. Les samedis et dimanches, le tarif grimpe à 2 000 F. Cfa. Parfois, tu ne vois même pas la moto qui va te transporter »,

explique une autre habitante du coin, une paire de botte aux pieds.

« Nous n’avons pas de choix, car c’est le mauvais état de la route qui nous oblige à payer ce double tarif »,

renchérit Patricia Nguelé, commerçante. Une occasion idoine pour ces moto-taximen de se faire un peu d’argent.

Face à ce problème de route qui dure depuis plus de cinq ans, les habitants de Mbanga-Pongo, à travers son comité de développement de ce quartier, ont essayé d’empêcher l’évolution rapide de ces petits lacs qui jadis n’étaient que des flaques d’eau.

« Grâce à l’argent collecté par le CODEM (Comité de Développement de Mbanga-Pongo) auprès des riverains, nous avons acheté plus de 50 camions de déchets de ferraille à la société Prometal, pour le remblai de ces puits de chameau qui rendent la route impraticable »,

explique le secrétaire général du CODEM. Il déplore l’absence des drains sur cette route qui commence du marché petit robert jusqu’au lieu du crash. Cette route parsemée de petits lacs d’eau, fait partie des multiples promesses infra-structurelles tenue à l’endroit des habitants du village Mbanga-Pongo, il y a douze ans.

Mbanga-Pongo
Mbanga-Pongo. Crédit photo : chateaunews.com

Promesses non tenues

La route n’est pas le seul problème qui gangrène le village Mbanga-Pongo. Plusieurs autres infrastructures promises par le gouvernement camerounais au lendemain du crash du Boeing 737-800 de la compagnie aérienne Kenya Airways, survenu en 2007 dans cette localité enclavée, n’ont pas été réalisées. A l’instar de l’école publique et de la gendarmerie baptisée le « peloton ». Après 2h30 de marche à partir de Tradex Boko, les reporters s’arrêtent devant une plaque implantée le 21 août 2017 par le ministère de l’Education de base (Minedub), où quatre mots se détachent à mi-hauteur en lettres jaunes : Ecole publique de Mbanga-Pongo. Une flèche nous oriente à cette école. Le corridor qui mène à cet établissement primaire est parsemé d’herbes par-ci et de boue par-là. Il faut pratiquer une gymnastique pour arriver au lieu indiqué.

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La maison baptisée « école publique de Mbanga-Pongo » a une mauvaise apparence. La façade présente des murs non crépis. Le battant des portes et les fenêtres sont trop étroits et dépourvus d’antivol. Huit tables-bancs et un tableau meublent chaque salle de classe. Le sol est recouvert de sable. Les salles de classe sont séparées par des contreplaqués. Une table en bois sur laquelle sont déposés une fiche d’inscription et un registre de noms, est disposée à l’entrée de l’une des pièces qui abrite les classes du CM1 et CM2. Une chaise rembourrée de mousse et recouverte de tissu est posée en dessous de ladite table. Sans doute le bureau de la directrice. Dans la cour, un drapeau tricolore (vert, rouge et jaune) est hissé au sommet d’une hampe en bois. A côté, dans les buissons, deux planches sont superposées sur deux pneus de camion. Ce sont les toilettes.

« C’est un bon samaritain qui a bien voulu nous donner sa maison pour que les enfants aillent à l’école »,

déclare un instituteur.

École Piublique de Mbanga-Pongo
École Piublique de Mbanga-Pongo. Crédit photo : chateaunews.com

Les classes dans une vente à emporter

Les hautes herbes et les eaux stagnantes constituent la clôture. Une vieille maison est abandonnée dans cette broussaille. A un jet de pierre de cette bâtisse, l’école maternelle de Mbanga-Pongo. Dans ce beau petit village, les enfants font des cours dans une vente à emporter. Un contreplaqué peint en noir et cinq tables en bois, entourées de six chaises chacune, meublent ce petit espace carré de deux mètres sur deux. L’école comporte trois classes : la petite section, la moyenne et la grande section. A la récréation, les « petits bouts de choux » partagent avec un cordonnier la petite véranda qui leur a été réservée, et qui est en même temps un espace de jeu. Sur le battant gauche de ladite vente, un format A4 est affiché à portée de vue. Sur ce format, l’on peut lire la note suivant : « école maternelle de Mbanga-Pongo. Inscription 7 500 F Cfa ».

« L’école primaire est une grande chambre que nous avons scindée en trois pièces à l’aide des contreplaqués. Chaque compartiment est constitué de deux salles de classe. Nous l’avons loué à 20 000 F Cfa le mois. Nous avons avancé quatre mois. Pour ce qui est de l’école maternelle, nous l’avons louée à 10 000 F Cfa en attendant que le Comité de développement achève la construction de l’école »,

explique Moussa Tao, le secrétaire général du Comité de développement de Mbanga-Pongo. Sur le site choisi par le MINEDUB pour la construction de l’école publique de Mbanga-Pongo, les travaux entamés par le comité de développement sont inachevés. Une fondation de deux grandes chambres en matériaux provisoires est soutenue par une charpente non recouverte. Ce sont les nouveaux bâtiments.

« Nous avons lancé les travaux de construction de l’école publique il y a quelques semaines. Le chantier a été arrêté faute d’argent. Pour achever cette école, il faut en moyenne 700 000 F Cfa »,

explique Roméo Belinga, le représentant du chef du village Mbanga-Pongo.

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Annoncés par le gouvernement, les travaux de construction de la brigade de gendarmerie baptisée « peloton », n’ont jamais vu le jour. La superficie devant abriter ce bâtiment est de deux hectares.

« Le gouvernement a commencé les implantations sur le site en 2016. Et depuis ce jour, les travaux ont été abandonnés, d’où l’insécurité grandissante dans cette localité »,

témoigne Moussa Tao. Confrontés à cette situation invivable, les habitants du village Mbanga-Pongo demandent au gouvernement de leur venir en aide.



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