taxi brousse
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Parmi les véritables curiosités au Cameroun, le transport occupe une place de choix pour les visiteurs curieux, tant ce mode de déplacement révèle des génies et travers parfois incroyables.

La région de l’Adamaoua n’échappe pas a cette particularité palpable dans toutes les destinations. Ici le client est loin d’être roi. Son confort dépend de sa capacité à payer le plus de place ou à louer le véhicule entier pour le déplacement. Allons y faire un tour dans l’un des axes empruntés par les populations, avec ce moyen de transport, pour toucher du doigt la réalité partagée par chacun sans distinction de statut social.

Il est 6 heures du matin, la ruelle du marché Bantaï à Ngaoundéré qui fait office de gare routière commence à accueillir ses premiers taxis et ses premiers passagers à destination de l’arrière région.

Une mère au foyer, assise sur un tronc d’arbre allaitant tendrement son bébé attend impatiemment le départ de son taxi vers sa destination finale. Aliou, la trentaine, ancien pompier et reconverti en chauffeur attend à côté de sa voiture Peugeot de couleur rouge,  l’arrivée de ses derniers clients habituels qu’il tante de convaincre au téléphone afin de se dépêcher.

Obligés de passer par ce moyen de transport pour rallier les marchés reculés afin de s’approvisionner en marchandises, les commerçants et autre buy-and-sellam se sont familiarisés avec cette réalité. Le trajet n’est pas de tout repos, encore moins plaisant.

« Ici, c’est le chauffeur qui est roi. La sécurité et le confort du voyage dépendent de son humeur, en fait on est à la merci des chauffeurs »,

raconte Nana, un habitué. Dans ce monde de transport où règne le flou, la surcharge est le quotidien des passagers. Tenez, un taxi supposé accueillir 5 passagers se retrouve avec le double sans compter les marchandises de toute nature qui surplombent l’arrière.

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Dans ce secteur va-t’en guerre, même le principe élémentaire de base de la conduite n’est pas respecté. Les visites techniques relèvent de l’imaginaire. Ils n’en existent simplement pas. Rare sont les chauffeurs qui disposent de permis de conduire. Quant aux contrôles routiers, il s’agit de simples formalités.

« Chaque fois que j’ai emprunté ces voitures, jamais les chauffeurs ont été inquiétés pour la surcharge. Très souvent, nous observons une sorte de tontine qui s’entretient par des mouvements de 500 FCFA entre les agents de force de l’ordre et les conducteurs. Cela se passe avec chaque voiture lors du premier passage sans se préoccuper du sort et de la sécurité des usagers »,

confie Moustapha, usager. Dans ces taxis on retrouve pêle-mêle chèvres, moutons, poules qui cohabitent avec les personnes et les biens.

Dans une région en proie aux redoutables coupeurs de route qui imposent leur loi dans cette immense savane, les taxis brousse sont très prisés par la population. Ils arpentent pistes, chemins et les rares routes bitumées. Ils sont sur la pluie, dans la boue, pour satisfaire une clientèle de plus en plus nombreuse.

« Il y a des jours où on fait plusieurs aller et retour car les clients sont nombreux. Nous sommes obligés de surcharger car le carburant coûte cher et d’autres taxes nous sont imposées au stationnement »,

déclare un chauffeur. Ce dernier se prive d’évoquer les transactions avec les amis routiers qu’il dénonce néanmoins hors micro. La formule « on va faire comment, c’est le Cameroun » vient légitimer cette pratique anti-sécuritaire. Comment comprendre qu’un véhicule prévu pour 5 passagers se retrouve avec 10 personnes entassées aux vu et su de tous ?

Le marché de Tello, situé à environ 100 km à l’est de la ville de Ngaoundéré est l’un des exemples typiques du quotidien et de la réalité de ce moyen collectif de transport qui règne en maître. Des pratiques similaires sur les tronçons de Tignere, Tibati, Meiganga, … à quelques exceptions prêt.

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A Ngaoundéré, les points de départ et de ramassage sont nombreux tout en se concentrant aux abords des marchés de la ville et ne partent que lorsque toutes les places sont vendues. Les Bus des agences de transport refusent de risquer de s’aventurer sur certains trajets, avec le coup des célèbres SAVIEM de Narral Voyages n’étant plus majoritairement en service.

La nature ayant horreur du vide, les taxis brousse ont pris goût sur les routes des campagnes et chacun trouve son compte dans ce business de tous les risques.



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