Mimi Mefo
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Libérée samedi dernier de la prison centrale de New Bell, où elle était détenue depuis le 8 novembre dernier, la journaliste vient d’être innocentée des charges retenues contre elle par le tribunal militaire de Douala. La nouvelle suscite un émoi général.

Comme il fallait s’y attendre, la vague d’indignation qui a suivie l’acharnement judiciaire contre la journaliste Mimi Mefo, rédactrice en chef du Desk anglais de la chaîne Equinoxe TV, a été au cœur de l’actualité. Le syndicat national des journalistes du Cameroun, a sorti l’artillerie lourde pour soutenir la journaliste entre les mailles de la justice militaire en lancent un ultimatum en vue d’abandon de toutes les charges retenues contre elle. Le SNJC et les défenseurs de liberté d’expression du Cameroun et d’ailleurs se sont mobilisés contre ce retour aux vieux démons qui pesaient jadis sur la liberté d’expression au Cameroun. Dans des déclarations à maxima, la presse condamnait son incarcération.

Le film des événements

Dans un post daté du 30 octobre 2018 sur le réseau social Twitter, Mimi Meffo relaye une information sur l’assassinat du missionnaire américain, Charles Truman, lors d’un affrontement entre l’armée et les séparatistes mettant en cause les forces de défense camerounaises tout en citant sa source, CNA. Les choses se sont précipitées lorsqu’elle est convoquée à la légion de gendarmerie le 7 novembre pour être entendue, par le colonel Raymond Boum Bissoue en charge de l’enquête, puis déférée devant le Commissaire du gouvernement Jackson Ahanda Yemego, près du tribunal militaire de Douala. Dans la nuit du 7 au 8 novembre, elle est placée en détention provisoire à la prison Centrale de New Bell avant d’être relâchée ce samedi après midi. Contre toute attente, elle est libérée le 10, et ce 12 novembre, elle s’est présentée devant ses juges.

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Atteinte à la sûreté de l’Etat

A l’origine poursuivie pour des faits de propagation de fausses nouvelles susceptibles de nuire aux autorités publiques et à la cohésion nationale et cybercriminalité, les faits seront requalifiés par le commissaire du gouvernement, d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

« Le changement de charge visait tout simplement à ne pas rendre la juridiction militaire incompétente pour se saisir de cette affaire qui relève du droit commun et qui ne présente aucun lien avec une infraction militaire »,

dénonce le collectif d’avocat chargé de représenter le journaliste. Un observateur de la justice dénonce « la comparution des civiles devant les tribunaux militaires qui sont des juridictions d’exception ».

La sortie de Issa Tchiroma

Prompt à défendre le gouvernement, le Ministre de la Communication a fait une sortie via sa page Facebook pour donner la version du gouvernement de cette affaire :

« Les propos de madame Mimi Mefo Takombo qui en plus d’altérer la réalité des faits et de rependre des contre-vérités manifestes ne manquent pas de jeter un discrédit sur nos forces de défense fortement préjudiciable au moral des troupes alors qu’elles mènent un combat loyal et légal contre des hordes criminelles mue par un dessein sécessionniste »,

écrit-il, dans une posture de surenchère sécuritaire.

Un regain de délit de presse

Le gouvernement ne fait mystère de son intention de museler les voix discordantes sur la guerre qu’il mène contre les séparatistes anglophones. Dans un contexte où le pouvoir de Yaoundé s’évertue à donner l’image d’un pays modèle soucieux des libertés d’expression et de droit de l’homme, cette politique de répression à l’encontre de la presse n’est pas pour arranger les choses. Sentant la polémique enfler, le gouvernement se mure derrière la rigueur de la loi. L’arrestation de Mimi Mefo n’est en effet que le prolongement d’une campagne de censurer la presse. Le Directeur de Publication du bimensuel Oeil du Sahel, Michel Kalbassou a été placé en garde à vue pendant 4 jours à Yagoua et que le correspondant du Messager à l’Ouest, Olinga Ndoa a connu le même sort.

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Mesure de représailles

Classé 128e dans l’indice de liberté de presse, ce énième durcissement de ton et d’attitude du gouvernement inquiète les organisations de défense de liberté de presse. L’ONG, Reporter Sans Frontière ne mâche pas ses mots :

« les journalistes qui couvrent la crise anglophone ne sont pas des criminels ».

Réuni en session extraordinaire, le syndicat national des journalistes du Cameroun annonce un train de mesures en représailles :

« Le boycott par les journalistes et les médias de toutes les activités du gouvernement pendant 10 jours à compter de ce 8 novembre. Le SNJC demande au gouvernement de libérer Mimi Mefo sans aucun préalable et prendre toutes les mesures nécessaires pour apaiser les relations entre les journalistes et les institutions de la république ».

L’abandon des charges contre la journaliste et blogueurs faisant suite à une mobilisation sans précédent des professionnels du métier le plus beau du monde montre à suffisance qu’il est besoin du levier d’influence du quatrième pouvoir. Mimi Mefo qui comparaissait ce jour devant le tribunal militaire de Douala en étant libre pour répondre des chefs d’accusations portés contre elle, si le commissaire du gouvernement avance l’implication du chef de l’Etat dans l’issue heureuse de cette affaire rocambolesque, cette victoire de la liberté de la presse sur toute forme de censure est surtout à mettre à l’actif de la solidarité du monde des médias.

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