Exposition de la Culture et de l'Art de vivre Mbororo
Exposition de la Culture et de l'Art de vivre Mbororo. Crédit photo : chateaunews.Com
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Elle s’appelle Adda Djamila Inna, 48 ans, veuve et mère de 5 enfants. Fine, frêle et un peu fragile, son regard sévère trahit la colère et la détresse. Cette femme Mbororo a été contrainte par les preneurs d’otage de quitter Mbong Iya, son village dans l’arrondissement de Nyambaka, pour s’exiler à Ngaoundéré.

Cet exil forcé l’a dépouillé de son honneur et de sa fierté. Celle qui extrait le lait hier se retrouve à couper du bois pour vendre afin de nourrir ses 5 enfants. Comme cette dernière, nombre de femmes Mbororos sont dans des situations pareils. Pour elles ce n’est ni plus ni moins qu’une question de survie.

Exposition de la Culture et de l'Art de vivre Mbororo
Exposition de la Culture et de l’Art de vivre Mbororo. Crédit photo : chateaunews.Com

Episode dramatique dans le feuilleton des preneurs d’otages avec demande de rançon, la séance de travail organisée par les soins du Gouverneur, ce samedi n’est en effet qu’un prolongement spectaculaire pour mesurer l’ampleur du gouffre. Sous la houlette de la Mbororo Social and Cultural Developpement Association (MBOSCUDA), la communauté Mbororo a battu le rappel de ses troupes pour honorer le rendez-vous. Et pour porter leurs voix, l’association Mboscuda entend bien agir en véritable lobby. En mouvement fédérateur de toutes les énergies de la communauté, La MBOSCUDA veut peser de tout son poids dans la recherche d’une issue à ce problème.

Dans leur collimateur, une partie de l’administration. Les Mbororos reprochent aux autorités à mots à peine couverts de les avoir abandonné à leurs triste sort :

« Vous allez rencontrer les militaires, à la sortie de la rencontre, les coupeurs de route vous appellent pour vous dire ce que vous vous êtes dis. Nous arrêtons ces malfrats et les remettons à la justice mais ils sont libéré quelques mois après pour revenir nous hanter. Parfois les gendarmes nous disent qu’ils n’ont pas de carburant pour les pourchasser. Que vaut la collaboration avec les autorités si en sourdine, ils torpillent nos efforts ? »,

fustige Baouro un leader de la communauté

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Les chiffres parlent d’eux même. Dans un tableau récapitulatif du phénomène de prise d’otage dans la région de l’Adamaoua entre 2015 et 2018, l’Association Mboscuda dénombre 311 personnes arrêtées ; 29 personnes libérées suites à l’intervention des forces de défenses et comités de vigilances ; 212 personnes libérées par rançon; 70 personnes tuées et un montant de 2 milliards 157 millions 400 milles francs versés en rançon.

« Nous sommes associés régulièrement à ces malfrats, nous sommes pointés du doigt, on est diabolisé »,

regrette Maroufou, qui juge ce traitement déplacé, choquant, voire méprisant et insultant pour sa communauté.

Case Mbororo Exposition de la Culture et de l'Art de vivre Mbororo
Case Mbororo Exposition de la Culture et de l’Art de vivre Mbororo. Crédit photo : chateaunews.Com

Moussa Baouro, président de MBOSCUDA dans le Département du Mbéré. N’ayant pas froid aux yeux, il n’est pas allé des mains mortes pour parler de ce phénomène.

« Nous ne sommes pas aveugles, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. Nous savons que ces coupeurs de route ne peuvent pas récupérer 50 millions de FCFA et rester en brousse »,

déplore Moussa Baouro qui n’est pas du genre à dire ce qu’on souhaite entendre et sans mâcher ses mots. Adepte des belles paroles biens ciselées, le gouverneur a fini par accepter la réalité. Qui ne se souvient pas de l’expression de « la région la plus proche du paradis » surnommée l’Adamaoua ? Lointaine est en effet l’époque où la région de l’Adamaoua était considérée comme un havre de paix. La vaste savane s’est transformée en repère d’une horde criminelle. Aux fonds de leurs grottes, ces grabataires distillent la mort et ont replongés la région dans les années de plombs.

« Ce phénomène a commencé avec les voleurs de bétail, aujourd’hui nous sommes face à des preneurs d’otages, demain c’est une rébellion que nous allons affronter. Il ne sera plus question d’un danger qui guette l’Adamaoua mais la nation toute entière »,

regrette Mouhamadou Bachirou de l’Association APPESS.

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