boeuf, élevage bovin
Crédit photo: chateaunews.com
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Le 8 avril dernier, 5 otages libérés par leurs ravisseurs ont été récupérés par les forces de défense camerounaises. L’opération avait fait grand bruit. Le gouverneur de l’Adamaoua n’a pas hésité à convoquer la presse très tard dans la nuit à 22 heures pour « saluer l’efficacité des forces de l’ordre ».

Depuis leur arrivé, le Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale ne brille pas par leurs actions sur le terrain. Le spectre d’enlèvement des personnes suivi de demande de rançon visant les éleveurs dans la région château d’eau du Cameroun a certes baissé d’intensité, mais la menace est toujours réelle. Ils représentent une grave menace pour la production de l’élevage bovin.

La région de l’Adamaou, berceau de la race goudali, possède l’un des plus gros cheptels bovins de la sous-région. En l’espace de quelques années et faisant suite au déclenchement de la crise CentrAfricaine, le secteur de l’élevage bovin dans cette région a été sévèrement atteint. Deux associations présentes sur le terrain dressent un bilan catastrophique des exactions des bandes armées qui sévissent dans cette partie du Cameroun.

D’après les statistiques fournis par MBOSCUDA (Mbororo Socio Cultural Development Association), plus de 5 millions des boeufs ont été volés entre 2015 et 2018. Le même rapport relève que plus de 311 personnes ont été enlevées, 29 personnes libérées suite à l’intervention des forces de défense et des comités de vigilance, 70 personnes tuées et 212 personnes libérées après versement de rançon qui se chiffre à plus de 2 milliards de FCFA. Même son de cloche du côté de l’Association des Producteurs d’Elevage dans le Sahel et la Savane (APESS) qui publie un rapport faisant état de plus de 4 226 éleveurs qui ont fui les pâturages .

Pour tenter d’y remédier, le chef de l’État Paul Biya, a dépêché sur le terrain, le 30 janvier dernier un détachement de 130 gendarmes du Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN) dans les localités de Tignère, Bélel, Ngan-ha, Martap et Libong. Ce déploiement des forces de défense a permis d’éviter le pire, mais la situation reste précaire.

« Pendant longtemps, le pouvoir en place a refusé d’admettre la gravité de la situation. Ce déni a accentué les assauts des coupeurs de route et la vulnérabilité des éleveurs qui se sont senti abandonnés »,

s’insurge Bachirou, président de la branche locale de l’APESS. Un avis largement partagé par les éleveurs qui ont fui les pâturages, aujourd’hui éparpillés et errants dans les métropoles.

« J’ai été arrêté et détenu pendant 11 jours avant que mes fils payent 14 millions pour ma libération. Aujourd’hui je n’ai plus de boeufs, je n’ai plus rien »,

se désole Alhadji Adjia, ex-otage.

Grand bassin de production de l’élevage bovin au Cameroun et dans la sous-région CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), l’Adamaoua subit de plein fouet le phénomène le spectre d’une crise qui a un impact négatif sur le sort des éleveurs et contribue à la chute vertigineuse de la valeur des bœufs sur les marchés. A cause de cette insécurité ambiante, le prix du bœuf a chuté de manière drastique. Il est deux fois moins cher qu’il y’a quelques années. La seule voie d’issue envisagée par les autorités pour l’heure est de traquer les ravisseurs jusqu’à leur dernier retranchement afin de venir à bout de cette horde criminelle définitivement. Mais au-delà du dispositif sécuritaire mis en oeuvre, un accompagnement de ces éleveurs pour la plupart nomade pour reprendre leurs activités est une nécessité qui s’impose. La question est d’autant plus urgente qu’il y va de l’avenir de l’élevage bovin.

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