Travail indécent dans les médias

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La libéralisation du paysage médiatique intervenu au Cameroun à la faveur du vent d’Est qui a soufflé sur l’Afrique à l’aube de la décennie 90, a presque pris de court les pouvoir publics. Du coup, la création d’organes indépendants a pris le pas sur la mise sur pied de véritables entreprises de presse. Avec pour corollaire la clochardisation des journalistes.

La misère ambiante des ouvriers de la plume et du micro.

Les hommes et femmes de média aussi bien que les travailleurs des métiers connexes de la communication dans leur immense majorité, tirent le diable par la queue au Cameroun. La loi n° 90/052du 19 décembre 1990 sur la communication sociale au Cameroun a laissé libre cours aux aventuriers de tout bord dans le processus de création d’un organe de presse. Ladite loi stipule dans son article premier des dispositions générales ceci : « La liberté de presse garantie par la constitution s’exerce dans le cadre des dispositions de la présente loi. » Dans l’article 2 alinéa « Le préfet est tenu, dans un délai de quinze (15) jours à compter de la date de saisine, de délivrer un récépissé de déclaration au demandeur lorsque le dossier est conforme aux dispositions de l’alinéa (2) ci-dessus. Passé ce délai, le silence du préfet vaut récépissé. Dans le cas où le préfet refuse de manière expresse, de délivrer le récépissé de déclaration, le demandeur peut saisir le juge dans les conditions prévues à l’article 17 (2) et (3)…

Les abus en tous genres…

En adoptant ces textes dans la pression au lendemain des premiers états généraux de la communication, les pouvoirs publics ont ainsi ouvert un boulevard aux aventuriers de tout bord qui ont solidement fait leurs nids dans un domaine considéré comme étant le plus beau métier du monde. Jusqu’à ce jour la convention collective signée entre les patrons de presse, Etat et représentants des employés n’a jamais été respectée. C’est ainsi que, du jour au lendemain, des organes de presse se sont créés et ont disparus à la même vitesse de leur apparition dans le paysage médiatique national. La plupart de celles des structures qui subsistent tant bien que mal paient leurs employés en monnaie de singe, si l’on ne leur offre pas tout simplement un plat de bouillon chez la veuve du coin, en lieu et place du salaire. Que ce soit chez les confrères des radios, télé ou presse écrite, le phénomène porte le même nom : La précarité. C’est dans ces conditions qu’est né et prospère le « phénomène du gombo » qui consiste à recevoir de l’argent et autre pot-de-vin en contrepartie des articles de presse à la carte. Au grand mépris de l’éthique journalistique et de la déontologie professionnelle, si chères à Albert Londres, l’un des exégètes de la profession. Le théoricien de la célèbre maxime « Ne rien dire pour nuire, ne rien taire pour plaire, notre devoir c’est de porter la plume dans la plaie. » A en croire certains spécialistes en la matière, la pratique du gombo est changeant comme le caméléon. On distingue le gombo noir, le gombo gris et le gombo blanc. Le gombo noir c’est lorsqu’un journaliste perçoit de l’argent pour affirmer ou infirmer des faits non avérés. Le gombo gris consiste à dire ou écrire des informations non vérifiées, les plus malins utilisent assez souvent le conditionnel qui pourtant ne les dédouane guère aux yeux de la loi. Alors que la pratique du gombo blanc consiste à transformer un publireportage, une propagande en information. Et c’est l’aspect le plus courant, surtout dans le secteur des médias de service public.

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Inertie des pouvoirs publics…

Pour écharper à cette situation de clochardisation permanente, une génération de francs-tireurs ont frayé leur chemin dans ce pandémonium où vivotent ceux qui sont censés écrire l’histoire au présent. Il s’agit de ces maitres-chanteurs qui offrent des services tarifés, au gré de leurs intérêts. Le phénomène germe sur l’impunité et se nourri de la corruption dans un environnement où la probité morale des gestionnaires des deniers publics n’est pas la chose la mieux partagée. Pourtant de grandes résolutions ont été prises lors des derniers états généraux de la communication qui se sont tenus au palais des congrès de Yaoundé les 5, 6, 7 décembre 2012 sous la houlette de Issa Tchiroma Bakari, alors ministre de la communication. Faut-il rappeler ici que lesdites assises se sont tenues 18 ans après la grand-messe organisée en son temps par Augustin Kontchou Kouomeni.

Le thème pourtant porteur d’espoir qui avait été retenu en 2012 était : « La communication, instrument de consolidation de la paix, de l’unité et de la solidarité nationales, pour un Cameroun prospère et émergent à l’horizon 2035 ». Curieusement, toutes les grandes résolutions que les orfèvres de la communication venus des quatre coins de la planète (répartis dans sept ateliers de travail) avaient adoptées lors de ces assises, ont été soigneusement rangées aux calendes bantoues. Aucune partie n’a à ce jour respecté ses engagements. Ni les pouvoirs publics, encore moins les patrons de presse. Au grand dam des pauvres « plumitifs », dindons de la farce.

Éric Vareni / Directeur de publication du quatrième pouvoir

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