Chimamanda Ngozi Adichie et l’Hibiscus pourpre
Chimamanda Ngozi Adichie
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Chimamanda Ngozi Adichie est le fruit d’un professeur et d’une registraire d’université. Originaire de l’ethnie Igbo, elle est le produit des systèmes d’enseignement nigérian – médecine – et américain – communication, science politique, création littéraire, études africaines –.

Son talent et sa renommée ont largement franchi les frontières de son Nigéria natal. Auréolée du titre de docteur honoris causa par de nombreuses universités et traduite dans plus de trente langues, elle fait partie des rares auteurs africains susceptibles de décrocher le Prix Nobel de Littérature.

Chimamanda Ngozi Adichie se présente aussi comme une féministe, et a dédié à cette question des écrits spécifiques. Elle est lauréate de diverses distinctions littéraires, parmi lesquelles le Commonwealth Writers Prize, pour son premier roman, L’Hibiscus Pourpre.

L’histoire

L’Hibiscus Pourpre est l’histoire des Achike, une riche famille nigériane résidant à Enugu. Cette famille est composée des parents, Eugène et Béatrice, et de deux enfants, Jaja et Kambili.
Kambili est la narratrice, du haut de ses 15 ans. L’intrigue s’appuie sur le père de famille, Eugène, un fondamentaliste chrétien. Frère d’Eglise, il ne supporte aucune croyance qui s’écarte de celle à laquelle il s’est abandonné. Un conflit ouvert existe entre Eugène et son père, adepte du culte des ancêtres igbo.

Il reproche à son père de ne pas se convertir au Christianisme, et lui propose même d’embrasser cette religion en contrepartie de bien matériels. – Dans une moindre mesure, il s’est par ailleurs brouillé avec sa sœur Ifeoma pour les mêmes raisons –

Il rompt le contact avec son père, et n’eut été l’intervention de la communauté villageoise, Kambili et Jaja n’auraient pas connu leur grand-père. Ne tenant pas à envoyer ses enfants dans la maison d’un païen, il ne leur accorde que 15 minutes par an en compagnie de leur ascendant, durant les vacances.

Eugène Achike est d’une autorité religieuse et paternelle extrême envers sa famille nucléaire. Il incarne la figure du père-surveillant. Il dresse l’emploi du temps quotidien de ses enfants à suivre à la lettre, en période de classes ou non, entre la sieste, le travail, le temps familial, les repas, la prière, le sommeil.

La prière est un passage continu, avant et après les repas, pendant les trajets en voiture, durant les séances régulières de discussion autour de la Bible… C’est aussi un instrument de pénitence en cas de faute.

Eugène Achike est également un homme violent, aussi bien envers sa femme Béatrice que ses enfants, notamment lorsqu’il considère que leurs agissements s’opposent aux prescriptions chrétiennes.

A ceci s’ajoute une étouffante culture de l’excellence scolaire qu’il communique à ses enfants.
La routine familiale sera brisée à la faveur d’un séjour de Jaja et Kambili chez Tatie Ifeoma, la sœur de leur père – C’est à travers un prétexte religieux qu’elle a obtenu l’accord de son frère –
Malgré la modestie du foyer de leur tante, ils y découvrent, au contact de leurs cousins, une chaleur et une ambiance qui les séduit. Démarre alors un combat douloureux avec leur père, afin de s’affranchir des contraintes du passé.

Béatrice Achike, excédée par les violences infligées à ses enfants et à elle par son mari, se décide à empoisonner ce-dernier.

L’approche de l’auteure

Le récit est fait à la première personne, ce qui lui confère une dimension particulière, dans la mesure où Kambili présente son ressenti de manière profonde et calibrée. Cette jeune fille raconte sa lugubre histoire familiale avec une certaine hauteur. Elle peut donc se permettre de présenter l’état d’esprit dans lequel elle était à cette époque, et simultanément, porter un regard faussement naïf – souvent implicite – sur l’absurdité de l’extrémisme paternel. (Exemples : interdire à ses enfants de s’incliner face à un dirigeant traditionnaliste, mais les inciter à le faire face à un évêque, ou interdite à ses enfants de manger chez leur païen de grand-père durant la brève visite annuelle).

L’auteure décrit avec une précision remarquable le mal-être déroutant d’une petite collégienne face à son père – et surtout face à elle-même – En permanence à la recherche du regard approbateur de son géniteur, elle ne peut s’empêcher de l’aimer et de savourer ses marques d’affection, malgré la crainte qu’il lui inspire.

En outre, je suis stupéfié d’admiration par la facilité avec laquelle elle construit des contrastes, afin d’illustrer la complexité du genre humain.

Eugène Achike est un industriel prospère qui ne lésine pas à mettre sa fortune au service de la communauté. Il est pareillement un éditeur de presse qui promeut la liberté d’expression et dénonce les tares du gouvernement militaire, malgré les risques réels encourus.

Chimamanda Ngozi Adichie et l’hibiscus pourpre
Chimamanda Ngozi Adichie et l’hibiscus pourpre

Paradoxalement, il est un tortionnaire sous son propre toit, qui comprime sa famille avec sa conception de la religion et de la vie qui fait office de dogme incontournable. – En pointant le rétroviseur vers le passé de ce personnage, l’auteure nous rappelle aussi que les bourreaux sont souvent des anciennes victimes qui ne font que reproduire le schéma qu’ils ont vu s’appliquer à eux.-

L’autre contraste saisissant se résume ainsi : Jaja et Kambili sont couverts de biens matériels, ne manquant de rien, sauf de liberté et de compréhension. Parallèlement, leurs cousins vivent dans un manque matériel relatif, mais bénéficient de la compréhension de leur maman. Jaja et Kambili envient la chaleur humaine présente chez leurs cousins, ces-derniers envient l’aisance matérielle présente chez Jaja et Kambili, et chaque groupe d’enfants accorde une importance minime à ce que l’autre convoite vivement.

Le texte est assez riche. Il faut le relire pour être sûr de n’avoir rien laissé passer. Les thèmes traités de manière connexe sont nombreux : corruption, violence politique, fuite des cerveaux, complexe culturel – christianisme/culte des ancêtres ; igbo/anglais – …

En somme, Chimamanda Ngozi Adichie est une sublime conteuse qu’il faut découvrir.

Mbengue Moukouri Cyrus Dariel
www.darielmbengue.com

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