forces de défense camerounaises
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Une armée post-coloniale a…

Les forces de défense camerounaises comme leurs consœurs d’Afrique francophone ont été créées, formées à la hâte pour remplacer au pied levé les forces françaises appelées à rejoindre l’hexagone après nos indépendances ou à faire face à l’escalade de la tension qui se profilait déjà à l’horizon en Algérie.

Elles se sont appuyées dans un premier temps sur un corps embryonnaire d’officiers recrutés parmi les sous-officiers camerounais, « analphabètes » pour la plupart, ayant servi dans les forces françaises lors de la seconde guerre mondiale et/ou en Indochine et dans un second temps par des officiers frais émoulus de la nouvelle école d’officiers de Yaoundé (EMIA).

Le niveau de recrutement de cette école et la politique dite d’équilibre ethnique conditionneront par la suite la qualité de l’encadrement, l’attitude et la servilité de cette armée.

Elles furent rapidement employées à réduire les différentes poches de résistance au pouvoir du président Ahidjo.

Il s’agissait d’une armée de répression pour les uns et de gardienne des institutions pour les autres.

Dans un contexte de monolithisme politique, nul doute que la première perception avait le vent en poupe.

Vinrent les années dites de braise où notre pays connut une transition difficile d’un monopartisme à un multipartisme d’une part et d’un conflit ouvert entre le Nigeria et notre pays à propos de la souveraineté de la péninsule de Bakassi d’autre part.

Une métamorphose de nos forces de défense s’imposa de facto pour répondre aux multiples défis sécuritaires, à la nouvelle donne politique, aux menaces avérées et potentielles.

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Une armée professionnelle, républicaine et respectueuse des Droits de l’Homme

Le Cameroun présente des atouts qui suscitent l’attrait de nombreuses puissances :

  • Il occupe une position stratégique en Afrique centrale et est la porte d’entrée du golfe de guinée riche en ressources halieutiques et pétrolières.
  • Il contribue à lui tout seul à la moitié du PIB de la CEMAC et fait contre poids au géant nigérian.
  • Il offrait une stabilité apparente qui contrastait avec les soubresauts qu’ont connus les pays qui l’entourent.

Nos forces de défense devaient donc faire face à un double défi :

  • Assurer non seulement l’intégrité des frontières terrestres poreuses du pays en répondant aux menaces dites de « basse intensité » qu’engendrent les différents conflits de la région mais aussi la sécurité de notre façade maritime contre la piraterie.
  • Devenir plus que jamais une armée républicaine, un creuset de la nation, respectueuse non seulement des institutions mais aussi des droits de l’homme.

Ce double défi auquel s’ajoutaient les changements dans nos relations avec notre principal partenaire en matière de défense, la France (L’Accord entre le gouvernement de la République du Cameroun et la République française, instituant un partenariat de défense (29 mai 2009) et intégration progressive de ce pays dans l’OTAN) impliquait une nouvelle définition des missions de nos forces de défense dans le cadre d’une doctrine militaire profondément remaniée.

Pour atteindre cet objectif, il était nécessaire au préalable de définir un concept stratégique d’une part et un concept géopolitique d’autre part.

L’analyse des risques, des menaces, potentiels et/ou avérés a certainement permis d’imaginer, de concevoir et d’anticiper notre politique de défense, notre diplomatie dans le cadre d’un concept stratégique dont seuls quelques dirigeants de l’état en ont la teneur.

Le choix et la contraction d’alliances et de partenariats, avec les puissances les mieux à même d’apporter leur aide. La diversification du panorama des partenaires du Cameroun s’inscrit dans l’histoire de l’État. Elle est progressive, au point que la France, partenaire stratégique, côtoie bien d’autres puissances étatiques ou supra-étatiques : la Fédération de Russie, Israël, la Chine, l’Union Européenne, les États-Unis d’Amérique qui disposent de 200 soldats à Garoua après le départ de 100 autres, suite à une demande du gouvernement du Cameroun. Mais, elle produit d’inéluctables conséquences, qui s’apprécient au regard de la loi d’airain des relations internationales : la dépendance stratégique et sécuritaire.

 

L’organisation, le déploiement et l’équipement actuels de nos forces de défense répondaient impérativement au besoin d’assurer l’ordre établi c’est-à-dire la pérennité du pouvoir en place.

Autrement dit de faire face à une menace de déstabilisation interne et externe du pouvoir tout en étant incapables de prendre elles-mêmes les leviers.

Les 21 textes de la réforme du 25 juillet 2001, les plus importants adoptés au sein des Forces armées camerounaises vont donc façonner une armée professionnelle et républicaine qui force le respect au-delà de nos frontières, en dépit de la désinformation dont elle est victime dans le cadre de cette guerre hybride que nous subissons.

Elle fait également la fierté des camerounais dont le patriotisme de la majorité d’entre eux n’est plus à discuter.

Patriotisme renforcée par les actions civilo-militaires que nos soldats en opération effectuent dans le septentrion, dans le NOSO et ailleurs, dans le cadre du lien Armée-Nation.

Depuis cette réforme, d’importants réaménagements ont eu cours et contribuent à ériger une armée moderne, qui fait face avec assurance et abnégation aux menaces les plus complexes.

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Qui doit être plus réactive et autonome dans les années à venir !!!

L’avenir de nos forces de défense s’inscrit dans sa capacité à relever, très rapidement, deux défis majeurs :

– Eviter son étirement en réponse à la multitude des crises sécuritaires qui secouent notre pays ;

– Bénéficier en toutes circonstances de moyens matériels et humains adéquats en dépit des contraintes financières et de l’état de nos relations avec nos partenaires internationaux.

Le défi de l’étirement

Aujourd’hui nos forces de défense sont sollicitées tant dans le septentrion que dans le NOSO mais aussi dans l’Est, l’Adamaoua ou dans le Nord.

La guerre asymétrique voire hybride que nous imposent nos ennemis internes et externes entraine une mobilisation de nos hommes sur une étendue très grande.

Connaissant les contraintes du combat notamment celles du respect du ratio de 10 hommes chargés de la logistique pour un soldat sur le champ de bataille d’une part et d’une rotation des effectifs, sous peine de rupture, d’autre part, nous devons imaginer une structuration, un format et une organisation de nos forces de défense pour faire face aux attaques de nos ennemis. Attaques qui, faute de cette adaptation, provoquent un étirement de nos éléments et par conséquent une vulnérabilité de notre territoire.

Depuis quelques mois, nous constatons des incursions répétées des éléments de Boko Haram qui, visiblement, ont adapté leur stratégie face à nos FDS.

Incapables d’affronter nos soldats comme ce fut le cas au début de la guerre, ils préfèrent opérer en petits groupes, pratiquant de préférence l’évitement.

Agissant de nuit, ils s’en prennent aux populations civiles, semant la désolation et pire créent peu à peu une lézarde dans le lien Armée-Nation patiemment tissé par nos FDS.

Une colère sourde des populations victimes de leurs exactions commence à s’élever.

Au-delà d’une réponse adaptée à ce défi et qui relève de nos états-majors, il convient d’indiquer que nous devons passer à un cran supérieur dans l’organisation, le format et l’équipement de nos régions militaires.

Notre pays dispose actuellement de 5 régions militaires couvertes entre autres par de brigades d’infanterie motorisée. En outre, il existe une brigade d’intervention rapide comprenant un bataillon de troupes aéroportées, d’un bataillon blindé de reconnaissance, d’un bataillon amphibie, d’un régiment anti-aérien, d’un régiment sol-sol etc …

Ce format impose une capacité de projection sur l’ensemble du territoire. Ce qui nécessite des moyens terrestres, ferroviaires et aériens appropriés.

Au regard de la démultiplication des zones crisogènes, n’est-il pas indispensable de pourvoir chacune des cinq régions?

  • 1 bataillon blindé de reconnaissance ;
  • 1 bataillon de troupes aéroportées ;
  • 1 bataillon d’artillerie sol-air ;
  • 1 bataillon d’artillerie sol-sol.

Chacun des bataillons ayant 600 hommes, l’ensemble des bataillons des 5 régions militaires formant une brigade :

  • Brigade blindée
  • Brigade de parachutistes
  • Brigade d’artillerie sol-air
  • Brigade d’artillerie sol-sol

Ce changement de format n’aurait de valeur ajoutée que s’il s’accompagne d’une dotation en matériels, en ressources humaines à la hauteur des enjeux.

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Le défi d la réactivité et de l’autonomie

Ce n’est pas trahir un secret militaire de dire que nos forces de défense ont davantage besoin de véhicules blindés transports de troupes, de M.R.A.P « Mine Resistant Ambush Protected » pour parer aux I.E.D «Improvised Explosive Device ».

Sur les théâtres d’opérations du septentrion comme du NOSO, que de pertes en vies humaines militaires mais aussi civiles qui auraient été évitées si les convois de nos FDS étaient précédés d’engins de déminage et si nos soldats circulaient dans les véhicules blindés.

Des efforts ont été faits dans ce sens ces dernières années mais les besoins insatisfaits demeurent énormes et ne pourraient être comblés que dans le cadre d’une programmation militaire pluriannuelle.

La réactivité qui oblige une mobilité avec des équipements calibrés tels que blindés et artillerie automoteur (et non auto-tractée) c’est-à-dire des vecteurs de type Cardom (Soltam mortier 120 mm) et Howitzer de 155 mm (Ex : Soltam israélien) intégrés dans un véhicule, LRM (Véhicule lance-roquettes multiple), sol-air (Pantsir 1) sans oublier des vecteurs aériens de manœuvre tels que des hélicoptères de manœuvre plus lourds comme le Mi-26 « HALO » (différent du Mi-17) n’est possible que si les forces reçoivent « online » le renseignement opérationnel.

Faut-il encore qu’elles aient des moyens d’observation tels que de mini-drones tactiques ou de drones et en plus de moyens I.S.R « Intelligence-Surveillance-Reconnaissance ».

Actuellement les unités du B.I.R « Bataillon d’intervention Rapide » en disposent. Mini drones, ScanEagle, avions Cessna 208R Caravan. Chaque région devrait être pourvue de tels moyens. Des unités d’observations ont été créées à cet effet. Reste leur équipement.

Nos moyens dans ce domaine doivent être démultipliés en y ajoutant même des drones armés type chinois « Wing Loong ».

Comment peut-on imaginer qu’après 60 ans que nous ne puissions pas toujours former sur notre sol nos aviateurs et mécaniciens ?

Il est temps qu’une école de formation de nos pilotes ouvre ses portes dans notre pays.

L’expérience avortée du PANVAR « Pôle aéronautique régionale » de Garoua ne devrait pas freiner notre ambition d’acquérir notre autonomie et surtout réduire les coûts de formation dans ce domaine.

La plupart des pays africains de notre niveau ont emprunté ce chemin. C’est le cas du Sénégal et surtout notre voisin nigérian.

Sur le marché on trouve du côté du Pakistan, les Mushshak (l’armée de l’air nigériane en est équipée) ou de la Corée du Sud, les KT-1S (l’armée de l’air sénégalaise est en attente de 4 exemplaires) pour l’apprentissage avant leur passage vers les avions de lutte anti-insurrection dont nous avons besoin contre la secte Boko Haram, comme les super Tucano commandés par le Mali et le Nigeria.

Notre flotte d’hélicoptères d’attaque doit également être étoffée. Une dotation en Mi-35 supplémentaires doit être envisagée.

Sur le plan lacustre, nos forces amphibies (B.S.A), spéciales, d’élites (B.I.R Delta) devraient disposer, en plus d’embarcations de type Sillinger, de bateaux d’assaut rapides comme ceux employés par les Us marines ou les unités colombiennes dans l’Amazonie. Ces unités seraient utiles dans le lac Tchad ou dans les mangroves de Bakassi.

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Autour de nous, les marines nigériane et équato-guinéenne sont équipées de corvettes et même de frégates là où la nôtre n’aligne que de patrouilleurs de surface. Il va falloir envisager ce saut qualificatif pour continuer à être le pivot régional dans la lutte contre la piraterie dans le golfe de guinée.

Cet effort en équipement est onéreux d’autant plus qu’il s’inscrit dans un contexte économique peu reluisant.

Afin d’en réduire l’effet, nous devons accélérer la mise en place d’une industrie de l’armement.

Notre direction militaire du matériel devrait franchir un palier supplémentaire notamment en travaillant avec les écoles spécialisées pour proposer à nos FDS des équipements répondant à leurs spécifications.

Elle le fait déjà mais on pourrait aller encore plus loin notamment en s’appuyant sur les plates-formes Toyota pour construire localement des MRAP.

Le Nigeria, l’Algérie et le Soudan sont des exemples à copier.

Avant les années 1980 existait une usine de fabrication de munitions à Garoua, comment comprendre qu’aujourd’hui nous importions encore ces éléments?

Imaginons-nous les effets d’un embargo qui nous serait imposé?

Il va falloir produire les munitions de tous calibres sur place. Idem pour les équipements individuels du soldat (tenues, rangers, gilets pare-balles, casques, fusils etc…).

Nos jeunes compatriotes se sont lancés dans la production des drones. Les structures en charge de la défense et la sécurité devraient les y encourager.

Il existe une véritable synergie entre l’industrie militaire et les industries civiles dans la plupart des pays modernes et à fortiori entre les applications militaires et civiles.

  • Développer des centres de recherches au sein de l’institution militaire pourrait booster la recherche scientifique nationale et inversement pour peu qu’il y ait une véritable volonté politique.
  • La création de lycées militaires préparatoires dont la vocation serait de préparer les jeunes à l’entrée éventuelle dans nos forces de défense.
  • Le passage de l’école nationale polytechnique sous la tutelle du ministère de la défense sans pour autant modifier son fonctionnement actuel.

Les chantiers sont nombreux, rendu à ce soixantième anniversaire. De nombreux pas ont été faits mais force est de reconnaître que nos forces de défense suivent le bon trend.

Joyeux anniversaire à nos FDS.

Adrien Macaire Lemdja

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