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Cameroun : Neo Industry, une aventure ambigüe dans le cacao

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Des erreurs fatales à ne pas commettre quand vous montez une usine dans le domaine du Cacao et de la chocolaterie. Observant l’histoire des faillites dans le secteur du cacao et de la chocolaterie, en prenant 4 entreprises dans 4 pays et sur 3 continents pour mieux voir ensemble où toutes se sont plantées.

Mais avant, parlons des faits de départ de notre analyse au Cameroun :

Au Cameroun

Le 26 avril 2019, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute est venu ici non loin de Bafang, inaugurer une usine de transformation, à 20 km d’ici, à Kekem, appelée Neo Industry, d’un investissement de 54 milliards de FCFA, c’est-à-dire, 82,33 millions d’Euros.

L’usine est supposée transformer chaque année : “32.000 tonnes de fèves de cacao, 6000 tonnes de poudre de cacao, 12.000 tonnes de masse et de l’huile de cacao obtenue après pression de 75% de la masse de cacao” récite le communiqué officiel de Neo Industry.

On peut se demander quel genre de calculatrice utilisent les banques au Cameroun pour arriver à accepter de courir le risque de financer une telle entreprise sans tenir compte de la Géostratégie mondiale des matières premières coloniales, comme le Cacao, le coton ou le café.

Mais, le plus surprenant est le niveau d’intelligence financière à la tête du Cameroun qui dans le cadre du projet Agropoles a financé Neo Industry pour 1,2 Milliards de FCFA à travers le Ministere de l’Economie, du plan et de l’Amenagement du territoire (MINEPAT).

Encore plus surprenant est le Premier Ministre qui a pu effectuer le déplacement pour inaugurer une usine que tout diplômé de Pougala Academy (Rinvindaf), dès sa première des 3 journées de séminaire aurait compris pourquoi cela ne tiendra pas 5 ans.

A travers la Pensée Globale, allons examiner ce qui se passe dans le monde pour les entreprises dans le même secteur, afin d’anticiper ce qui attend tous ceux qui aujourd’hui, en Afrique investissent massivement dans le cacao.

Aux USA

Le 14 août 2018, le tribunal de New Jersey aux USA, condamne pour 3 ans de prison ferme, le PDG : Peter G. Johnson, de 69 ans, de Transmar Commodity Group. Une entreprise créée en 1980 et qui fait faillite en 2018. Il va en prison parce que la faillite est jugée frauduleuse.

Peter G. Johnson, pour ne pas écoper de 15 ans de prison, avait plaidé coupable et avait alors expliqué aux juges, comment il avait fait pour frauder la somme de 400 millions de dollars soit 200 milliards de FCFA, à 8 banques, en truquant ses comptes.

On peut lire dans cette sentence que Peter G. Johnson, mentait sur ses relations comptables, avec son principal fournisseur de cacao, la société ivoirienne Saf-Cacao. Allons voir du côté de la Côte d’Ivoire qui est ce fournisseur et sa santé financière.

En Côte d’Ivoire

Le 18 juillet 2018, le juge Yaya Ouattara, président du tribunal de Sassandra (Sud-Ouest de Côte d’Ivoire) pour cessation de paiements, prononce la liquidation de l’entreprise de négoce de cacao, la Saf Cacao, créée par 3 libanais : Ali Lakiss, Adnan Amer et Ahmed Amer 14 ans plus tôt, en 2004.

En tout, 10 banques de Côte d’Ivoire y ont perdu 160 milliards de FCFA. Certaines banques comme BGFI qui a prêté 19 milliards de FCFA et NSIA Diamond Bank qui a prêté à nos 3 libanais la bagatelle somme de 38,5 milliards de FCFA, ont risqué elles-mêmes de tomber en faillite.

Lorsqu’on va lire l’histoire de cette faillite, on découvre qu’en 2010, Saf Cacao avait reçu la sommes de 20 milliards de FCFA pour la construction d’une usine de broyage de cacao : Choco Ivoire, dans le port de San Pedro, dans le sud de la Côte d’Ivoire. La capacité de production de l’usine est de 100.000 Tonnes par an. Mais de 2010 à 2018, à l’heure de la faillite, l’usine n’avait jamais broyé plus de 20.000 Tonnes de cacao par an, parce qu’il n’y avait pas assez de Cacao.

Il faut ajouter au montant total de cette faillite, 72 milliards de FCFA que le Conseil du Café-Cacao (CCC), organisme publique, chargé par l’État ivoirien de superviser la filière cacao reclamait de Saf-Cacao, au titre d’impôt sur ses activités. Argent qui ne sera jamais récupéré.

Et du coté de l’Europe, cela va-t’il mieux dans le secteur des usines de transformation du Cacao ? Pas du tout. Voyons où et comment.

En Italie

C’est la catastrophe dans le secteur café où le pays était numéro 1 en Europe, avec la fermeture en septembre 2018, de toutes les usines des marques aussi prestifieuses comme Café Hag et, Splendid. Ca va encore pire dans la chocolaterie.

Après 160 ans d’histoire et un chocolat considéré le plus bon et le plus aimé des italiens et le plus copié des voisins suisses et français : Giandouiotto, tombe en faillite le 2 février 2019.

L’entreprise créée en 1860 est celle qui a fait toute l’histoire d’une partie du Piémont italien et de la ville de Novi.

Mais ce 2 fevrier 2019, 92 derniers employés qui restaient après tant d’années de tentatives de restructuration vont tous au chômage.

En France

Plusieurs faillites dans le domaine cacao, des grands noms de la confiserie et chocolaterie. Mais une retient notre attention : LA CHOCOLATERIE DE BOURGOGNE.

En 1878, avec seulement 15 employés démarre à Dijon, en France ce qui deviendra la Chocolaterie de Bourgogne

En Août 2017 : un plan de relance de 5 millions d’euros est signé entre la Chocolaterie de Bourgogne, la Caisse d’épargne Bourgogne-Franche-Comté, la société Rubis Capital et ACG Holding.

Mais ces 5 millions d’Euros seront insuffisants pour sauver la chocolaterie, puis 2 mois après, la Chocolaterie de Bourgogne à Dijon est placée en redressement judiciaire le 31 octobre 2017,
4 mois après, le 05/02/2018, le tribunal de commerce de Dijon valide l’offre de reprise de la Chocolaterie de Bourgogne, par l’espagnol Lacasa, pour 500.000 € seulement avec la promesse de maintenir 65 emplois sur 185.

Comme la quasi totalité des entreprises du secteur chocolaterie de toute l’Europe, c’est la chute vertitigineuse du chiffre d’affaires qui est le vrai thermomètre de la crise qui secoue en ce moment tous les chocolatiers.

Ainsi, la Chocolaterie de Bourgogne a vu son chiffre d’affaires passer de 48 millions d’euros en 2016, à 30 millions en 2017 et la moitié pour 2018, c’est-à-dire à 15 millions d’Euros.

Qu’est-ce que la chocolaterie de Bourgogne a en commun avec l’ivoirienne Saf Cacao ?

Saf Cacao tombe en faillite parce que son client principal Transmar Commodity Group est tombé en faillite. Et c’est tout son équilibre qui est mis à mal.

La Chocolaterie de Bourgogne est en difficulté financière parce que c’est son fournisseur de cacao qui est lui tombé en faillite, par manque de cacao en Juin 2016.

Conclusion

Le Cacao est un domaine tellement risqué en ce 2019. Mais s’il y a les faillites en cascades dans ce secteur, on peut observer qu’elles sont toutes dues à 5 raisons principales que malheusement les Etats Africains, certains industriels et surtout, les Banques Africaines qui accompagnent ce genre d’aventure industrielle ont du mal à comprendre par manque de Pensée Globale.

Ces erreurs fatales à ne pas commettre, sont au menu de la première journée de la formation Rinvindaf de ce jeudi 11 Juillet 2019. Considérée comme simple journée d’introduction pour dégivrer les cerveaux trop lontemps congelés par le système prédateur. (…)

Beaucoup de personnes voient l’industrie comme une course de vitesse. Si vous ne pouvez pas prendre votre temps, tout votre temps pour laisser une activité industrielle mûrir avec sérénité, laissez tomber.

Faire entrer la banque dans une activité industrielle à ses début, c’est renoncer à jamais à la sérénité dont a besoin l’industrie pour grandir d’abord et prospérer ensuite.

Communiqué de la Société Camerounaise de Banque (SCB)

La Societe Commerciale de BANQUE CAMEROUN, porte a l’attention du grand public que pour les besoins de demontage des équipements d’une industrie agroalimentaire sitiuée dans la ville de Kekem, elle recherche d’urgence un expert en montage d’equipements industriels. Les offres devront être sous enveloppe fermée avec la mention “AR RECRUTEMENT EXPERT”, a déposer au service courrier situé à la Direction Générale – Bonanjo Douala avant le vendredi 27 Novembre 2020.

Selon les statistiques de l’Office national du cacao et du café (ONCC), pour la campagne 2019-2020 Neo-Industry n’a transformé que 4 286 tonnes de fèves de cacao, alors qu’elle avait promis d’en transformer 32.000 par an.

Conséquences

La Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), le gendarme du secteur dans la zone Cemac informe que dès la première année, Neo industry ne pouvant rembourser ses dettes met en difficulté toutes les banques qui lui ont prétées l’argent de son aventure, donc la SCB avec 13 milliards de Francs qui a décidé tout simplement de démonter l’usine pour disposer des garanties pour les épargnants, pour éviter sa propre faillite, tel qu’exigée par la Cobac. Il s’agit notamment en plus de la SCB, de : Afriland First Bank, l’Assureur francais AGF et bien d’autres bailleurs de fonds.

Quelles leçons retenir ?

Pour réussir dans l’industrie, ce n’est pas en priorité des milliards dont vous avez besoin, mais de la bonne information. En regardant le programme d’investissement du gouvernement camerounais dans le cacao, on peut déduire sans le moindre risque de se tromper que le Gouvernement camerounais n’a pas la bonne information.

Si je leur avais demandé il y a à peine 19 mois, de me payer 4 millions pour envoyer un cadre à la Pougala Academy, comprendre pourquoi il ne faut pas jeter 54 milliards de FCFA par la fenêtre, ils auraient dit que Pougala est trop cher ou même que je suis un escroc.

Jean Paul Pougala

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