Environnement

Un prétendu charbon écologique au Tchad : cette nouvelle filière qui divise experts et écologistes en quête de solutions durables face à l’urgence climatique

Anaïs Perrot Par Anaïs Perrot
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Un prétendu charbon écologique au Tchad : cette nouvelle filière qui divise experts et écologistes en quête de solutions durables face à l’urgence climatique
Illustration de la production de charbon écologique au Tchad pour lutter contre la déforestation. Image réalisée par IA.
EN BREF
  • Charbon écologique fabriqué à partir de déchets végétaux pour réduire les émissions de CO2.
  • Lutte contre la déforestation en diminuant la dépendance au bois traditionnel.
  • Soutien financier de la Banque Mondiale pour promouvoir cette énergie alternative.
  • Enjeu environnemental majeur pour le Tchad face à la désertification croissante.

Le Tchad, pays en proie à la désertification, voit émerger une initiative prometteuse : la production de charbon dit « écologique ». Sous le soleil brûlant, les ouvriers s’affairent à transformer des déchets végétaux en une source d’énergie alternative. Ce projet, porté par l’Association pour le développement socio-économique Raikina (Adser), vise à réduire la pression sur les ressources naturelles et à combattre la déforestation. Face à une surexploitation des ressources en bois, ce charbon innovant pourrait bien représenter une solution durable pour le pays.

Une technique innovante de production de charbon

À Pont Belile, près de N’Djamena, le charbon écologique est fabriqué à partir de résidus végétaux tels que les tiges de mil et de sésame, ainsi que les rafles et palmes de rônier. Ces matériaux, souvent laissés à l’abandon, sont transformés en combustible grâce à un processus ingénieux. Les résidus carbonisés sont broyés et mélangés avec une macération de gomme arabique pour faciliter l’allumage et de l’argile pour prolonger la combustion. Ce procédé permet de produire un charbon qui émet moins de gaz qu’un charbon traditionnel, ne noircit pas les marmites et offre un pouvoir calorifique élevé. Il peut durer jusqu’à trois fois plus longtemps que le charbon de bois, ce qui en fait une option attrayante pour de nombreux foyers tchadiens.

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Un enjeu majeur de lutte contre la déforestation

La déforestation au Tchad est un problème alarmant, exacerbée par la surexploitation des ressources en bois pour des usages ménagers. Selon les autorités, plus de 90% du patrimoine forestier national a disparu depuis les années 1970. Ce phénomène est aggravé par l’afflux de réfugiés soudanais fuyant le conflit dans leur pays. Le charbon écologique représente une alternative viable pour réduire la dépendance au bois, contribuant ainsi à la préservation des arbres et à la séquestration du carbone. L’Adser, par le biais de son directeur technique Ousmane Alhadj Oumarou, affirme qu’un kilogramme de ce charbon permet d’éviter la coupe de six kilogrammes de bois vert.

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Une production à grande échelle soutenue par des investissements

Avec un investissement initial de 200 millions de francs CFA (environ 300 000 euros), l’Adser a su capter l’intérêt de la Banque Mondiale. Cette dernière achète le charbon écologique à un peu plus d’un euro le kilo, contribuant ainsi à sa distribution dans les camps de réfugiés grâce au Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies. L’objectif à long terme est d’étendre la production à l’ensemble du pays. Toutefois, pour réduire le coût du charbon, Ismaël Hamid, directeur de l’Adser, estime qu’il est nécessaire d’ouvrir de nouvelles lignes de production et de baisser le prix à 350-500 francs CFA par kilo.

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Le futur du charbon écologique au Tchad

Le succès de cette initiative repose sur la capacité à multiplier la production. Actuellement, l’usine de l’Adser produit entre sept et neuf tonnes de charbon par jour, mais pour répondre aux besoins nationaux, il faudra multiplier cette production par dix, selon Hamid. L’État tchadien est appelé à jouer un rôle crucial en soutenant la filière par des subventions et des exonérations fiscales. Le ministre de l’Environnement, Hassan Bakhit Djamous, s’est engagé à promouvoir le charbon écologique comme une énergie d’avenir pour un pays durement touché par la désertification. Se pose alors la question de savoir si cette filière pourra réellement transformer le paysage énergétique du Tchad.

Alors que le Tchad cherche à se réinventer face aux défis environnementaux, le charbon écologique pourrait bien devenir un pilier de son avenir énergétique. Cependant, pour que cette initiative prenne véritablement son envol, il faudra surmonter de nombreux obstacles, tant techniques que financiers. La question demeure : le Tchad parviendra-t-il à attirer suffisamment d’investissements pour faire de cette vision une réalité ?

L’auteur s’est appuyé sur l’intelligence artificielle pour enrichir cet article.
Anaïs Perrot

Sciences, environnement, santé et société

Anaïs Perrot

Anaïs Perrot a préparé une thèse en écologie microbienne à Dijon avant de choisir la vulgarisation plutôt que la paillasse. Elle traite les sciences et la santé, en remontant chaque fois à l'étude d'origine et à la taille de son échantillon. Elle fait partie d'un club d'astronomie amateur qui se réunit les nuits sans lune.